chronique

Un emoji, ça compte énormément

Journaliste

Apple et Google vont adapter leur emoji seringue pour ne pas renforcer le sentiment antivaccin.

Cachez ce sang que je ne saurais voir. Alors que les campagnes de vaccination battent leur plein dans le monde entier ou presque - suivez mon regard jusqu’au centre de vaccination presque désert du Heysel -, un emoji est au cœur des préoccupations pour ne pas tout faire capoter.

C’est mignon pourtant un emoji. Un sourire, parfois narquois, un petit visage qui pleure en cas de coup de mou, une aubergine pour les plus lubriques ou encore un cœur pour signifier son amour. On les utilise à toutes les sauces, bien au-delà des plateformes de messagerie. À chaque actualité, un emoji se distingue. Depuis le début de la pandémie de Covid-19 et l’intronisation du vaccin comme seule porte de sortie vers un retour à la normale, l’emoji seringue associé au vaccin a connu un net regain d’intérêt et d’utilisation. L’émoji seringue est né au Japon en 1999. Il a été inventé par les opérateurs téléphoniques locaux pour symboliser les dons de sang. Il a ensuite été validé et adopté par le Consortium Unicode, qui est l’organisme chargé d’uniformiser l’ensemble des caractères informatiques. Problème, cet emoji représente une seringue remplie de sang et deux petites gouttelettes qui en sortent. De quoi faire plus penser à une prise de sang douloureuse qu’à un vaccin libérateur.

Les emojis ont désormais une telle importance et influence qu’Apple et Google veulent changer le design de celui utilisé majoritairement pour parler du vaccin. L'objectif est éviter d’associer les campagnes de vaccination à de la douleur ou du sang. Les géants numériques ont peur de renforcer le sentiment antivaccin et agissent à leur façon. Pour certaines organisations de santé publique comme la très british Royal Society for Public Health, "cette initiative pourrait jouer un rôle majeur dans la perception positive du public envers les vaccins". Le nouvel emoji épuré sera présent dans la prochaine version du système d’exploitation d’Apple qui arrive au primptemps. Exit la seringue qui fait peur pour faire place à une seringue bien propre et remplie d’un liquide transparent.

Ponctuer et accentuer

Avec le temps, les emojis ont pris tellement d’importance dans notre communication quotidienne qu'ils ont remplacé la ponctuation et clôturent désormais la plupart des messages reçus sur WhatsApp ou Messenger. Devenu moins sûr de l’émotion qu’il transmet et par peur de vexer son interlocuteur par une froideur non intentionnelle, l’expéditeur du message va systématiquement ajouter un petit emoji pour accentuer la tonalité de son discours. De façon assez étrange, ce sont les personnes qui ont adopté les codes du numérique le plus tard qui les utilisent le plus, à bon escient ou non. Les plus de 60 ans ont tendance à en faire un usage excessif en répétant plusieurs fois le même emoji pour bien insister sur ce qu’ils veulent dire.

Mais peu importe la façon dont on l’utilise, l’emoji n'a jamais été aussi populaire et vit avec son temps. Il s’adapte à la société en devenant notamment plus inclusif et plus représentatif de la diversité. Il vient de se trouver une nouvelle mission: soutenir la campagne de vaccination. Si un emoji moins effrayant peut convaincre ne fût-ce que quelques personnes supplémentaires de se faire vacciner, après tout tant mieux. Encore faut-il qu'elles reçoivent leurs convocations.

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