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Le KVS teste l’ouverture

À l’arrière du KVS se dressent six tentes blanches dans lesquelles sont pratiqués des tests antigéniques rapides. Les représentations-tests commenceront dès ce mercredi soir, pendant trois jours, face à une centaine de spectateurs bénévoles. ©saskia vanderstichele

Le théâtre flamand bruxellois est le premier opérateur culturel belge à expérimenter la formule "événement-test" en public et à l’intérieur, sous contrôle scientifique. Pour démontrer que son lieu et son activité méritent le label "Covid safe" et rouvrir, enfin.

Lundi soir, c’était "filage" au KVS, le théâtre flamand bruxellois. Une dernière répétition d’un type particulier autour de sa pièce "Jonathan". Non pas pour vérifier si les deux comédiens et auteurs,  Bruno Vanden Broecke et  Valentijn Dhaenens, maîtrisaient toujours bien le texte de leur oeuvre créée en septembre 2020, avant un nouvel arrêt brutal et total du secteur sous l’effet du deuxième confinement. Il s’agissait surtout lundi d’initier la première expérience-test Covid safe autour d’un spectacle vivant en intérieur, en présence d’un public, après six mois de douloureuse abstinence.

"Le but est de démontrer sans plus attendre que nos spectacles vivants à l’intérieur sont Covid-safe et en donner les preuves concrètes à partir de vrais résultats scientifiques validés."
Merlijn Erbuer
Directeur administratif du KVS

Côté cour ou côté jardin, le KVS était de toute façon résolu à reprendre ses activités ce lundi 26 avril. Lassée d’attendre l’autorisation de réouverture de sa salle, la direction entendait démontrer que cela pouvait se faire sans risque et dans le respect des règles sanitaires en vigueur. L’initiative frondeuse fait finalement partie – avec la bénédiction du commissariat Corona, du ministre-président flamand et de la culture Jan Jambon ainsi que du Bourgmestre de Bruxelles Philippe Close – de la trentaine d’événements-tests sanitaires autorisés par le fédéral à se dérouler dans les prochaines semaines.

Tout spectateur testé négatif suit ensuite un parcours balisé jusqu’à l’intérieur, avec halte au distributeur de gel puis placement en salle ou au balcon par les hôtesses selon un protocole strict.

"Le but est de démontrer sans plus attendre que nos spectacles vivants à l’intérieur sont Covid-safe et en donner les preuves concrètes à partir de vrais résultats scientifiques validés", souligne Merlijn Erbuer, directeur administratif du KVS. "Cette base de données vise à accélérer une réouverture rapide de tout le secteur des arts de la scène". Pour cela, le théâtre flamand a déployé les grands moyens dès la première soirée-test de lundi en présence d’un public mêlant "pros" du monde culturel et journalistes. Dès ce mercredi soir, les représentations se feront pendant trois jours face à une centaine de spectateurs bénévoles. À partir de samedi, la jauge passera à 250 personnes, soit la moitié de la capacité du "Bol", la salle de spectacle.

Le prestataire Covid Safety Services s'occupe des tests antigéniques rapides, ici appliqués au réalisateur Jaco Van Dormael, présent ce lundi soir. ©saskia vanderstichele

Qualité de l’air, le marqueur prioritaire

Dès l’arrivée, tout spectateur ayant dûment réservé est accueilli à l’arrière du KVS où se dressent six tentes blanches dans lesquelles sont pratiqués des tests antigéniques rapides confiés au prestataire Covid Safety Services. Hop, bas le masque et nez en l’air, dans lequel est introduit un écouvillon de prélèvement. On patiente quelques minutes jusqu’au verdict. Tout spectateur testé négatif suit ensuite un parcours balisé jusqu’à l’intérieur, avec halte au distributeur de gel puis placement en salle ou au balcon par les hôtesses selon un protocole strict (deux sièges vides entre chaque personne, une rangée sur deux laissées inoccupées) et toujours le masque. Enfin, chaque participant recevra ensuite par mail une convocation à aller passer 7 jours plus tard un test PCR dans un centre officiel.

Tout spectateur testé négatif suit ensuite un parcours balisé jusqu’à l’intérieur, avec halte au distributeur de gel puis placement en salle ou au balcon par les hôtesses selon un protocole strict: deux sièges vides entre chaque personne, une rangée sur deux laissées inoccupées et toujours le masque. ©BELGA

"La clé de la sécurité sanitaire, c’est la qualité de l’air dans la salle de spectacle."
Merlijn Erbuer
Directeur administratif du KVS

"Comme vous le voyez, on applique à la lettre procédures et mesures", note Merlijn Erbuer. "Mais la clé de la sécurité sanitaire, c’est la qualité de l’air dans la salle de spectacle. Deux entreprises ont été engagées pour s’occuper de ce volet. L’une, Airvisor, gère l’infrastructure technique de mesure de cette qualité en temps réel grâce à 5 capteurs qui analysent le niveau de CO2, le taux d’humidité, le niveau de particules fines, vecteurs potentiels de la circulation du virus. L’autre, Poppy, est en charge de l’interprétation scientifique des données recueillies. Notre système Risk Calculator calcule en temps réel le risque de contaminations sur base des paramètres de circulation d’air et du nombre de personnes présentes. La collecte de ces données permet de tirer des enseignements d’une soirée à l’autre et selon les résultats d’adapter la jauge du public." Cependant, les résultats globaux de l’opération KVS ne seront connus qu’à la mi-mai et évalués conjointement avec ceux de la Toneelhuis d’Anvers qui va entamer la même expérience début mai.

