Le mécénat, un pari optimiste

L’inventivité des entreprises et des acteurs de la création pour se rencontrer et travailler ensemble n’est peut-être pas suffisamment soulignée. ©Festival international de musique de chambre Est-Ouest

A l'heure où se profilent les élections, la fondation Prométhéa pose la question des nouvelles formes de soutien à la culture en Belgique.

Par Benoit Provost
Directeur de Prométhéa

Les initiatives de participation citoyenne, de mutualisation des ressources, d’échanges de services via des plates-formes, connaissent une croissance sans précédent. Une économie du partage et de l’usage se substitue peu à peu à une économie de la possession et c’est une évolution indispensable au regard de la raréfaction des ressources. Cette évolution touche tous les secteurs et le monde de la culture et de la mise en valeur du patrimoine n’y échappe pas. Au regard de cette tendance majeure, le mécénat pourrait s’apparenter à une pratique ancienne déconnectée de la réalité.

Bien au contraire, c’est aujourd’hui qu’il est le plus nécessaire. Mais d’abord faut-il s’entendre sur le sens que nous donnons au mécénat: nous le considérons comme un soutien financier ou en nature, apporté sans contrepartie directe, à une action ou à une activité d’intérêt général.

L’importance du mécénat et plus généralement de la générosité citoyenne n’est plus à démontrer.

L’importance du mécénat et plus généralement de la générosité citoyenne n’est plus à démontrer, en dépit de la difficulté de réunir des données agrégées. Retenons cependant que le dernier baromètre de la générosité (source: Fundraisers Forum) évaluait cette générosité à 344 millions d’euros pour plus de 300 organisations. L’impact budgétaire des réductions d’impôts pour libéralités reste aussi relativement stable voire en hausse, que ce soit à l’impôt des personnes physiques ou à l’impôt de sociétés. Auquel il convient encore d’ajouter le tax shelter dont le succès et la capacité à financer et soutenir la production cinématographique ne se démentent pas.

Or, ce qui caractérise le contexte dans lequel nous vivons, c’est une interconnexion de plus en plus forte entre les acteurs de la créativité. Si, pendant longtemps, une politique économique d’un côté et une politique culturelle de l’autre constituaient quasiment des silos qui vivaient en totale indépendance, tel n’est heureusement plus le cas aujourd’hui.

Loin de se limiter à l’offreur et au demandeur, il se crée un cercle vertueux qui contribue au bien commun.

Bien sûr, il n’est nullement question de marchandiser la culture ou le patrimoine, pas plus qu’il n’est question de demander au monde de l’entreprise de se substituer aux pouvoirs publics pour financer une politique culturelle. Mais l’inventivité des entreprises et des acteurs de la création pour se rencontrer et travailler ensemble n’est peut-être pas suffisamment soulignée.

Communautés de création

Ainsi, plus de dix entreprises wallonnes viennent, avec l’aide de Prométhéa, de se réunir dans un collectif dédié au patrimoine en Wallonie. Elles ont décidé de mutualiser des moyens de mécénat pour récompenser bientôt un projet porté par des maisons de jeunes en faveur de la promotion du patrimoine.

Dans une autre approche, nous multiplions les rencontres pour les acteurs de la culture, du patrimoine, voire de l’action sociale, que nous faisons bénéficier d’un carnet de rendez-vous sous forme de speed dating avec des représentants du monde de l’entreprise. Pendant ces rendez-vous, toutes les questions peuvent être abordées.

Le mécénat pourrait s’apparenter à une pratique ancienne déconnectée de la réalité.

Ces deux exemples me semblent significatifs: ils sont emblématiques d’une évolution vers des communautés de création, dans lesquelles tant l’entreprise que l’acteur culturel trouvent les moyens de développer leurs projets. Loin de se limiter à l’offreur et au demandeur, il se crée un cercle vertueux qui contribue au bien commun.

Les Caïus de Prométhéa, qui ont été décernés le 17 novembre à Namur, répondent à cette même ambition. Ils mettent à l’honneur les entreprises et les acteurs de la culture et du patrimoine qui ont fait le choix de mécénat. Avec un seul objectif: que ces expériences soient reproduites, soient multipliées. Parce que nous avons tous ce besoin essentiel de faire société et que le mécénat est une très belle façon d’y répondre.

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