Le groupe Herstal dispose d'un trésor de guerre de plus de 410 millions

©BELGAIMAGE

Grâce à des résultats en croissance depuis au moins 10 ans, le groupe Herstal dispose aujourd’hui d’une trésorerie de plus de 410 millions d’euros. Son trésor de guerre intéresse des responsables politiques, qui voudraient en capter une partie pour financer d’autres besoins de la Wallonie.

Les années sombres d’avant 1998, marquées par de sérieuses pertes (-73 millions en 1997, -16 millions en 1998) ne sont plus qu’un lointain souvenir pour les dirigeants actuels du groupe d’armement Herstal (FN Herstal, FNMI, etc.). Selon nos informations, celui-ci dispose d’une trésorerie positive de plus de 410 millions d’euros, utilisée de façon parcimonieuse pour divers investissements. À fin 2015, la trésorerie du groupe Herstal affichait un solde positif de 395,366 millions d’euros, en hausse de 46,695 millions par rapport à fin 2014. Avec les bons résultats de 2016 (chiffre d’affaires consolidé de 853 millions, en progression de 10,6% en 2016 par rapport à 2015, résultat net positif de 60,5 millions), la trésorerie devrait s’accroître d’environ 20 millions d’euros. "C’est vrai que le groupe dispose d’une trésorerie qui s’est étoffée au fil des années grâce à la croissance des résultats, mais une partie est consacrée à des projets d’investissements", nous a confié une source proche du dossier.

"C’est une trésorerie pléthorique placée à 0,5% d’intérêt alors que la Wallonie a besoin d’argent pour couvrir des besoins sociétaux."

Il faut dire que les résultats du groupe n’ont cessé de croître depuis quelques années. Entre 1997 et 2014, le chiffre d’affaires du groupe Herstal SA a progressé de 47% pour atteindre 678,22 millions en 2014. En 2015, il a été de quelque 771 millions. Le trésor de guerre du groupe Herstal suscite la convoitise dans les milieux politiques wallons. "C’est une trésorerie pléthorique placée à 0,5% d’intérêt alors que la Wallonie a besoin d’argent pour couvrir des besoins sociétaux. On pourrait en capter une partie pour ce faire", dit-on à Namur.

Bonus de 3.500 euros

Les dirigeants de l’entreprise d’armement sont conscients que leur bas de laine est convoité, mais ils rappellent que la situation est plus compliquée qu’il n’y paraît. Ils mettent en avant les investissements réalisés par l’entreprise pour garantir une amélioration permanente de ses produits. En 2016, elle a investi 59 millions dans la recherche & développement et dans ses outils industriels. Ses dirigeants soulignent que depuis quelques années maintenant, le groupe distribue des dividendes à la Région wallonne, son unique actionnaire: 2 millions d’euros versés à la Région wallonne en 2013, 10 millions au terme de l’exercice 2014, 10 millions pour 2015 et le même montant pour l’exercice 2016.

3.500 euros
Les salariés belges du groupe Herstal (FN Herstal) ont touché un bonus de 3.500 euros net au titre de prime d’intéressement aux résultats.

Les travailleurs belges de l’entreprise bénéficient désormais d’une prime d’intéressement aux résultats de l’entreprise dans le cadre de la convention collective de travail (CCT) 90. Selon nos informations, le groupe, qui emploie plus de 2.800 collaborateurs dans le monde (USA, Royaume-Uni, Portugal, Finlande, Dubaï, Singapour, Japon), dont environ 1.500 personnes en Belgique, a distribué à ceux-ci une prime de quelque 3.500 euros net au terme de l’exercice 2016 (environ 3.000 euros pour l’exercice 2015), soit un total de 5,25 millions d’euros attribués aux travailleurs belges.

La prime leur a été versée fin mai. Une nouvelle négociation doit bientôt s’enclencher avec les organisations syndicales. L’objectif est de revoir la CCT 90 pour éviter que la prime n’augmente indéfiniment. Mais les discussions s’annoncent d’ores et déjà difficiles. Les travailleurs de la filiale FN Herstal sont parmi les plus gâtés des entreprises du bassin liégeois au regard des primes qu’ils perçoivent. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, ils sont malheureusement ceux qui totalisent le nombre de jours de grève ou de jours d’irritation sociale le plus élevé du bassin liégeois.

30 jours d’actions sociales

L’an dernier, Herstal a connu plus de 30 jours d’actions sociales (grève, ralentissement de la production, etc.). "Les travailleurs de FN Herstal veulent instaurer une cogestion au sein de l’entreprise et veulent choisir la stratégie industrielle. Ils estiment que le statut public du groupe leur donne des droits et ils veulent décider de qui doit être nommé directeur", observe-t-on dans le milieu patronal wallon.

L’actionnariat du groupe Herstal est à 100% public. C’est en 1997 que la Région wallonne a réalisé une opération de portage en rachetant l’entreprise au groupe français Giat Industries. À l’époque, l’opération était censée être temporaire pour éviter que le groupe français ne cède le fleuron wallon au groupe américain Colt (avec un plan de restructuration catastrophique pour l’emploi dans les ateliers de Herstal à la clé). En effet, le plan de rachat de Colt prévoyait notamment la suppression de 620 des 1.400 emplois de la filiale liégeoise FN Herstal et le renoncement de la Région wallonne à son droit de veto.

L’idée d’une privatisation (totale ou partielle) du groupe public wallon, qui avait circulé parfois avec insistance, a désormais disparu du viseur des politiques, mais elle peut être remise sur la table à tout moment.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect