Modifier les codes postaux? Le concurrent "courrier" de bpost le revendique

©DRIES LUYTEN

La Belgique compte 3.000 codes postaux et 144.000 noms de rue, dont de nombreux doublons, ce qui multiplie les risques d’erreur de distribution du courrier. Ce risque est plus élevé pour un nouvel opérateur, dont les tournées sont redessinées chaque jour. TBC-Post plaide pour l’ajout de 2 lettres au code postal, afin de localiser chaque pâté de maisons.

La croissance des volumes distribués par TBC, le seul rival de bpost dans le marché du courrier adressé, est freinée par un problème de géolocalisation. Il existe une solution simple: compléter les codes postaux de deux lettres…

Face à bpost, un seul concurrent dispose d’une licence en Belgique pour adresser le courrier adressé, TBC-Post (société Mosaïc). Cet opérateur privé emploie 120 facteurs pour distribuer du courrier ordinaire et des recommandés. Il couvre lui-même 40% de la population, soit les zones les plus denses, en courrier ordinaire et remet à bpost les lettres destinées aux 60 autres pour-cent (ou aux opérateurs postaux étrangers pour les envois internationaux), alors que pour les recommandés, il travaille partout en Belgique.

+30%
Sur l’exercice 2017-2018 (à fin juin), TBC-Post table sur une hausse de 30% de ses volumes de courrier distribué.

La majorité des lettres qu’il traite sont de type business-to-consumer, c’est-à-dire qu’elles sont envoyées par des entreprises ou l’administration vers des particuliers. Il enregistre une forte croissance de ses volumes, qui atteindra 30% sur son exercice à fin juin 2018, selon les estimations de son fondateur et CEO Thierry Brugma. Mais l’entreprise voit son rythme de croissance buter sur un obstacle imprévu: le système actuel des codes postaux. À terme, si rien ne change, celui-ci pourrait empêcher le marché postal belge d’être pleinement ouvert à la concurrence.

"Le problème renvoie à la manière d’organiser les tournées, explique Thierry Brugma. Bpost attribue tous les jours les mêmes rues aux mêmes tournées, alors que nous revoyons et corrigeons nos tournées chaque nuit. Les envois sont scannés dans notre centre de tri à Zaventem, les adresses de destination y sont extraites puis envoyées dans le cloud, sur la base de quoi nous organisons les tournées de distribution du lendemain." Les infos sont alors injectées dans les smartphones des facteurs de TBC, qui apprennent chaque matin quelle tournée ils devront effectuer. Et comme la législation belge le prescrit, l’opérateur n’emploie que des facteurs salariés, ce qui l’empêche de rémunérer ceux-ci au volume. Il est donc contraint de (très) bien organiser leurs tournées pour s’assurer de leur rentabilité.

Seulement voilà, les risques d’erreur sont multiples, notamment parce que les seuls repères utilisés sont les codes postaux et les noms de rue. "Il y a 3.000 codes postaux et 144.000 noms de rue en Belgique, souligne Thierry Brugma, dont 20.000 bilingues. Quand on ajoute les différentes manières d’écrire les noms de rue, on arrive à 2,6 millions d’alias! On a essayé d’intégrer tout cela dans des fichiers, mais on a arrêté car cela ne permettait pas d’arriver à un taux de reconnaissance suffisant." Et plus les volumes de courrier traités augmentent, plus la difficulté s’accroît. "On doit trouver une solution avec bpost et les autorités compétentes", embraye le patron de TBC, qui a sa petite idée pour "mieux géolocaliser les adresses".

"On doit trouver une solution avec bpost et les autorités compétentes."
Thierry Brugma
Patron de TBC

Sa solution renvoie au modèle néerlandais. Aux Pays-Bas, on a ajouté deux lettres à chaque code postal. Cela permet de pousser la géolocalisation jusqu’au niveau du pâté de maisons. Ce qui réduit considérablement le risque que le centre de tri et, in fine, le facteur ne trouvent pas le bon destinataire au départ d’une adresse mal libellée. "Faisons la même chose en Belgique, suggère Thierry Brugma. Ajoutons deux lettres à chaque code postal. Cela représente quelque 600 possibilités par code, c’est largement suffisant."

"Pour pouvoir rencontrer l’augmentation des volumes à distribuer, on doit trouver de nouvelles solutions, plaide-t-il. Celle-ci a le double mérite d’être peu onéreuse et d’une efficacité redoutable, ainsi qu’on le constate aux Pays-Bas." Ajoutons qu’elle ne profiterait pas qu’à TBC, mais aussi aux autres acteurs sur le marché, comme les sociétés spécialisées dans les petits colis. Sans oublier les services d’urgence, qui pourraient également gagner un temps précieux en cas d’intervention.

Cela peut sembler surprenant, mais les codes postaux sont de la responsabilité directe de bpost et pas de l’IBPT, le régulateur du secteur. On ne peut donc qu’encourager TBC et bpost à s’assoir autour d’une table pour en discuter. En gardant à l’esprit qu’au plan politique, s’il est important de maintenir une concurrence dans le secteur du courrier adressé, ne serait-ce que pour justifier le modèle belge (dont la nouvelle loi postale) aux yeux de l’Europe, il serait encore plus important d’étendre celle-ci à plus de deux acteurs. En faisant disparaître tous les freins… dont les codes postaux limités à quatre chiffres?

Bpost responsable via le service universel

Pourquoi bpost gère-t-il les codes postaux? À l’IBPT, on nous répond que c’est parce qu’il a été désigné prestataire du service universel. La loi organique des entreprises publiques autonomes de 1991 prévoit que l’opérateur du service universel postal assume en effet la gestion de ces codes.

Et la loi du 13 décembre 2010, qui a une première fois mofidié celle-ci, prévoit qu’en cas de changement des codes postaux, bpost fasse une proposition à l’IBPT, qui remettra alors un avis motivé au ministre de tutelle, actuellement Alexander De Croo.

Curieusement, la nouvelle loi postale du 26 janvier 2018 ne prévoit rien à ce sujet. Elle prévoit bien, en revanche, que bpost assure le service universel. On considère dès lors que l’opérateur continue, à ce titre, de gérer les codes postaux.

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