PME, quelles sont vos difficultés?

©Thierry du Bois

Mis en place pour aider les sociétés en mauvaise santé en Région bruxelloise, le Centre pour entreprises en difficulté a réalisé 1.944 interventions en 2014. Le prolongement de la crise s’est traduit par une baisse généralisée de l’activité, qui a touché d’autant plus fort les PME qu’elles étaient peu proactives et mal suivies.

L’an dernier, le Centre pour entreprises en difficulté (CED) a diagnostiqué une perte de confiance générale au sein des petites entreprises bruxelloises, qui s’est traduite par des comportements de repli. Et le prolongement de la crise cette année induit ses responsables à prévoir que la situation ne s’améliorera pas en 2015.

Le CED a été créé à l’initiative du BECI (Chambre de commerce et Union des entreprises de Bruxelles) pour aider les PME en mauvaise santé à remonter la pente. Il a effectué un total de 1.944 missions l’an dernier, parmi lesquelles 504 consultations juridiques et 322 consultations financières. Suite à son intervention auprès d’elles, plus de 25% des entreprises concernées sont reparties du bon pied tandis que 20% sont encore en phase d’observation; 30% ont déposé le bilan et 11 autres pour-cent sont en phase d’arrêt.

Quant au solde, il renvoie à des entrepreneurs qui n’ont pas suivi les recommandations du CED ou qui n’ont pas assuré de suivi après un premier contact.

Aucune PME n'est épargnée

Le Centre n’a pas pour unique vocation de sauver les entreprises en problème, pour rappel; dans certains cas, pour le bien de tous (fournisseurs, clients, concurrents…), il vaut mieux recommander d’arrêter les frais. Autrement dit, le Centre a une double mission, de sauvetage et de nettoyage.

L’impact de la crise a touché tout le monde. 65% des entreprises ayant contacté le CED en 2014 ont subi une baisse d’activité importante. Toutefois, seules 11% d’entre elles peuvent incriminer la seule crise économique comme origine de leurs difficultés. La majorité d’entre elles ont fait montre de décisions inadaptées en matière de gestion des ressources, de politique des coûts ou de financement. Et contrairement aux années précédentes, une part importante de PME "adultes" (plus de dix ans) sont parties à la faute… comme des débutants (starters).

Erreurs les plus courantes

Parmi les principales causes de difficultés, le CED cite les erreurs de positionnement ou de réflexes stratégiques (mauvais ciblage, politique mal pensée à l’exportation), l’insuffisance de la force commerciale et de marketing (techniques de prospection, politique de prix…), la gestion de trésorerie lacunaire, la dépendance trop forte à un client ou à un fournisseur, le départ d’une compétence clé dans l’entreprise, un capital de départ insuffisant, ou encore la peur du changement.

Le durcissement de la position des banques est également cité comme cause importante de problèmes: 62% des entreprises concernées disent avoir essuyé un refus de crédit auprès d’une banque ou d’une institution publique (Fonds de participation…), mais le CED ajoute que dans la moitié des cas, le comportement adopté par les banques s’expliquait aisément. En clair, cause et effet sont parfois confondus dans la relation banque-PME.

Les problèmes sont fréquemment liés entre eux. "Le cumul des défaillances stratégiques et commerciales indique des faiblesses pour près de 75% des entreprises rencontrées", note le Centre dans le rapport qu’il vient de publier sur l’année écoulée. De même, "beaucoup d’entrepreneurs souffrent souvent de conflits juridiques générés du fait de problèmes de trésorerie": ces derniers débouchent sur des procédures judiciaires, qui s’annoncent longues et coûteuses, alourdissant d’autant la charge pour les entreprises.

©MEDIAFIN

Manque de suivi comptable

Trop d’entrepreneurs négligent le suivi de leurs chiffres et performances. 60% d’entre eux ne consultent ces données qu’une fois par an, voire pas du tout, se reposant entièrement sur leurs comptables. D’où un manque d’anticipation et de réactivité quand la situation se détériore.

Le Centre pointe à ce propos la formation en gestion pour indépendant (diplôme en gestion de base), qu’il juge inadaptée aux réalités et qu’il faudrait, selon lui, revoir en profondeur.

