La raison doit prédominer dans la question climatique

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Toute loi spéciale sur la protection de l’environnement – dont les objectifs seraient fixés par des spécialistes du climat – devrait être conçue de manière à coordonner les politiques des autorités fédérales et régionales, simplifier l’analyse des problèmes et la recherche de solutions, à un coût optimum.

Par André Berger, Samuel Furfari et Ernest Mund. Respectivement professeur émérite de climatologie à l'UCL, professeur de géopolitique de l'énergie à l'ULB et professeur émérite de sciences nucléaires appliquées à l'ULB et l'UCL.

L’inquiétude relative au climat et les réactions qu’elle provoque dans notre pays prennent des proportions de plus en plus préoccupantes. Le contexte électoral y contribue évidemment pour une part non négligeable. Les manifestations de jeunes élèves et étudiants répétant inlassablement – malgré leur ignorance des fondements scientifiques du sujet – des thèses catastrophistes depuis bientôt quatre mois, en sont l’image la plus forte. Il y en a d’autres. Ainsi, l’Université de Mons a fait savoir à la presse qu’elle décernerait en octobre prochain un doctorat honoris causa (DHC) à la jeune Greta Thunberg, égérie du changement climatique. Attribuer un DHC à une écolière de 16 ans souffrant du syndrome d’Asperger dont les interventions font quasi exclusivement appel à l’émotion plutôt qu’à la science, montre l’ampleur de l’égarement des esprits.

Les étudiants et les ONG environnementales réclament du monde politique des mesures radicales de défense du climat en l’accusant erronément d’inaction. Ce sera sans nul doute un élément important des négociations de la prochaine équipe gouvernementale. Le danger existe que l’absence de raison et de sérénité à propos d’un sujet aussi anxiogène conduise à l’adoption de mesures extrêmes aux conséquences économiques destructrices et déstabilisantes en matière sociale, sans pour autant résoudre efficacement les problèmes auxquelles elles s’attaqueraient.

Répétons-le fermement: le changement climatique existe! Il a d’ailleurs toujours existé et quoi que fasse l’Homme, il existera toujours pour des raisons liées à la physique du système soleil-terre. Depuis l’avènement de l’ère industrielle, les activités humaines ont un impact dont la manifestation (mesurable) la plus connue est un dégagement accru de dioxyde de carbone (CO2). Celui-ci n’est pas un poison, ni même un polluant. Il est, au contraire, essentiel au développement du monde vivant, hommes, animaux et végétaux. La fraction du CO2 dans l’atmosphère liée aux activités anthropiques est de quelques pourcents, mais elle augmente régulièrement au cours du temps et joue un rôle fondamental dans le réchauffement global, en particulier via les rétroactions de la vapeur d’eau. En cause: l’augmentation de la population mondiale et le développement économique.

Relation de cause à effet

Depuis 1880-1920 la température globale est montée de 1,24°C. Il est tentant d’établir une relation de cause à effet entre la croissance des émissions de CO2 d’origine anthropique et l’augmentation de température de l’atmosphère. Les modèles d’évolution du climat utilisés par le Giec sont le produit de l’état actuel des connaissances de la physique du système lithosphère-océan-atmosphère en interaction sous l’effet du rayonnement solaire, lui-même objet de fluctuations dans le temps. Or, la connaissance de ce système complexe est loin d’être complète. La marge d’incertitude est particulièrement grande dans l’estimation des impacts des activités humaines sur le climat, mais une chose est sûre: le catastrophisme est hors de propos.

Si le pays réduisait ses émissions en 2040 à 10% de la quantité actuelle, le gain resterait négligeable (-0,5%) face aux plus gros émetteurs qui représentent 61% des émissions mondiales.

Les relâchements annuels de CO2 en Belgique (122 Mt en 2017) représentent 0,37% des relâchements mondiaux, le pays se situant à la 41e place de la liste des émetteurs. S’il était animé d’un désir extrême de montrer l’exemple en réduisant ses émissions en 2040 à 10% de la quantité actuelle, le gain resterait négligeable (-0,5%) face aux 6 plus gros émetteurs qui représentent 61% des émissions mondiales, mais risquerait de le conduire à la ruine économique et sociale. Ceci ne justifie en rien l’immobilisme mais plaide au contraire pour une action mûrement réfléchie, justifiée par des considérations technico-économiques et dans le respect des aspects environnementaux et humains.

Toute loi spéciale sur la protection de l’environnement – dont les objectifs seraient fixés par des spécialistes du climat – devrait être conçue de manière à coordonner les politiques des autorités fédérales et régionales, simplifier l’analyse des problèmes et la recherche de solutions, à un coût optimum. La population doit savoir à quoi les autorités l’engagent, les raisons pour lesquelles elle le fait et l’impact mondial que cela aura. Cette loi spéciale devra donc être accompagnée de la liste des mesures à prendre et surtout, de leurs impacts environnementaux (pour estimer leur efficacité), pécuniaires (en vue de rapporter leurs coûts à leurs avantages réels) et producteurs de changements dans leur vie quotidienne.

Le respect de ces éléments est un préalable au retour de la sérénité dans les esprits.

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