Venezuela: l'opposition mise sur la pression internationale
Alors que le pouvoir vénézuélien s'enfonce dans une logique de répression, la cheffe de l'opposition met les pays voisins en garde contre une nouvelle vague migratoire.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro est attendu ce vendredi devant la Cour Suprême, qui poursuit une procédure de "certification" des résultats de l’élection présidentielle du 28 juillet. Près de deux semaines après le scrutin, les autorités compétentes n'ont pas publié les documents attestant de la victoire du président, mais se sont lancées dans une vaste entreprise de répression contre les voix dissidentes. De son côté, l'opposition espère voir les gouvernements de la région se mobiliser pour pousser Maduro à négocier.
"Si Maduro choisit de s'accrocher au pouvoir par la force, nous ne pourrions que voir une vague migratoire comme nous n'en avons jamais vu auparavant."
Vendredi 2 août, le Conseil national électoral avait "validé" la victoire de Nicolas Maduro, le créditant de 51,2% des voix. Il n'a cependant pas rendu l'ensemble des procès-verbaux des bureaux de vote, indiquant avoir été victime d'un piratage informatique (sans apporter de preuve de cette affirmation). L'opposition, s’appuyant sur des documents de ses scrutateurs, affirme que son candidat, Edmundo Gonzalez Urrutia, a remporté le scrutin avec 67% des voix.
Nicolas Maduro a saisi la Cour suprême pour mener un "audit" des résultats officiels. Celle-ci a convoqué Gonzalez Urrutia, qui a refusé de se rendre à la convocation, affirmant qu’il aurait mis sa liberté en danger en s’y rendant. Ce diplomate de 74 ans, sans ambition politique personnelle, avait remplacé au pied levé la cheffe de l'opposition, Maria Corina Machado, frapée d'inéligibilité. Les deux figures de l'opposition vivent sous la menace d'une arrestation depuis que le procureur général du pays, Tarek William Saab, a annoncé ouvrir une enquête criminelle à leur encontre, pour incitation à l'insurrection et association de malfaiteurs, notamment.
Campagne de délation
L’annonce des résultats officiels du scrutin avait donné lieu à des troubles au cours desquels au moins 24 personnes ont perdu la vie. Le régime en tient l’opposition responsable et s’est lancé dans une vaste campagne de répression, baptisée "opération toc toc" - l’onomatopée annonçant la visite que les "traitres" doivent s’attendre à recevoir de la part d’agents de l’État.
Selon des témoignages recueillis par l'Agence France Presse (AFP), la police fait du porte-à-porte pour traquer les opposants. Jeudi, l'ONG Foro Penal avait identifié 1.229 personnes arrêtées depuis le début de la contestation. Les Vénézuéliens sont invités à dénoncer les "ennemis du peuple" présumés : un onglet a été créé à cet effet sur l'application de service public VenApp (qui avait été créée à l'origine pour signaler des coupures de courant), et une ligne téléphonique a été ouverte par la direction générale du contre-espionnage (DGCIM).
La négociation ou l'exode
L’opposition ne peut pas compter sur une quelconque neutralité des forces armées – réunis autour du ministre de la Défense, ses hauts responsables ont réaffirmé mardi leur "loyauté absolue" à Maduro. Elle mise dès lors sur la pression internationale pour conduire le président sortant à négocier une transition.
Maria Corina Machado a évoqué lors d'une conférence en ligne la possibilité que des pays de la région comme la Colombie, le Brésil et le Mexique puissent établir "des termes de négociation clairs, fermes et efficaces". Dans une intervention devant des journalistes mexicains, jeudi, elle a par ailleurs averti : "Si Maduro choisit de s'accrocher au pouvoir par la force, nous ne pourrions que voir une vague migratoire comme nous n'en avons jamais vu auparavant." Alors que le pays traverse une crise économique profonde, plus de 7,7 millions de personnes ont déjà fui le Venezuela, selon le haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies.
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