interview

Après la casse sociale à Clabecq, NLMK va injecter 130 millions à La Louvière

Ben De Vos, le patron de NLMK Europe, annonce un investissement de 130 millions à La Louvière pour de nouvelles capacités de production. ©Dieter Telemans

En marge de la restructuration à Clabecq, le sidérurgiste russe NLMK va investir 130 millions d’euros sur son site de La Louvière. La Sogepa devrait financer une partie de l’investissement et ne cache pas étudier une sortie progressive du capital de NLMK Europe dans cinq ans.

Resté volontairement discret depuis jeudi et l’annonce du plan de restructuration sur le site du sidérurgiste NLMK à Clabecq qui devrait entraîner la perte de 290 emplois sur les 576 travailleurs, Renaud Witmeur, le patron de la Sogepa, sort du bois. En tant que représentant de l’actionnaire public wallon qui détient 49% dans le capital de NLMK Europe, il ne tourne pas autour du pot. "Le contexte est compliqué à Clabecq."

Pas d’avenir sans rentabilité

Après un dernier aller-retour à Moscou cette semaine pour finaliser le plan de restructuration avec l’actionnaire russe et peaufiner la stratégie du groupe en Wallonie, Renaud Witmeur est persuadé que ce plan de restructuration est la meilleure des options. "Il n’y aura pas d’emploi et d’avenir à Clabecq sans rentabilité. Il faut offrir aux gens un projet économique structurel et rentable. Je crois en ce plan. J’en ai discuté avec l’actionnaire russe. C’était indispensable de faire une restructuration. C’est le projet le plus crédible et le plus ambitieux qui est sur la table. Et ce plan coût plus cher qu’une fermeture".

"NLMK est l’un des plus importants investisseurs étrangers en Wallonie."
Renaud Witmeur
Président du comité de direction de la Sogepa

Si les pertes d’emplois sont importantes, Renaud Witmeur apporte tout son soutien au management. "Dans n’importe quel dossier, je ne défends jamais un chiffre d’emplois à maintenir. Je défends que l’emploi corresponde à la nécessité". La casse sociale serait donc inévitable. Mais il refuse de voir dans NLMK un vulgaire canard boiteux voué à disparaitre en Belgique. "En Région wallonne, beaucoup on cette croyance que la sidérurgie est en déclin, qu’elle va disparaître comme ArcelorMittal. La réalité autour d’ArcelorMital et ses multiples restructurations crée une culture d’approche de la sidérurgie en déclin. Mais la situation de NLMK est différente. C’est un groupe qui a une vraie stratégie d’investissements en Europe et aux Etats-Unis. Il a la volonté d’être le plus important producteur bon marché de brames dans le monde et la Belgique a un rôle important à jouer".

Une niche pour La Louvière

©Dieter Telemans

Derrière cette croyance, le patron de la Sogepa annonce que NLMK Europe a décidé d’investir 150 millions en Wallonie. Outre les 20 millions qui vont être injectés dans les outils de Clabecq en vue d’améliorer la productivité, 130 millions seront investis sur le site de La Louvière en vue de créer un outil unique et donner aux installations de nouvelles capacités de production. Ben De Vos, le patron de NLMK Europe, explique de son côté que cet investissement va même permettre à La Louvière d’avoir une longueur d’avance sur ses concurrents.

"L’investissement concerne un nouveau train à chaud qui transforme les brames en coil. L’actuel date de 1965. C’est le moment de lui donner des spécificités pour prendre des parts de marché. Nous avons identifié un segment de produits laminés qui nous offre un produit de niche où nos concurrents seront dépassés. Cela va aussi permettre d’augmenter le volume de production à La Louvière pour arriver aux 2 millions de tonnes annuelles d’ici 3 à 4 ans contre 1,5 million aujourd’hui. L’investissement de 130 millions va s’étaler sur 2 ans et les nouvelles installations démarrerons en 2021."

Clabecq devra s’adapter comme La Louvière

"Le défi social à Clabecq est celui qui était à la Louvière il y a 5 ans mais je suis heureux d’avoir un actionnaire qui fait aujourd’hui à Clabecq ce qu’il a fait à La Louvière."
Renaud Witmeur

Si cette bonne nouvelle ne doit pas éclipser le drame social de Clabecq, Renaud Witmeur fait un parallèle entre les deux cas. "Il y 5 ans, c’était la Louvière qui était frappé par une importante restructuration. Elle s’était accompagnée d’une transformation. Le défi social à Clabecq est celui qui était à la Louvière il y a 5 ans mais je suis heureux d’avoir un actionnaire qui fait aujourd’hui à Clabecq ce qu’il a fait à La Louvière. Nous avons un projet auquel nous croyons et ce parallélisme avec La Louvière est rassurant. On a un vrai futur pour Clabecq. Le cas de La Louvière démontre que quand le projet fonctionne, l’activité est pérenne. NLKM est l’un des plus importants investisseurs étrangers en Wallonie. On n’est pas dans l’anecdote", assure le patron de la Sogepa.

Une sortie du capital dans 5 ans

L’accord passé entre l’actionnaire russe cette semaine à Moscou prévoit que la Sogepa apporte une partie des fonds pour l’investissement. "Notre conseil d’administration examinera le dossier prochainement. Le rôle de la Sogepa est de participer aux investissements matériels sur les sites wallons", assure Renaud Witmeur qui reste persuadé que le soutien publique est toujours indispensable pour accompagner le développement de NLMK.

"Mais le jour où les investissements permettront d’atteindre une certaine rentabilité, il y a une logique de diminuer notre participation dans NLMK Europe. Nous n’avons pas vocation de rester indéfiniment. Nous sommes dans le capital depuis 2014. Dans 5 ans, on devrait diminuer notre participation pour autant qu’on récupère notre mise. Mais cette sortie doit tenir compte de l’activité économique."

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