chronique

Utiliser un réseau social sera bientôt un choix politique

Journaliste

Les différentes réactions des dirigeants de réseaux sociaux aux propos violents tenus par Donald Trump sur leurs plateformes marquent un tournant politique dans la jeune histoire de ces géants.

La triple crise identitaire, sociale et politique que connaissent actuellement les États-Unis a reposé une nouvelle fois la question de la modération des contenus sur les réseaux sociaux. Face aux propos de Donald Trump appelant à une réponse violente à l'encontre des manifestations conséquentes à la mort de George Floyd, tué par quatre policiers, les dirigeants et fondateurs de réseaux sociaux ont eu des réactions diverses. Ces réactions marquent un tournant dans la jeune histoire de ces nouveaux médias.

Signaler (ou pas) les fake news 

Twitter a réagi en premier, signalant plusieurs tweets de Donald Trump. Le réseau social fondé par Jack Dorsey y a apposé un avertissement et un lien vers des informations vérifiées. Quelques jours plus tard, le réseau social a restreint l’accès à un tweet du Président, une première. Le tweet a été masqué par un avertissement signalant qu'il faisait l’apologie de la violence, ce qui va à l’encontre des règles du réseau social.

"L’art a moins de poids dans les dépenses publicitaires de Facebook qu’un Président américain."

Facebook s’est lui démarqué... en ne faisant rien (sauf retirer de ses plateformes des groupes d'extrême droite qui prévoyaient d'infiltrer les manifestations contre les violences policières). Cela lui a valu de vives critiques jusqu’à quelques démissions internes et une protestation virtuelle d’une partie de ses employés. Mark Zuckerberg, avec son costume de roi de la Silicon Valley, a choisi de ne pas choisir après une discussion privée avec Donald Trump. En laissant les propos de Trump affichés sans notice d’explication ou censure en cas de violation, il prend une décision impopulaire. Mais peut-on lui en vouloir ? Le but des réseaux sociaux n’est-il pas que chacun puisse s’exprimer tant qu’il n’enfreint pas la loi ? Sur le sol américain, les plateformes sont responsables du contenu qui y est posté. Pourra-t-on alors a posteriori juger Facebook pour incitation à la violence ?  

Si Facebook se refuse à faire un choix éditorial politique, il se retrouve face à ses propres contradictions et règles d’utilisation quand, dans le même temps, le moindre téton apparent sur une œuvre d’art est censuré en quelques secondes.

Il faut dire que l’art a moins de poids dans les dépenses publicitaires de Facebook qu’un Président américain, ce n’est pas anodin.

Futurs médias d'opinions?

Le cas de Snapchat est plus interpellant. En décidant délibérément de ne plus mettre en avant le compte du Président américain dans la section "découverte" de sa plateforme Snapchat Discover, le réseau social fait un choix politique. Cela rappelle également un élément qu’on a tendance à oublier, tellement nous nous sommes approprié ces outils de communication comme s’ils étaient des éléments naturels de notre quotidien : les réseaux sociaux n’appartiennent à personne d’autre qu’à leurs propriétaires et actionnaires. Les utilisateurs n’en sont que des clients dont on monétise les données.

A l’avenir, choisir d’utiliser un réseau social ou l’autre pourrait revenir à un choix politique en fonction de l’attitude de ses patrons. L’utilisation d’un réseau social posera donc pour l’utilisateur une forme de responsabilité nouvelle. Coupables de nous conforter dans nos opinions en étant confronté qu’à des avis qui nous correspondent, les réseaux sociaux laissaient au moins l'illusion du choix éditorial du contenu affiché à l’utilisateur. Ce ne sera bientôt plus le cas si l’exemple de Snapchat se répète et s’amplifie. Les réseaux sociaux se transformeront alors en médias d’opinions.

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