L'interview rétro de Didier Gosuin

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Alors que la page 2018 est tournée et que 2019 vient de débuter, L’Echo a demandé à une sériede personnalités politiques de jeter un œil dans le rétroviseur 2018 et de se projeter en 2019.

1. Quel a été, à titre personnel, votre meilleur moment de l’année?

Je n’ai pas pour habitude de m’étendre sur ma vie privée. C’est pourquoi j’en resterai à mes activités professionnelles de ministre et d’homme politique. Mon meilleur moment 2018 est l’élection communale d’octobre dernier. Pour la 6e fois consécutive, j’obtiens une majorité absolue à Auderghem. C’est une reconnaissance par les citoyens du travail accompli.

2. Et le pire?

Le pire moment, c’est au mois de septembre, lorsque j’ai reçu le chiffre du nombre de jeunes sortis de l’enseignement obligatoire sans qualification aucune. Rien qu’à Bruxelles, on parle de plus de 3.000 jeunes. Depuis 10 ans, je dénonce cette situation. Et malgré les cris d’alarme, rien ne bouge. C’est l’échec d’un certain enseignement dont on ne prend toujours pas la mesure et qui continue à produire non qualification, non insertion professionnelle, bref inégalités et malaise social.

3. Quel événement dans l’actualité vous a le plus marqué?

Sans conteste, la montée des populismes. Il n’y a plus de barrière morale, politique et même médiatique contre le populisme, le nationalisme, le trumpisme. Cette marée brune est en train de fragiliser la solidarité de notre société et pervertir les rapports entre les citoyens. Et entre ceux-ci et la classe politique.

4. Quelle est la photo de l'année ?

Une photo des émeutes au Venezuela prise en mai 2017. "D’aucuns veulent changer notre système de démocratie libérale par un système étatique. Pourtant, l’actualité 2018 nous a encore rappelé que c’est un système qui souffre et fait souffrir."

©AFP

5. Complétez cette phrase: "En 2018, la Belgique…"

...est aujourd’hui l’otage du nationalisme. Après l’avoir banalisé pendant plus de 4 ans.

6. La proposition de loi déposée par votre parti en 2018, tous niveaux de pouvoir confondus, dont vous êtes le plus fier?

La proposition de loi pour le décumul. Hélas, rejetée par la majorité des partis ou détournée par d’autres.

7. Une position ou un propos tenu par votre parti ou quelqu’un de votre parti dont vous n’êtes pas spécialement fier?

Je ne suis pas le censeur des autres. Chacun sa conscience. Moi, j’ai ma ligne de conduite et c’est ce qui m’importe.

8. Si vous pouviez changer une chose, comme ça, d’un coup de baguette magique, ce serait…

Ce serait que tous les jeunes aient des qualifications à la sortie de l’école. Il faut que l’école soit un élément de résorption des inégalités et non pas un élément de clivage et d’aggravation des inégalités. L’école doit offrir les mêmes chances à tous les jeunes et les jeunes doivent les saisir.

9. Votre bonne résolution pour 2019?

Ma bonne résolution est de rester fidèle à moi-même. Continuer mon combat pour une société plus juste, plus solidaire et plus responsable.

10. Selon vous, quelle est la personnalité de l’année 2018?

Ils sont plusieurs. Tous les citoyens qui s’engagent pour une société plus juste, plus responsable afin de transmettre aux générations futures une société solidaire.

11. Et à qui revient le bonnet d’âne pour 2018?

A contrario, le bonnet d’âne va à tous ces citoyens qui par facilité, optent pour des extrêmes, les discours faciles et font ainsi le jeu des populistes.

12. Mon principale défi en 2019 ?

Mon défi restera de travailler à une société, non plus fracturée, mais démocratique et solidaire. Une société où chacun trouve sa place.

13. Qui est la révolution de l’année 2019 ?

Le Musée Kanal. Un nouveau lieu culturel mais un lieu hors-normes dans un quartier en plein renouveau. Un projet à vocation internationale porté quasi essentiellement par la Région bruxelloise.

14. Votre livre coup de cœur en 2018?

"Les enfants du vide" de Raphaël Gluksmann. Il met des mots sur 10 années de constats personnels: l’ultralibéralisme en vigueur depuis les années 80 affaiblit notre démocratie et augmente les populismes. Ce logiciel néolibéral nous mène droit dans l’abîme. Il est temps de reprendre le contrôle de notre démocratie et de sortir de l’individualisme si nous voulons sortir de l’impasse.

15. Votre chanson préférée de l’année, c’est…

"Le Large" de Françoise Hardy. Elle y est apaisée et sereine face à son destin. Malgré la maladie, elle a trouvé le courage de composer à nouveau et chante avec émotion sa maladie et sa mort en s’adressant à son fils.

16. La citation, la phrase, le tweet ou le discours que vous retiendrez de 2018 ?

"Nous n’avons plus d’excuses, et nous n’avons plus le temps. Nous sommes venus ici pour que vous sachiez que le changement arrive, que vous soyez d’accord ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple."

Extrait du puissant discours de cette ado en colère, Greta Thunberg, lors de la COP24 à Katowice.

17. Quel est le chiffre de l’année 2018 ?

40%. C’est l’augmentation, en 4 ans, du nombre de personnes qui bénéficient du revenu d’intégration sociale en Belgique en 2018. C’est surtout la preuve de l’inefficacité des politiques d’exclusion menées par le Fédéral. C’est l’échec de ce gouvernement Michel 1.

18. Et le film de l’année ?

"Capharnaüm". Ce film relativise les difficultés que nous vivons. Il explique les mouvements migratoires et comment les gens sont instrumentalisés par des situations de guerre. Il renvoie une image moderne de ces pays en souffrance où les moins faibles tirent profit des plus faibles, où la misère amène la misère. À nous d’en prendre toute la mesure.

©doc

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