La collecte des données permettra de tirer des enseignements d’une soirée à l’autre et selon les résultats, d’adapter la jauge du public. ©saskia vanderstichele

"Ceci n’est pas la nouvelle normalité"

Mais la direction du KVS est plus que confiante. "En amont, notre installation d’aération tout à fait classique et notre infrastructure de spectacle ont été examinées et validées par le virologue Nathan Clumeck lui-même", poursuit le directeur administratif du KVS. "On a un dispositif d’accompagnement et de monitoring solide. Je suis persuadé qu’on va faire la démonstration, données à l’appui, que nous sommes Covid safe dans cette configuration d’art de la scène indoor et face à une jauge jusqu’à 250 personnes. Avec en vue une réouverture encore plus large dès juin. Il est temps de revenir à la normale".  Car "Ceci n’est pas la nouvelle normalité", comme le proclame une phrase barrant en grand et en deux langues les tentes d’accueils sanitaires à l’arrière du KVS.

Alors que les invités "pros du spectacle" arrivaient au compte-goutte lundi (du réalisateur Jaco Van Dormael aux comédiennes flamandes Sarah De Bosschere et Anne-Laure Vandeputte),  Michael De Cock, le directeur artistique du KVS martelait  avec entrain: "on a vraiment besoin de se retrouver et se réinventer. Notre initiative doit faire avancer les choses. La culture, c’est de l’humanité qui rassemble. Il était plus que temps de démontrer que tous les tests, mesures et interdictions sont inutiles et/ou inadaptées à notre secteur car on est covid safe et responsable".

"Rouvrir les théâtres et autres lieux de spectacle, c’est rendre service à la beauté, notamment de la création artistique et c’est très réparateur. "
Jaco Van Dormael
Réalisateur invité

Après son test, négatif, Jaco Van Dormael abonde dans le même sens. "Je me devais d’être ici, en soutien, par solidarité avec mes amis flamands du KVS. Ils ont réussi à braver un interdit et leur démarche sert aussi à démontrer que penser, comme le fait le politique, selon un modèle de castes rigides par secteur cela ne mène à rien", estime le réalisateur de "Toto le Héros". "Les situations peuvent fortement varier d’une salle de spectacle à une autre; tout comme une rame de métro à l’heure de pointe ou pas, c’est très différent. J’espère que ces tests démontreront par l’absurde et résultats objectifs scientifiquement validés que ce théâtre peut fonctionner en intérieur, comme bien d’autres, en toute sécurité. Rouvrir les théâtres et autres lieux de spectacle, c’est rendre service à la beauté, notamment de la création artistique et c’est très réparateur. Tout comme la pensée, cela passe par rencontrer les gens en chair et en os. Bien sûr, en restant vigilant."

"Pour chaque évènement, deux groupes"

Six événements-test sont prévus côté francophone (y figureraient un concert Francofolies à Spa et un événement de Namur en Mai).Thibault Helleputte est le CEO de la société DNALYTICS, prestataire choisi par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la "réalisation du protocole" qui les encadrera. Il nous explique l’approche.

Le théâtre flamand KVS a déjà débuté ses événements-tests mais rien n’est encore officiellement annoncé côté francophone. Pourquoi?

Apparemment, il n’y a pas encore d’alignement entre ce que le Commissariat Covid souhaite permettre et ce que la Fédération Wallonie-Bruxelles souhaite réaliser. La liste n’est pas arrêtée et les modalités font toujours débat, notamment sur l’usage de tests rapides jugés "indispensables" par le Commissariat.   

Quel processus-type est prévu pour tester un événement côté francophone?

En intérieur ou en extérieur, notre optique est la même. Pour chaque événement seront constitués deux groupes de volontaires, de nombre égal et selon des répartitions identiques d’âges, de sexes, de couverture vaccinale, tous intéressés par l’événement et soumis aux mêmes tests avant et après. Un groupe assistera à l’événement, l’autre pas. Les deux devront se soumettre à des tests PCR mais avec prélèvement salivaire, plus confortable. Leur point de distinction sera leur participation – ou pas – à l’événement. On peut ainsi jauger l’augmentation ou non du risque d’assister à un spectacle, un match, etc. Le tout dans le respect des règles sanitaires en vigueur (masque, distanciation, aération...)

Des événements-tests ont été menés en Espagne ou aux Pays-Bas. S’inspirer de leurs résultats n’aurait pas suffit?

On peut les consulter avec intérêt, mais il demeure des différences. Par exemple, le concert de masse à Barcelone comportait des tests rapides à l’entrée, parce que ceux-ci sont disponibles partout en Espagne. Là-bas cela a du sens. Pas chez nous. D’autres différences peuvent entrer en jeu, comme la répartition des variants, les habitudes culturelles et comportementales… Les contextes varient d’un pays à l’autre. La Belgique a aussi la volonté de tester des événements de diverses natures et dans différentes configurations (intérieur, extérieur, assis, debout, etc) pour obtenir une vision plus affinée du risque. Il est aussi temps d’arrêter de subir la pandémie et d’être paralysé par la crainte d’agir. Tester a donc toute son utilité.

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