chronique

L'étrange combat chinois contre la console

Journaliste

La Chine veut limiter fortement l'utilisation des jeux vidéo pour les mineurs. L'idée est louable. Sa mise en pratique pose en revanche quelques questions.

Game (presque) over. Les jeunes fans chinois de Fortnite, Honor of Kings et autre Call Of Duty ont sûrement été nombreux à lancer leur manette dans l'écran. Le gouvernement a décidé de limiter le temps de jeu des gamers. Ce sera désormais trois heures par semaine, de 20h à 21h, du vendredi au dimanche. Pas plus. La mesure pourrait presque faire rire tant elle sent le paternalisme 2.0. Elle n'a toutefois rien d'anecdotique.

Elle est, en réalité, une étape de plus dans la politique antijeu de l'empire du Milieu. Récemment, un journal chinois avait qualifié les jeux vidéo "d'opium de l'esprit", évoquant la part grandissante de jeunes accros aux jeux vidéo. L'avis tranché est visiblement assez partagé par les autorités qui n'en sont pas à leur première mesure visant les fans de console. Il était notamment déjà interdit au moins de 18 ans de faire chauffer les manettes durant la nuit et limité à 13 heures par semaine le temps passé derrière la console. La raison évoquée est pourtant louable: tenter d'éviter la surconsommation d'écrans, pas vraiment recommandée par les médecins. Les risques d'obésité ou de diabète liés à la pratique excessive sont bien réels. Sans parler, évidemment, des dangers potentiels pour les yeux.

Manque de cohérence

Tenter de réduire la consommation de jeux vidéo est donc une intention légitime. Les jeunes qui passent des nuits à jouer en ligne constituent un phénomène bien réel. Mais la manière choisie par l'autorité chinoise pour protéger les enfants de la nation est pour le moins étonnante. Si le combat choisi est bon, l'ennemi visé a quelques alliés un peu vite oubliés. Ils s'appellent Instagram, Facebook ou plutôt en Chine WeChat,  TikTok et Weibo, mais n'inquiètent visiblement pas outre mesure les autorités. Netflix et les autres acteurs du streaming ont aussi quelques caractéristiques du coupable idéal.

Beaucoup de mamans gèrent pourtant plutôt assez bien le débranchement de PlayStation.

Et si le fond manque de cohérence, la forme n'est pas idéale non plus. Les autorités ont visiblement assez peu de considération sur la manière dont les parents éduquent leur enfant. Aujourd'hui donc, il faut une loi pour obliger un ado à éteindre sa console. Beaucoup de mamans gèrent pourtant plutôt assez bien le débranchement de PlayStation lorsque les heures s'enchaînent devant l'écran plutôt qu'avec un ballon au pied.

 L'idée des autorités vient peut-être justement de l'attitude des parents. Interdire les jeux vidéo à des enfants renvoie directement aux habitudes des parents. Et de ce côté, il y a probablement aussi quelques efforts à faire. Selon les études, le nombre d'heures moyen des adultes devant un écran varie entre 30 à 50 heures par semaine. Dans tous les cas, c'est beaucoup trop. Et le "oui, mais c'est différent, c'est pour le travail" semble un argument bien mince. La boîte mail consultée partout et tout le temps est sans doute au moins aussi nocive. Sans parler de cette bonne vieille habitude à ne plus jamais déconnecter du bureau et de son stress. Pour le coup, le débat s'éloigne, mais mériterait peut-être bien, lui aussi, une petite loi.

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