chronique

YouTube, cet outil de propagande climatosceptique

La plateforme vidéo a recommandé activement à ses utilisateurs des contenus niant le réchauffement climatique. Gros sous et éthique s’entremêlent autour de la notion de responsabilité.

YouTube a "mis en avant de façon très active" des vidéos de désinformation sur le changement climatique. C’est ce qui ressort d’un rapport publié par Avaaz, une organisation non gouvernementale internationale de cyber militantisme. Tout cela intervient alors que la plateforme vidéo vient d’émettre des règles plus strictes pour éviter que ses utilisateurs se retrouvent nez à nez avec des contenus liés à des théories conspirationnistes.

Relayé par le site du magazine Time, le rapport d’Avaaz est sans appel pour YouTube. L’organisme a analysé 5.537 vidéos correspondant aux termes de recherche "climate change", "global warming" et "climate manipulation" et surtout les vidéos qui étaient ensuite suggérées par la plateforme à ses utilisateurs. Car c’est bien là que se situe le problème. Les suggestions de vidéos qui apparaissent lorsque vous regardez une vidéo sont déterminées par l’algorithme de YouTube. Il semblerait que ce dernier soit climatosceptique sur les bords et possède un penchant pour les théories du complot.

De la notion de responsabilité

Pour les différents termes de recherche évoqués plus haut, dans 1 cas sur 5, l’utilisateur se voit proposer une vidéo contenant des informations niant le changement climatique ou expliquant que l’activité humaine n’en est pas responsable. Un constat qui pose question sur la pertinence de l’algorithme, notamment car ces suggestions de vidéos dictent le comportement de 70% des utilisateurs de YouTube, qui vont effectivement les regarder.

Les suggestions de vidéos dictent le comportement de 70% des utilisateurs de YouTube, qui les regardent effectivement.

Ce système a pour but de conserver les spectateurs pendant un maximum de temps devant leur écran. Pour les conserver, il faut du contenu engageant, et l’algorithme de YouTube a bien compris que le contenu radical, dérangeant voire offensant plaît plus à ses utilisateurs. Il le lui sert donc sur un plateau sans réfléchir aux conséquences. Logique: c’est une machine. Sauf qu’en face, ce ne sont pas des machines, mais des cerveaux humains qui sont ainsi influencés. La génération Z et la génération alpha, nées respectivement après 2000 et après 2010, s’informent, se cultivent et se divertissent quotidiennement via YouTube. La responsabilité de la plateforme est donc gigantesque.

YouTube venait pourtant d’annoncer qu’il allait réduire les recommandations de contenus "borderline", preuve que les têtes pensantes de l’entreprise appartenant à Google ont la mainmise sur ces fameuses recommandations. Car l’algorithme a bon dos, mais il n’y est pour rien. Il exécute la demande de ses créateurs dont l’objectif premier est d’avoir un maximum de spectateurs pendant un maximum de temps. Tout cela n’est au final qu’une question d’argent puisque c’est sur la base de ces statistiques que les sociétés achètent de la publicité sur la plateforme.

Un boycott publicitaire en vue?

Le revers de la médaille pourrait pourtant être violent lorsque ces annonceurs verront leur marque associée à de la désinformation et à du contenu niant ou réfutant la plus grande menace de l’humanité. Un boycott publicitaire comme l’a connu la plateforme en 2017 suite au ras-le-bol des annonceurs d’apparaître sur des contenus extrémistes pourrait se reproduire et forcer YouTube à revoir sa copie. Mais YouTube a-t-il vraiment envie de la revoir? Pas si sûr, car certains diront que YouTube n’est qu’une représentation de la société et que dans certains endroits du globe ou certains milieux il n’y a pas de consensus sur la question.

Il est vrai que si le président de Etats-Unis nie lui-même le réchauffement climatique, pourquoi YouTube ne devrait-il pas suggérer ce type de contenu? Ces contenus existent et correspondent à une demande, il faut le reconnaître. Par contre, il n’est peut-être pas nécessaire de les recommander.

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