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Chronique "Canal Nord-Sud" | La bonne gouvernance est le seul remède efficace contre l’extrême droite

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à la bonne gouvernance.

Cher Alain,

Je ne peux que te donner raison. La haine et la discrimination sur base de l’identité, de la couleur de peau, de la religion, des préférences sexuelles ou de la nationalité ne peuvent se justifier. C’est le cancer dont l’extrême droite se nourrit. Mais comment lutter contre ce phénomène?

L’approche de l’extrême droite a toujours été une pomme de discorde communautaire. Du côté francophone, le cordon sanitaire – le cercle de protection politique autour du Vlaams Belang – est une véritable omerta. Le devoir de silence règne à propos du Vlaams Belang. La presse francophone a-t-elle un jour interviewé un de ses dirigeants?

En Flandre également, on essaie depuis longtemps de réduire le Vlaams Belang au silence. Ce fut la doctrine de Steve Stevaert. Il comparait le Vlaams Belang à un trou dans la haie. Si vous essayez de le retirer, il s’agrandit. Mais cette stratégie a eu un effet secondaire désagréable: il nous a fait fermer les yeux face à ces problèmes de société qui sont devenus visibles dans toutes nos villes – d’Anvers à Bruxelles, mais tout autant à Liège, Charleroi et Verviers.

Tout le monde s’est tu rue de la Loi, ce qui a provoqué un mécontentement croissant au café du coin.

Même si vous osiez parler d’intégration, vous risquiez d’être taxé d’appartenir au Vlaams Belang. Tout le monde s’est tu rue de la Loi, ce qui a provoqué un mécontentement croissant au café du coin. Et ce mécontentement est le carburant de l’extrême droite en Flandre et de l’extrême gauche en Wallonie. C’est aussi ce qui explique les manifestations de soutien à Jurgen Conings. C’est choquant, comme tu le dis, Alain. Mais c’est une réalité face à laquelle tu ne peux fermer les yeux, car elle continue à couver sous la surface.

En Flandre, c’est le «hurleur» Jean-Marie Dedecker qui fut le premier à nommer clairement les problèmes sur lesquels le Vlaams Belang capitalisait. Il a été suivi par Bart De Wever, qui a présenté sa N-VA comme une alternative de droite décente. Cela a mis fin à la longue série de victoires électorales du Vlaams Belang. Lors des élections de 2014, Dewinter & Co ont tout juste dépassé le seuil électoral. Nous avons manqué de peu le «game over».

Depuis lors, l’antidote de la N-VA semble être arrivé en bout de course. Dans les sondages, le Vlaams Belang a encore progressé pour devenir le plus grand parti du pays. La N-VA n’a pas réussi à couper l’herbe sous le pied du Vlaams Belang. En tant que parti de la majorité, la N-VA n’a pas pu faire la différence ni tenir la promesse de changement qu’elle avait faite aux électeurs de la droite conservatrice flamande.

La N-VA a réussi à affaiblir le Vlaams Belang, mais on lui reproche également de l’avoir rendu plus fort en courant trop derrière lui. En faisant tomber le gouvernement Michel à cause du Pacte de Marrakech, la N-VA a remis la question de la migration tout en haut de l’agenda politique. Et dans ce cas, l’original l’emporte toujours sur la copie, dit une loi d’airain.

Georges-Louis Bouchez, avec sa lutte en faveur de la laïcité, répond pour la première fois en Belgique francophone au mécontentement face au laxisme du monde politique vis-à-vis de la migration.

Au fait, as-tu remarqué Alain que le président du MR, Georges-Louis Bouchez, avec sa lutte en faveur de la laïcité – dans laquelle il rejette radicalement le port du foulard dans la fonction publique – répond maintenant pour la première fois en Belgique francophone au mécontentement face au laxisme du monde politique vis-à-vis de la migration dans notre pays? En misant sur ce mécontentement qui, selon moi, n’est pas moins répandu en Belgique francophone qu’en Flandre, Bouchez espère conquérir le leadership politique dans le sud du pays.

Mais en définitive – et aussi ennuyeux que cela puisse paraître – la bonne gouvernance est la seule arme efficace dans la lutte contre les extrêmes. En toute honnêteté, Alain, je crains que cette bataille ne puisse être gagnée. Car la Flandre demande une politique de droite tandis que la Wallonie opte pour la gauche. Un gouvernement fédéral ne peut être formé que si ces différences communautaires sont effacées dans une politique ni chair ni poisson. C’est le drame de la Belgique sur lequel les extrêmes prospèrent.

  • Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd), croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à la façon de ralentir la progression de l'extrême droite.

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