chronique

La Belgique passe à côté du pactole de la facturation électronique

Seulement 5% des factures sont électroniques en Belgique. Notre pays passe à côté d'un pactole de 3,4 milliard d'euros en négligeant ce virage digital. Certains envisagent de la rendre obligatoire, et pourquoi pas?

Avant toute chose, il faut déconstruire un mythe. La facturation électronique, ce n’est pas un PDF en pièce jointe d’un mail. La facturation électronique c’est lorsqu’une facture est envoyée sous forme de message structuré qui peut être lu et interprété par des logiciels adaptés. Ce type de format de message est utilisé par des logiciels de comptabilité qui convertissent en écriture comptable et inscrivent ensuite les factures dans la comptabilité des entreprises. On parle donc ici de facturations entre entreprises.

L'Italie a récolté 4 milliards d’euros en revenus TVA supplémentaires en 11 mois.

La Commission européenne avait comme ambition que l’e-facturation soit la première méthode de facturation en Europe pour 2020, on en est loin. En queue de peloton, la Belgique affiche un maigre 5% de factures qui passent par ce canal. Un pourcentage très faible qui montre le chemin qu’il reste encore à parcourir. Pourtant, à en croire les éditeurs de logiciels, pour les émetteurs et les récepteurs, il n’y a que des avantages. Paiement plus rapide, moins de créances ouvertes, diminution drastique des erreurs avec moins d’intervention humaine et surtout une diminution des coûts. Alexander De Croo, Vice-Premier Ministre, s’est même exprimé cette semaine en faveur d’une obligation générale et contraignante de l’e-facturation. Le ministre Open Vld est formel: la facturation électronique présente des avantages indéniables aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les entreprises.

Rapporter gros, très gros

4 milliards
d'euros
En revenus TVA supplémentaires pour l’Etat italien en 11 mois.

Car oui, pour l’État belge ce système de facturation pourrait rapporter gros, très gros. En Italie, toutes les factures B2B doivent passer par la facturation électronique et donc par le gouvernement italien depuis un an. Le résultat? 4 milliards d’euros en revenus TVA supplémentaires pour l’Etat en 11 mois. Chez nous, chaque année, c’est plus d’1 milliard de factures qui sont envoyées et traitées à travers le pays. Si elles étaient toutes envoyées par voie numérique, l’État pourrait engranger jusqu’à 3,4 milliards d’euros selon des calculs des professionnels du secteur. Ce qui a fait dire à Alexander De Croo lors d’une table ronde cette semaine qu’il aimerait beaucoup – si possible – inclure cette démarche dans le prochain accord gouvernemental. 

Depuis un an, il y a déjà une initiative qui tente de pousser ce mode facturation auprès des entreprises belges: Digicrowd. C'est une initiative conjointe de CodaBox, Sage, Wolters Kluwer et Winbooks. Elle a convaincu pour l'instant 5.000 entreprises de passer aux factures électroniques, on est donc encore bien loin d’un raz-de-marée numérique. Difficile pourtant de résister à une technologie qui permet d’économiser quasi 70 % des couts liés au processus de facturation par une automatisation et une réduction des erreurs. Le manque d’adoption actuel serait dû à un grand classique de l’innovation: qui fera le premier pas entre l’émetteur et le récepteur ? Car pour fonctionner il faut évidemment que les deux parlent le même langage et possèdent tous deux un logiciel ad hoc.

Pour éviter que les comptables se retrouvent encore en 2020 avec des boites à chaussures remplies de factures et de bons de commandes de leurs clients, il va falloir envisager l’obligation progressive de l’e-facturation. Tout le monde y sera gagnant. Émetteur et récepteurs auront la vie facilitée, les éditeurs de logiciels vont vendre leurs produits comme des petits pains, l’État recevra des milliards inespérés. Pour changer les habitudes et évoluer vers un mieux collectif, il faut parfois avoir le courage d’imposer certaines choses. Encore faut-il avoir un gouvernement pour le faire...

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