tribune

Deux plus deux font quatre

Revue de presse de l'hebdomadaire britannique The Economist.

Les études de philosophie à la Sussex University en Angleterre inscrivent à leur programme, dès la première année, John Locke. Le précurseur de la philosophie des Lumières est célébré aujourd’hui pour sa "Lettre sur la tolérance" dans laquelle il avance que "contraindre les hommes par le fer et par le feu à se conformer à certaines doctrines" est non seulement immoral, mais également futile. La seule véritable persuasion est la "persuasion intérieure de l’esprit".

Un argument qui, même s’il leur est familier, ne semble guère convaincre les étudiants et le personnel qui dénoncent Kathleen Stock, une professeure au département de philosophie. Ils lui reprochent  sa "transphobie" et exigent ni plus ni moins son renvoi de l’université, avec menaces physiques à l’appui, au point que la police lui a conseillé d’installer des caméras à domicile et de se faire accompagner d’agents de sécurité lorsqu’elle pénètre sur le campus. Expression la plus extrême de  la "cancel culture".

Son crime? Avoir dit et écrit dans un ouvrage récent, "Material Girls", que le sexe biologique existe et qu’il devrait prévaloir, dans certaines circonstances, sur le genre autoproclamé. Ainsi, certains espaces réservés aux femmes (les vestiaires, les épreuves sportives, les prisons) ne devraient pas être accessibles aux "transfemmes", c’est-à-dire des hommes qui s’identifient comme femmes. Cette prise de position se rapproche non seulement de l’opinion majoritaire en Grande-Bretagne, mais est également conforme à la loi britannique.

Les activistes balaient avancent que les universités servent précisément à ne pas prendre pour argent comptant toute idéologie, en l’occurrence la nature binaire immuable du sexe.

Les activistes balaient cet argument de la main en avançant que les universités servent précisément à ne pas prendre pour argent comptant toute idéologie, en l’occurrence la nature binaire immuable du sexe, qui est selon eux "un artefact de l’histoire". Parmi eux, on retrouve des étudiants, mais aussi de nombreux professeurs, sans doute minoritaires, mais très bruyants. Les autres en sont réduits au silence, de peur d’être à leur tour soumis à la vindicte et menacés de licenciement.

La liberté d’expression semble ne plus avoir droit de cité dans les universités d’outre-Manche. Cela ne date pas d’hier. Ainsi, un rapport du syndicat University and College Union, publié en 2017, classait le Royaume-Uni à la 27e place des 28 membres (à l’époque) de l’Union européenne pour la protection légale de la liberté académique.

Cet article paru dans The Economist a été traduit et synthétisé par nos soins.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés