L'aversion au risque augmente aux Etats-Unis

Ce ne sont pas les inégalités sociales qui vont faire trembler les marchés, ni même les niveaux d'endettement des États et des ménages, estime Jean-Marc Michelet. ©EPA

Les risques d'inflation et de hausse de taux ont fait trembler les marchés fin janvier. En mars, le protectionnisme de Trump a été mal accueilli. Mais déjà le risque d'inflation s'éloigne et le marché ne s'inquiète plus trop des risques protectionnistes.

Jean-Marc Michelet
Eurinvest Partners

Trump sortira gagnant s'il arrive à obtenir des concessions des Chinois et lèvera sans doute les sanctions douanières. Pas de hausse de taux, pas d'inflation, pas de tensions sur les salaires, des bénéfices en forte hausse pour 2018 et 2019... Oui, merci, tout va bien! 

Ce ne sont pas les inégalités sociales qui vont faire trembler les marchés, ni même les niveaux d'endettement des États et des ménages. Preuve en est le chômage qui est au plus bas aux Etats-Unis... et c'est bien là que le bât blesse. En effet, si le taux de chômage avoisine le taux de chômage structurel, cela veut dire qu'il n'est plus possible d'augmenter la croissance par le nombre de travailleurs. On serait dès lors en fin de cycle; la croissance devrait diminuer et le rapport prix sur bénéfice (price earning) aussi.

2%
de volatilité
Historiquement, la volatilité européenne a pour ainsi dire toujours été plus élevée que la volatilité américaine. Or, actuellement, la volatilité américaine (VIX) est de 2% supérieure à celle de l'Europe.

"Oui, mais en Europe, on n'y est pas, le chômage est encore à 8,5%." Effectivement, mais si le chômage structurel (celui qui est incompressible) est également à 8,5% cela veut dire qu'on est au plein emploi également en Europe et que donc la croissance devrait aussi diminuer. Les experts planchent sur la question du niveau du chômage structurel en Europe et hésitent entre 7% et 8,5%.

Tout n'est donc pas si rose et tranquille que cela. Un élément qui vient se rajouter aux préoccupations est la différence entre la volatilité américaine (le VIX) et européenne (le V2X). Historiquement, la volatilité européenne a pour ainsi dire toujours été plus élevée que la volatilité américaine. Or, actuellement, la volatilité américaine (VIX) est de 2% supérieure à celle de l'Europe. Cette situation s'est produite à deux occasions au cours de ces vingt dernières années: fin 2007 et fin 2000... soit juste avant les deux plus grosses corrections boursières depuis 1929.

Si le taux de chômage avoisine le taux de chômage structurel, cela veut dire qu'il n'est plus possible d'augmenter la croissance par le nombre de travailleurs.
Jean-Marc Michelet

L’aplatissement de la courbe des taux aux USA est également un sujet de préoccupation. Ce ne sont que des indicateurs parmi d'autres. Ils ne sont certainement pas suffisants. Mais il justifie de creuser la question. Ce qui est certain est que l'aversion au risque (le VIX) aux Etats-Unis a augmenté et personne ne la voit redescendre. Les causes sont nombreuses: liquidités trop importantes, valorisation excessive chez l'oncle Sam, tempérament et politique à risque du Président américain, endettement excessif en haut de cycle, balance commerciale fortement déficitaire,...

Sommes-nous en bulle et à l'aube d'une correction boursière? Le marché américain est l'un des marchés les plus chers. Un des ratio le plus révélateur est le prix sur l'Ebitda (résultat avant amortissement et payement des intérêts) qui est plus élevé qu'en 2007 et plus élevé qu'en 2000. Même constat pour le rapport prix sur chiffre d’affaires. Les ratios de Shiller et de Warren Buffet confirment également cet excès de valorisation.

Ce qui est sûr, c'est que les analystes financiers prévoient des croissances de résultats et des PIB importantes en 2018 et 2019 qui ne correspondent pas à une fin de cycle. Donc, au mieux les résultats seront conformes aux attentes ou bien en-dessous, mais pas au-dessus. Dans ces conditions, va-t-on maintenir le multiple actuel sur bénéfice? Pas si sûr. À suivre...

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