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Comment investir dans les biotechnologies?

Les valeurs biotechnologiques peuvent subir de fortes variations en bourse et provoquer des sensations fortes chez les investisseurs. Diversifier ses placements et bien se renseigner sur les sociétés s’impose pour investir dans ces titres.
Malgré une trésorerie élevée, certaines biotechs peuvent connaître de sévères revers en bourse, comme Galapagos, pourtant riche de 5,3 milliards d’euros de trésorerie, qui a dévissé de 45% l'an dernier suite à une mauvaise nouvelle. © Jan De Meuleneir

Les valeurs biotechnologiques sont à manier avec précaution: ces titres peuvent offrir un rendement très intéressant, mais ils comportent aussi beaucoup de risques, que ne comprennent pas tous les investisseurs. Et pourtant, certains n’hésitent pas à tout investir dans ce secteur très prometteur. «J’ai rencontré des investisseurs particuliers dont le portefeuille d’investissement était uniquement composé de valeurs biotechnologiques», indique Michel Ernst, stratégiste senior chez CBC. Il rappelle qu’en général, il faut diversifier son portefeuille et ne pas «investir dans une seule ou quelques valeurs biotechnologiques».

"Surtout, il ne faut jamais investir tout son portefeuille dans les biotechs."
Michel Ernst
Stratégiste senior chez CBC

Une récente publication du gestionnaire de fonds Candriam a ainsi souligné que les titres de ce secteur étaient «généralement un composant marginal de tout portefeuille», prévoyant cependant que la situation actuelle, qui a vu des firmes comme BioNTech, CureVac et Moderna s’aligner avec de grandes sociétés pharmaceutiques pour développer un vaccin contre le Covid-19, pourrait augmenter l’intérêt pour les biotechnologies, sans pour autant signifier que celles-ci doivent constituer le cœur de tout portefeuille de placement.

Des conseils-clés

Un indicateur-clé pour les investisseurs reste la trésorerie dont disposent les sociétés de biotechnologie, rappellent de nombreux analystes. "Une société biotechnologique doit avoir les reins solides. Très peu d’entreprises de ce secteur dégagent un revenu. Elles vivent, pour se développer, sur leur capital", indique Michel Ernst. "Il faut regarder les capitaux dont disposent ces sociétés, ceux acquis grâce à des partenariats avec des groupes pharmaceutiques et/ou par le biais de subsides, et les rapporter à l’ensemble des frais requis chaque année pour la recherche et le développement ainsi que pour le personnel. On obtient ainsi le 'cash burn rate' d’une société", ajoute-t-il. "Par exemple: si une biotech dispose de 100 millions d’euros de capitaux et dépense 50 millions d’euros en frais généraux, cela lui laisse 50 millions d’euros pour tenir deux ans si elle va au bout de ce capital", explique-t-il.

Attention aux mauvaises nouvelles

Malgré une trésorerie élevée, certaines sociétés de biotechnologie peuvent connaître de sévères revers en bourse, pouvant perdre jusqu’à 50% en une seule séance. Le cas de Galapagos, pourtant riche de 5,3 milliards d’euros de trésorerie selon ses chiffres arrêtés en septembre, illustre bien ce qui peut arriver en bourse à une société du secteur qui annonce de mauvaises nouvelles. «Galapagos était de loin l’une des plus grosses capitalisations du Bel20, avec 6,8 milliards d’euros de valorisation. Mais il a suffi il y a quelques semaines d’un souci d’agréation par la Food And Drug Administration du Jyseleca, son traitement contre l’arthrite rhumatoïde développé avec Gilead, pour que le cours de l’action s’effondre», note Michel Ernst.

45%
C’est la correction subie par le titre de Galapagos en bourse en 2020, suite au refus d’agrément de son traitement Jyseleca par la Food and Drug Administration.

Il observe qu’avec Genfit, Galapagos a affiché en 2020 la pire performance sur la Bourse de Bruxelles. Le titre a dévissé de plus de 45% l’an dernier, à cause de ce problème d’agréation, et aussi en raison de l’abandon de Gilead dans le dossier du traitement contre l’arthrite rhumatoïde. "Tant que la Food and Drug Administration refuse de donner son feu vert et réclame des examens complémentaires, qui vont coûter plusieurs millions d’euros, le cours va rester sous pression. Il n’est pas non plus garanti que le Jyseleca obtienne ce feu vert", prévient Michel Ernst. "Toutefois, le capital de Galapagos reste bien supérieur à la moyenne de son secteur. Argenx se trouve dans le même cas. Mais pas mal de sociétés biotech sont sur le fil du rasoir, avec un taux de survie inférieur à la moyenne d’un an et demi en Europe."

Michel Ernst souligne toutefois que l’inverse peut également se produire lorsque des biotechs annoncent de bonnes nouvelles. Leur titre peut alors bondir de plus de 50% en une séance. Argenx s’est très bien porté en 2020 grâce à de bonnes annonces: son action a pris plus de 77% l’année dernière.

Sur le long terme

L’étude de Candriam souligne encore que tout investissement dans les biotechs doit s’inscrire sur le long terme. «Un investissement en actions, de surcroît thématiques, offre un rendement élevé, mais comporte des risques. Si vous ne donnez pas le temps à ce thème pour se développer, vous risquez d’entrer ou de sortir à un mauvais moment», indique le gestionnaire de fonds.

Mais l’investisseur doit aussi rester vigilant, car rester à long terme sur une valeur biotech en grande difficulté peut engendrer de lourdes pertes en Bourse. Asit Biotech, par exemple, a dégringolé depuis l’échec de son produit phare visant l’allergie aux pollens de graminées, qui a précipité la société belge en réorganisation judiciaire. «Asit Biotech se trouve en sursis. Ses caisses sont vides. Si elle ne trouve pas de partenaire, c’en est terminé pour elle», note Michel Ernst.

Celui-ci rappelle que "même les grandes histoires de sociétés biotechnologiques ne sont jamais finalisées tant qu’elles n’ont pas franchi la ligne d’arrivée. On pense que si la société a atteint la phase III avec son traitement, c’est bon signe, mais, comme on l’a vu avec Galapagos, tout peut être remis en cause". Il cite aussi le cas de Kiadis Pharma, rachetée en novembre 2020 par Sanofi. "La prime payée par Sanofi est faible, car Kiadis Pharma revient de loin", souligne-t-il.

"Investir dans des sociétés biotech s’avère beaucoup plus risqué que dans d’autres secteurs."
Michel Ernst
Stratégiste senior chez CBC

"Investir dans des sociétés biotech s’avère beaucoup plus risqué que dans d’autres secteurs. Il faut lire les journaux, étudier la plateforme de développement de la société, déterminer quelle entreprise est solide financièrement et si elle peut aller jusqu’au bout du développement de son traitement", résume-t-il. "Et surtout, il ne faut jamais investir tout son portefeuille dans les biotechs", conclut-il.

Outre les actions individuelles, il existe enfin des pistes alternatives pour investir dans les biotechs. Des firmes spécialisées dans les ETF (fonds cotés suivant un indice boursier) proposent des produits suivant un indice composé de valeurs biotechnologiques. Des fonds de placement jouent aussi cette thématique. ETF et fonds permettent de diversifier les placements dans les biotechs. Mais une fois encore, il ne convient pas de composer tout son portefeuille d’un fonds unique ou d’un seul ETF misant sur ces valeurs.

Bon à savoir

Un indicateur-clé pour les investisseurs reste la trésorerie dont disposent les sociétés de biotechnologie, rappellent de nombreux analystes.

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