Le site de l'ex-RTT à Lessive est à vendre

©© De Meester Johan

La société indienne qui exploite les antennes paraboliques de Lessive - cédées en 2007 par Belgocam - est sous le coup d’une saisie. Elle est en effet incapable de rembourser ses créanciers et a fait glisser sa dette vers BSS, sa filiale belge.

Avis aux amateurs, le site de l’ex-RTT à Lessive est à vendre. Il s’agit, à la louche, de six antennes paraboliques, d’un terrain boisé de 44 hectares non constructible et de bâtiments dédiés au fonctionnement du site. Inauguré en septembre 1972 par le roi Baudouin, le site a longtemps été considéré comme un fleuron de la technologie et une attraction touristique de premier choix. Au plus fort de sa fréquentation, le site, situé sur la commune de Rochefort, voyait passer 150.000 visiteurs par an.

Belgium Satellite Services (BSS), qui gère le site aujourd’hui, a introduit mercredi une demande de réorganisation judiciaire auprès du tribunal de commerce francophone de Bruxelles en vue de se placer à l’abri de ses créanciers. Les paraboles sont sous le coup d’une menace de saisie par Bank of New York Mellon, qui agit pour le compte de créanciers. Ces derniers réclament six millions d’euros.

Dette indienne

C’est en 2007 que Belgacom, souhaitant se défaire de ses activités satellite, a revendu les sites de Lessive et de Liedekerke. L’acheteur, le groupe indien ORG, utilise les paraboles, entre autres, pour diffuser le faisceau des chaînes de la télévision indienne par satellite vers l’Afrique. Vous avez dit mondialisation?

"Je m’interroge sur les capacités de gestion de cette entreprise."
Gaëtan Riat
Juge-délégué

D’entrée de jeu, le juge-délégué Gaëtan Riat, chargé d’éclairer le tribunal, a dressé un état des lieux plutôt alarmant. BSS, la filiale belge d’ORG qui gère l’ex-RTT Lessive, présente un capital de 5,5 millions d’euros, des fonds propres négatifs de 5,3 millions, une dette commerciale de 7,2 millions et d’autres dettes pour 8 millions. En réalité, et c’est là que le bât blesse, les dettes de la maison mère indienne sont supportées par la filiale belge. "Je m’interroge sur les capacités de gestion de cette société. J’ai le sentiment que cette requête ne vise qu’à mettre à mal une autre décision de justice portant sur une saisie de montants importants par Bank of New York Mellon", a plaidé le juge-délégué, précisant qu’il était défavorable à la requête.

L’avocat de BSS, Marc-Alain Speidel, ne s’est pas laissé démonter par l’argumentation du juge-délégué, confirmant, entre autres, que cette demande de réorganisation judiciaire visait effectivement à faire face à la procédure de saisie exécutoire en cours contre BSS. "Nous avons une activité qui fonctionne mais dont la continuité est menacée par une action de Bank of New York Mellon, qui a un titre de six millions d’euros", a plaidé l’avocat de la société, précisant qu’il s’agissait effectivement d’une dette de la maison mère.

À l’époque, ORG, la maison mère indienne de BSS a levé 16 millions d’euros auprès d’obligataires représentés par Bank of New York Mellon. Incapable de les rembourser, la société indienne a été poursuivie en justice et condamnée à Londres en 2012 à rembourser son dû. C’est à ce moment que les créanciers ont obtenu une saisie, en appel. Cette procédure n’a pas été diligentée.

"Nous revendons une entreprise dont l’activité est internationale. Cela va être difficile à valoriser, mais cela a de la valeur."
Marc-Alain Speidel
Avocat de BSS

Les différentes parties se sont mises autour de la table pour tenter de trouver une solution. L’accord prévoyait une restructuration de la dette — c’est à ce moment qu’elle a "glissé" de la maison mère indienne vers la filiale belge — et une cotation de BSS à la Bourse de Francfort. Le prospectus a été rédigé et validé par la FSMA, a expliqué l’avocat de BSS, mais la société, plombée par ses fonds propres négatifs, n’a pas pu être cotée. Et si la manœuvre devait échouer, les créanciers avaient décidé de faire exécuter le jugement de saisie. C’est dans cette optique que BSS a décidé d’introduire sa demande de réorganisation judiciaire. "Nous avons besoin d’un mandataire de justice pointu, nous revendons une entreprise dont l’activité est internationale. Cela va être difficile à valoriser, mais cela a de la valeur, il n’y a pas de raison de dire que le dossier est irrecevable", a encore plaidé l’avocat de BSS, ajoutant au passage que sa cliente "était victime de la mauvaise gestion de la maison mère".

L’avocat a précisé que BSS ne présente aucun arriéré de loyers et pas de retards à l’ONSS ou à la TVA. Onze personnes travaillent sur le site de l’ex-RTT Lessive.

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