chronique

On finira par regretter Facebook

Journaliste

Trump veut son propre réseau social. TRUTH pourrait bien devenir une arme de communication redoutable et une plateforme où le débat n'est que de façade. Au point de faire passer Facebook pour le premier de la classe.

Il l'avait promis. Il compte bien le faire. L'ancien président Donald Trump va donc se lancer dans le fabuleux monde des réseaux sociaux. Les contours exacts de sa plateforme TRUTH (oui, "vérité" est bien son nom) sont encore à détailler, mais le gros du projet est connu. La plateforme permettra de donner son avis, de commenter, de partager… la base de ce qui a fait de Facebook, Twitter et leurs concurrents de jolis mastodontes.

À première vue, l'initiative de l'ancien président pourrait presque faire sourire.

À première vue, l'initiative de l'ancien président pourrait presque faire sourire. Lancer son propre réseau parce que vous avez été gentiment écarté des principaux autres, cela a le mérite de l'audace. Mais peut-être pas que. Bien que le tableau dépeint rarement favorablement l'ancien président, Trump a au moins la qualité de ne pas faire les choses par hasard. En parallèle de l'annonce de son nouveau réseau, l'homme au brushing travaillé a également créé Trump Media & Technology (TMTG), une structure qui développera notamment de la vidéo et du podcast. Dit autrement, l'ancien président souhaite revoir sa communication en y mettant les moyens. Le réseau social ressemble donc au premier pas de la nouvelle stratégie. Lieu de rencontre de ses plus fervents supporters, le canal pourrait devenir sans trop de difficultés un moyen de communication redoutablement efficace. Trump n'est d'ailleurs pas le seul à y croire. Le cours de la SPAC qui financera le projet de Trump a grimpé de 350% au lendemain de l'annonce du lancement futur.

Cela ne ferait pas spécialement de bien à l'ouverture d'esprit, mais, d'un point de vue théorique, cela n'a rien de condamnable.

La réussite du projet sera facilement jugeable par le nombre d'utilisateurs convaincus. Et il n'est vraiment pas impossible que Trump puisse parler de succès. Ses fidèles supporters se comptent toujours en millions. Trump espère probablement s'inspirer de GETTR, le réseau lancé par un de ses anciens porte-parole. Malgré quelques couacs, l'initiative compte aussi plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs. La preuve, donc qu'un intérêt pour une nouvelle offre existe. TRUTH promet à des convaincus de se retrouver autour des mêmes idées, de partager sur ce qui fait consensus dans la communauté et de laisser peu de place au vrai débat. Cela ne fera pas spécialement de bien à l'ouverture d'esprit, mais, d'un point de vue théorique, cela n'a rien de condamnable. Les journaux d'opinion se sont bien lancés sur ce principe. Et même si les Facebook et autres ont préféré le créneau d'une plateforme pour tous, rien n'empêche de cibler une partie de la population.

Contenus sous contrôle

Les tendances évoluent d'ailleurs. Un rapide coup d'œil au fil d'actualités permet de constater que Facebook préfère aujourd'hui proposer à ses utilisateurs des contenus qui vont d'abord dans le sens de leurs préférences. TRUTH n'est donc peut-être que l'étape d'après. Le souci, c'est que bien souvent, le manque d'ouverture peut très rapidement amener au dérapage non contrôlé. Ce n'est pas vraiment un secret, Trump et la délicatesse ne vont visiblement pas souvent boire des verres ensemble. Aujourd'hui, même si Facebook est souvent dénoncé pour son manque de contrôle, voire de sévérité à l'égard de certains contenus, la relation avec les états reste constructive. Les régulateurs de TRUTH seront peut-être beaucoup ouverts à la collaboration.  On n'y est pas encore mais la manière de travailler de Facebook pourrait rapidement manquer aux régulateurs.

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