Les PME "adultes" calent

Un constat plus surprenant: alors que le taux de mortalité infantile des entreprises en Région bruxelloise reste élevé (une start-up sur quatre ne survit pas plus de deux ans), les PME plus âgées éprouvent, elles aussi, des difficultés croissantes à se maintenir. 33% des entreprises ayant demandé de l’aide l’an dernier avaient plus de dix ans d’existence. "Nombre de ces entreprises sont dépassées au niveau commercial, relève le CED: pas de compréhension fine des réseaux sociaux, peu de créativité à l’égard des nouveaux concurrents issus du web, politique de service parfois très ‘artisanale’, peu d’empathie et de préparation face aux nouveaux comportements des clients…"

Olivier Kahn, la cheville ouvrière du CED, ne cache pas son étonnement devant ce nouveau phénomène. "Les patrons vieillissent et les plus anciens accusent des difficultés pour suivre les nouvelles règles de l’économie, dit-il: mondialisation, réseaux sociaux, nouveau management des jeunes…"

Services et commerce guère à la fête

Si la crise est générale, quelques secteurs d’activité semblent néanmoins plus touchés que d’autres. Les services aux entreprises arrivent en tête de ce classement particulier (31% des dossiers traités), devant le commerce de détail (29%), l’hôtellerie-restaurants-cafés (14%), la construction (12%) et les services aux personnes (11%).

Les problèmes des prestataires de services aux entreprises renvoient à la baisse d’activité et/ou à des réductions de prix déraisonnables, alors que ceux des commerçants de détail sont souvent liés au poids des charges fixes. Leur sensibilité à l’e-commerce reste aussi largement insuffisante, pointe le Centre. Pour 2015, il s’attend à une recrudescence de demandes d’aide dans l’horeca.

3 questions à Olivier Kahn

Coordinateur du Centre pour entreprises en difficulté

1. Comment expliquer que la part des entreprises matures augmente parmi celles en difficulté?

Des entreprises plus âgées, souvent dirigées par des patrons plus âgés, connaissent des problèmes parce que les recettes qui fonctionnaient hier ne marchent plus aujourd’hui. C’est un public dépassé par l’évolution des choses: réseaux sociaux, e-commerce, sous-traitance… Ces dirigeants ont 45, 50 ans ou plus.

2. Pourquoi est-ce nouveau en 2014?

Parce qu’ils avaient des réserves pour tenir plus longtemps et qu’aujourd’hui, ces moyens sont épuisés. Ce sont souvent des entreprises qui ont du personnel, des investissements et des frais fixes importants.

3. Le tribunal de commerce et les professionnels comptables amènent très peu de dossiers au CED: moins de 5%. Pourquoi?

Le tribunal du commerce veut rester neutre et indépendant, en vertu du principe de la séparation des pouvoirs. Il a toutefois évolué au fil du temps, acceptant d’informer de l’existence du Centre. Puis, il s’est produit un bouleversement interne au tribunal, qui s’est refermé sur lui-même.

En son sein, la Chambre d’enquête tire pourtant une sorte de sonnette d’alarme quand elle détecte une entreprise en difficulté, mais elle ne peut lui donner de conseil. Le juge est donc juste là pour dire "attention", sans aiguiller ensuite l’entreprise vers des structures d’aide comme le CED. Il manque un maillon dans la chaîne!

Quant aux professionnels comptables, ils sont débordés de travail et n’ont pas le temps de faire le point avec leurs clients entrepreneurs. Ils n’aiment pas non plus partager leurs dossiers, de peur qu’un tiers ne voie peut-être des choses qui auraient été mal faites, etc. Bref, cette profession manque d’ouverture pour travailler en réseau.

La loi révisée sur la continuité prévoit que le comptable doit s’impliquer davantage quand son client est en difficulté: il est censé contacter ce client et montrer qu’il a pris des mesures correctrices. Mais on n’a pas défini le concept d’entreprise en difficulté, ni formé les comptables aux mesures nécessaires. Bref, les deux relais les plus naturels qu’on puisse imaginer pour diriger les entreprises en difficulté vers nous sont les sources qui nous apportent le moins de dossiers.

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