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"Économiser l'énergie dans un bien classé? C'est possible"

Les habitations privées dans cette cité-jardin à Watermael-Boitsfort s’échangent aujourd’hui entre 400.000 et 450.000 euros. Elles offrent certes un confort de base, mais la situation est unique. ©SISKA VANDECASTEELE

Annemie Vermeylen déménagera sous peu de son appartement neuf au cœur de Bruxelles vers une petite maison de 1924 dans la cité-jardin classée "Le Logis" à Watermael-Boitsfort.

Je n’aurais pas dû m’engager sur le viaduc Herrmann Debroux mais rester en dessous. Un GPS est quasi indispensable pour se diriger dans ce coin dense de la capitale. J’ai rendez-vous avec Annemie Vermeylen. Elle a acheté l’été dernier une petite maison dans la cité-jardin protégée Le Logis à Watermael-Boitsfort.

Les petites maisons avec leurs jardinets identiques font penser à des cottages anglais. ©SISKA VANDECASTEELE

À ma surprise, le trafic dense y fait tout à coup place à une oasis de repos: les petites maisons y font penser à des cottages anglais avec des fenêtres jaunes et noires et des petits jardins tous ornés des mêmes buissons. Le tout truffé d’un labyrinthe de sentiers, entourés de gazons recouverts de neige, de haies et de chandeliers japonais. Dans le quartier Floréal, toutes les rues portent un nom de fleur. Par des petites rues sinueuses – les casse-vitesse n’ont pas vraiment d’utilité – je me trace un chemin vers le quartier voisin, Le Logis. Des petites maisons de même type, cette fois-ci avec des structures peintes en vert et où les rues portent toutes des noms d’animaux. Rue du Friquet, c’est là que je vais.

Pour les travailleurs de la CGER

Les volets en bois authentiques sont encore baissés, pour se protéger du froid glacial de fin janvier. "La maison a été construite en 1924 par la société coopérative Le Logis, créée par un groupe de travailleurs de la banque publique Caisse générale d’Épargne et de Retraite (CGER) de l’époque. Le quartier Floréal a, lui, plutôt un passé socialiste et a vu le jour à l’initiative d’un groupe de typographes du journal Le Peuple. Près de 90% des maisons de ces deux quartiers arborés sont toujours des habitations sociales, les autres 10% ont des propriétaires privés, suite à la vente de maisons par les sociétés coopératives pour trouver des fonds en vue de nouveaux investissements."

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Les habitations privées dans les cités-jardins se négocient aujourd’hui pour des montants de 400.000 à 450.000 euros et on peut facilement atteindre les 500.000 euros pour les plus grandes. "Ce n’est pas donné pour juste un confort de base. J’ai acheté la maison de 100 m2 l’été dernier à deux personnes de 80 ans qui ont déménagé dans une maison de repos. Tant en matière de superficie que de confort, je vais voir une différence par rapport à l’appartement neuf du cœur de Bruxelles, où j’habite actuellement. Mais la situation est unique et c’était pour moi le facteur prédominant. J’aime cette architecture de paysage, elle dégage une telle quiétude qu’on a le sentiment de se trouver dans une maison de vacances. Le cadre vert est au moins aussi important que la maison pour moi. Et la situation est également idéale: en transports en commun, je suis à 20 minutes du centre de Bruxelles, tandis que la forêt de Soignes est à distance de marche."

Strictement réglementé

La jeune propriétaire ouvre la porte arrière, qui date du début du siècle dernier, et relève les lourds volets en bois. Le soleil d’hiver entre par les fenêtres, équipées de simple vitrage. "La maison a été classée en 2001. Les rénovations antérieures à cette date sont tolérées, mais depuis 2001, tout doit rester dans son état d’origine. Les châssis en bois ne peuvent pas être remplacés par des fenêtres avec du double ou triple vitrage. La seule option pour améliorer la performance énergétique de ces fenêtres est d’ajouter un châssis à l’intérieur. J’ai décidé de voir après un an si cet investissement peut être rentable. Récupérer un tel investissement en 20 ans me paraît défendable. La porte d’entrée est toujours sur le pignon, mais il y a beaucoup d’humidité qui entre par les fentes. C’est pour cela qu’elle est dissimulée à l’intérieur derrière une cloison."

"Les châssis en bois avec simple vitrage ne peuvent pas être remplacés. La seule option pour améliorer la performance énergétique est d’ajouter un châssis à l’intérieur." ©SISKA VANDECASTEELE

"Dans le passé, j’ai déjà rénové et sérieusement isolé une maison à Watermael-Boitsfort, mais cette fois, je dois me limiter par la force des choses à une rénovation low cost. Ce qu’on peut rénover ou non est décrit dans un cahier des charges. Ainsi, on ne peut peindre les châssis que dans un vert bien précis et on ne peut pas faire nettoyer sa façade. Les plantations dans le jardinet en devanture ne peuvent être retirées et la hauteur de coupe des haies est strictement réglementée. L’entretien est le travail de coupe doivent obligatoirement être effectués par une entreprise spécialisée, pour laquelle je dois payer ma part. Ce n’est que pour le jardin à l’intérieur des haies qu’on a une certaine liberté."

La corde donnant accès à la cave

"C’est un véritable défi de faire d’une habitation classée un logement peu énergivore. J’ai isolé là où je le pouvais. Isoler l’enveloppe extérieure est interdit, tout comme placer des panneaux solaires ou photovoltaïques. J’ai donc isolé les murs par l’intérieur et le sol par la cave." L’évocation de la cave m’intriguait, car je ne voyais aucune porte… Jusqu’à ce qu’Annemie tire sur une corde qui soulève quatre planches du sol, laissant apparaître un escalier peint en gris. Il donne sur une vaste cave sèche avec en effet des panneaux isolants sous le plancher du living. La chaudière au gaz à condensation a été installée par les propriétaires précédents. "Pour le reste, je dois me limiter à rafraîchir et embellir. Les planchers d’origine seront rabotés et enduits d’huile."

Pour accéder à la cave, il faut tirer sur une corde, qui soulève quatre planches au sol, laissant ainsi apparaître l’escalier. ©SISKA VANDECASTEELE

Un autre escalier mène au premier étage avec deux chambres en enfilade et une salle de bains. "J’ai choisi de tout peindre en blanc – y compris le plancher en bois. Cela crée une impression de lumière et d’espace. Dans la salle de bains, il y a de nouvelles toilettes et un nouveau lavabo et j’ai conservé l’ancienne baignoire. À l’étage suivant, sous le toit, il y a ma chambre."

Les petites fenêtres sur le pignon de la chambre ont vue sur la forêt de Soignes. Annemie ouvre une fenêtre dans le toit pour me montrer les petits jardins et sentiers du quartier. "Il y a encore de la neige sur mon toit alors qu’elle a fondu sur la plupart des autres. Cela prouve que le toit est suffisamment isolé. L’isolation a été contrôlée en y perçant un petit trou. Il est apparu que l’isolation existante, datant des années 90, suffit toujours."

"Se loger en économisant l’énergie dans un bien classé est un défi, mais c’est possible: une chaudière à condensation, une bonne isolation du toit et une isolation intérieure, le compartimentage des espaces avec des cloisons ou des tentures et, last but not least, un logement petit… mais tellement agréable."


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