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L'étoile filante Clubhouse s’éteint, longue vie à l’audio

Journaliste

Clubhouse ressemble de plus en plus à un feu de paille. Pourtant, les contenus audios ont encore de beaux jours devant eux.

Un petit tour et puis s’en va. Après avoir affolé les compteurs des téléchargements d'applications, fait les gros titres et attiré la curiosité - et les personnalités innovantes les plus en vue - à l'égard de son application, Clubhouse serait déjà sur le déclin. L’application, un réseau social 100% audio qui fonctionne sous forme de chambre de discussion, a trébuché de son piédestal.

En février, alors que Clubhouse était au centre de l’attention, l’application a été téléchargée plus de 9,5 millions de fois alors qu’elle n’est toujours disponible que dans l’écosystème d’Apple. Un mois plus tard, le soufflé est déjà retombé avec seulement 2,7 millions de téléchargements, soit 72% de moins qu’en février. Clubhouse retombe en fait déjà à son niveau de janvier, avant que les projecteurs du monde entier ne se braquent sur elle.

Comment expliquer le désintérêt soudain pour une application à qui l’on promettait la lune grâce à un format de réseau social audio inédit surfant sur une vague qui pousse les contenus audios vers les sommets depuis plusieurs mois?

Les discussions sur Clubhouse ressemblent trop à celles de la vraie vie, plus banales donc et de moins bonne qualité.

Clubhouse a été victime de son propre succès à plusieurs égards. D’abord par ce qu’on appelle le "VIP effect". Les concepteurs de l’application avaient imaginé suscité l’intérêt et la curiosité en ne donnant accès au réseau social et ses contenus que via des invitations savamment distillées au départ, diffusées plus largement ensuite. Ce qui a admirablement fonctionné dans les premières semaines devient un handicap aujourd’hui. L’exclusivité apparente a suscité beaucoup d’attente chez les futurs utilisateurs qui ont pour beaucoup été quelque peu déçus à leur arrivée sur la plateforme.

Autre exclusivité qui joue des tours à Clubhouse: elle est uniquement accessible sur iOS. Se priver de milliards d’utilisateurs potentiels a été critiqué dès le départ et la version de l’application sous Android se fait toujours attendre, elle arrivera peut-être même trop tard.

Trop vite, trop tôt

Le succès est arrivé un peu tôt pour cette application qui était encore en train de se roder au moment où tout le monde voulait y entrer. Elle n'était pas prête pour un tel succès. Surtout pas en matière de protection des données, ce qui lui a valu nombre de critiques et a fait fuir certains utilisateurs. Et encore moins en matière de monétisation.

-72%
de téléchargements
Les téléchargements de Clubhouse ont lourdement chuté en mars.

On a peut-être aussi un peu trop vite classé l'application dans la case réseau social alors que seule une certaine élite avait la parole, les autres restants de simples auditeurs peu participatifs.

Les consommateurs se sont habitués à des contenus audio comme le podcast qui propose un format super léché, travaillé à la milliseconde et qui coule dans l’oreille. À côté, les discussions sur Clubhouse ressemblent trop à celles de la vraie vie, plus banales donc et de moins bonne qualité. Si Clubhouse trébuche, elle n’est pour autant pas encore à l’arrêt et il ne faudrait pas l’enterrer si vite. Clubhouse continuera sa route, mais ne deviendra jamais une application grand public comme certains l'ont pensé au départ.

Clubhouse continuera sa route, mais ne deviendra jamais une application grand public comme certains l'ont pensé au départ.

L’expérience Clubhouse va servir d’exemple pour Facebook et Twitter, tous les deux en train d’affiner une offre de service audio similaire. Car la demande est là, plus que jamais pour des contenus auditifs de qualité et accessibles facilement. Les utilisateurs sont-ils prêts à payer pour de la qualité? Ils l'ont déjà prouvé à maintes et maintes reprises. Une vérité qu’a bien comprise Apple avec le lancement prochain d'une option qui permettra aux créateurs de podcasts de proposer des abonnements payants. Clubhouse a peut-être simplement essuyé les plâtres pour que d’autres réussissent à monétiser le potentiel de la conversation audio.

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