Publicité

La création d'Aukus fragilise un peu plus l'Otan

Le Président américain Joe Biden, flanqué de l'Australien Scott Morrison et du Britannique Boris Johnson, lors de l'annonce d'un nouveau partenariat stratégique. ©Photo News

Cette nouvelle alliance entre Washington, Londres et Canberra vise à contrecarrer la menace chinoise présumée dans la région indo-pacifique, avec notamment la livraison de douze sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie. Paris déplore un "coup dans le dos".

Un mois jour pour jour après le retrait américain de l'Afghanistan et la reprise de contrôle des talibans, l'annonce de la création d'Aukus confirme le point de bascule géopolitique opéré par les États-Unis, et leur obsession pour la menace présumée de la Chine.

L'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan), véritable bouclier occidental depuis la fin des années 40, semble plus que jamais en état de "mort cérébrale", selon l'expression forte employée par Emmanuel Macron il y a deux ans, en marge du 70e anniversaire de l'Otan, à Londres. Le Président français avait alors tenu des propos divergents par rapport à la position de Washington: "Notre ennemi d'aujourd'hui est-il la Russie, comme je l'entends parfois? Est-ce la Chine? Est-ce la vocation de l’Alliance atlantique de les désigner comme ennemis? Je ne le crois pas. Notre ennemi commun à tous, au sein de l’Alliance, c’est le terrorisme qui a frappé chacun de nos pays."

Sans raison explicite, Donald Trump avait annulé une conférence de presse commune, puis quitté précipitamment le sommet, avant de signer deux mois plus tard un accord de paix rédigé à la va-vite avec les talibans, qu'allait ensuite devoir assumer Joe Biden.

Pressions américaines

La création d'Aukus s'inscrit dans la continuité des pressions américaines sur Downing Street pour ostraciser les entreprises chinoises. Theresa May avait longtemps résisté (partenariat maintenu avec le Chinois Huawei sur la 5G), avant que Boris Johnson ne cède. Cette alliance vise à dépasser les limites des Five Eyes. Créée pendant la Seconde guerre mondiale, cette organisation dédiée au renseignement et rassemblant le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, a été mise au service de la rivalité avec la Chine depuis environ trois ans. L'opposition de la Nouvelle-Zélande au nucléaire, ainsi que les réticences canadiennes à combattre les intérêts chinois, ont rendu impossible son extension directe.

"Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump."
Jean-Yves Le Drian
Chef de la diplomatie française

L'annonce de ce partenariat stratégique a été accueillie très fraîchement à Paris, qui voit un contrat de 35 milliards d'euros attribué en 2016 à Naval Group être annulé du jour au lendemain. Pris de colère, les représentants français à Washington ont ainsi annulé un gala à leur ambassade américaine pour protester contre ce qu'ils appellent une décision politique irréfléchie et soudaine qui ressemble à celles de Donald Trump. Cette réception était censée célébrer l'anniversaire d'une bataille navale décisive de la guerre d'indépendance des États-Unis, conclue par une victoire de la flotte française sur la flotte britannique, le 5 septembre.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a, de son côté, déploré "un coup dans le dos." "Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump", a-t-il ajouté. "Le choix américain qui conduit à écarter un allié comme la France d'un partenariat structurant avec l'Australie, au moment où nous faisons face à des défis sans précédent dans la région indo-pacifique, marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter", a indiqué le Quai d'Orsay dans un communiqué conjoint avec le ministère des Armées.

Le ton a été plus virulent du côté de Pékin, qui a qualifié la création d'Aukus, avec les risques qu'elle fait peser sur la non-prolifération nucléaire, comme "irresponsable". Le porte-parole des affaires étrangères a appelé ces trois pays à "abandonner la mentalité à somme nulle et obsolète de guerre froide, ces concepts géopolitique étroits, et respecter les aspirations locales des gens pour la paix, la stabilité et le développement."

L'annonce de la fourniture de sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie intervient six mois jour pour jour après l'augmentation de 45% du plafond nucléaire britannique, une première depuis la chute de l'Union soviétique.

Le résumé

  • Les États-Unis ont lancé avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique face à la Chine, comprenant la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire à Canberra.
  • Cette annonce spectaculaire a également été fustigée par la France, qui voit torpillé un gigantesque contrat de fourniture de sous-marins conventionnels à l'Australie.
  • La Chine qualifie d'"extrêmement irresponsable" la vente de sous-marins américains à propulsion nucléaire à l'Australie.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés