Traqua garde les écoulements souterrains à l’œil

À l’UNamur, le Dr Amaël Poulain a développé un nouveau système de surveillance hydrogéologique.

La nouvelle spin-off de l'UNamur met au service de ses clients une sonde submersible innovante et l’indispensable service d'analyse scientifique qui l’accompagne.

Dans le monde de l’hydrogéologie, l’innovation est parfois au bout d’un doctorat. Et les applications potentielles également. La sonde submersible Stream élaborée par le Dr Amaël Poulain, géologue de l’UNamur, en apporte un bel exemple.

Du colorant au fluorimètre

"Depuis des décennies, les spéléologues, mais aussi les géologues qui s’intéressent à la circulation des eaux dans le sous-sol utilisent des méthodes très visuelles pour mieux comprendre la dynamique des rivières souterraines", explique le géologue. "Classiquement, la technique consiste à injecter un colorant compatible avec l’environnement (un traceur) dans l’eau de la rivière au niveau de sa perte, le chantoir. Puis de se rendre là où l’eau ressort de terre, de guetter sa réapparition et mesurer sa concentration et le temps écoulé. Autant dire qu’on avait le temps d’allumer un barbecue avant de voir réapparaître le colorant."

"Le fluorimètre m’a permis de récolter toute une série de données concernant la Lesse et la Lomme, notamment dans la grotte de Lorette, à Rochefort."
Dr Amaël Poulain
géologue de l’UNamur

Pour son doctorat, le scientifique a utilisé un instrument plus sophistiqué pour effectuer ce type de mesures: un fluorimètre. "Il m’a permis de récolter toute une série de données concernant la Lesse et la Lomme, notamment dans la grotte de Lorette, à Rochefort", dit-il.  Au cours de ses recherches, le scientifique a ainsi pu mettre en évidence l’existence de deux bras distincts de la Lomme souterraine dans cette grotte.

Mais cet instrument de laboratoire pesait 13 kilos et restait encombrant. D’où l’idée de développer une sonde submersible plus compacte, plus légère, plus autonome et qui au final pouvait aussi être déployée sur le terrain en de multiples exemplaires, afin de créer un réseau et ainsi multiplier les données récoltées.

Des colloques aux débouchés sur le marché

"Tout au long de mon doctorat, j’ai eu l’occasion de présenter notre nouvel instrument lors de colloques scientifiques. C’est à ce moment-là que j’ai perçu l’intérêt que cet outil, compact et fiable, suscitait auprès des professionnels du secteur. Cela a été un déclic. Je me suis dit qu’il fallait développer et lancer cet instrument et les services qu’il pouvait rendre sur le marché", explique Amaël Poulain.

50
exemplaires fabriqués
Cinquante exemplaires de Stream, l'outil de recherche hydrogéologique développé par Traqua, ont déjà été fabriqués.

Au terme de son doctorat, le scientifique décroche un financement First Spin-Off de la Région wallonne pour développer son idée. Trois ans plus tard, la nouvelle spin-off, baptisée Traqua, est inaugurée et son outil est prêt, testé et validé. Cinquante exemplaires de Stream, un modeste cylindre high-tech de 2,5 kilos, ont été fabriqués. Ils sont désormais au service des clients de Traqua.

Le fluorimètre développé par le Dr Amaël Poulain a d'abord été testé dans des souterrains naturels, comme ici dans les grottes de Han.

Comme son massif prédécesseur, ce fluorimètre peut être déployé en autant de lieux que nécessaire pour y mesurer la concentration d’un traceur fluorescent préalablement injecté dans le système hydraulique placé sous surveillance. Il permet aussi de déterminer différents paramètres, comme la turbidité de l’eau ou sa température, et de mesurer la concentration de nombreuses substances (traceurs artificiels, matières organiques, etc.).

Carrière et mine profonde

Au cours du projet First Spin-Off, le géologue et sa collègue, la biologiste Sofie de Volder, business développeuse de Traqua, ont pu convaincre plusieurs clients d’opter pour leur solution intégrée. Outre la location des fluorimètres, l’équipe propose aussi d’en interpréter scientifiquement les données. "Nous avons ainsi pu travailler pour les carrières Lhoist ou encore un département français où des pertes d’eau avaient été constatées dans un système d’étangs", précise le Dr Poulain. Une mine profonde en Allemagne se montre également intéressée par leur système, de même qu’un exploitant de géothermie en Norvège.

"Notre solution pourrait s’insérer dans le cadre d’une recherche portant sur les piscines naturelles."
Dr Amaël Poulain
géologue de l’UNamur

"Toutefois, les services que nous proposons ne se limitent pas à ces industries", précise le scientifique. "Nos méthodes peuvent également être employées pour des analyses dans des réseaux artificiels (égouts, réseaux de distribution), des milieux industriels, des zones urbaines ou des chantiers de construction."

Le potentiel des piscines naturelles

Le géologue garde aussi un œil sur la recherche qui se joue dans ce domaine, source potentielle de futurs clients. "Nous avons en effet des contacts avec des collègues de l’université de Gand. Notre solution pourrait s’insérer dans le cadre d’une recherche portant sur les piscines naturelles." Il serait alors ici question de suivre la qualité et le renouvellement de l’eau en divers endroits de ces bassins de natation aux formes irrégulières et ressemblant plutôt à des étangs, où on compte sur l’action d’une certaine végétation naturelle pour assurer la qualité de l’eau de baignade.

Avec la répétition des épisodes de canicule et l’engouement pour les piscines, la spin-off Traqua pourrait bien y décrocher de nouveaux clients.

Le résumé

Traqua, une nouvelle spin off de l'UNamur, a développé un système de surveillance hydrogéologique.

Sa sonde submersible Stream permet de mesurer la concentration de nombreuses substances dans l’eau

Le service est notamment destiné aux exploitants de mines et de carrières, mais les piscines naturelles, les chantiers de construction et les réseaux de distribution sont autant de marchés potentiels

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