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Relocaliser une filière textile en Wallonie en la verdissant

Vanessa Colignon a créé Design for Resilience, son propre atelier de recherche et production de vêtements et objets textiles. ©saskia vanderstichele

Outre qu'elle répond aux pénuries causées par la crise, la relocalisation d'industries en Belgique et en Wallonie présente d'autres intérêts. Exemple par le textile.

Relocaliser une filière textile en Wallonie en l'axant sur une production naturelle et saine... Cette belle idée est émise et défendue par Vanessa Colignon, une jeune entrepreneuse qui, payant d'exemple, a créé son propre atelier de recherche et production d'objets et vêtements textiles sains et écoresponsables.

Baptisée Design for Resilience, sa start-up produit et commercialise déjà une gamme d'éponges de vaisselle en chanvre et en lin, alternatives aux éponges en matériaux synthétiques comme le plastiques. Elle prépare pour le début de l'an prochain une deuxième gamme de t-shirts et sous-vêtements élaborés selon les mêmes principes et lève actuellement des fonds en crowdfunding sur la plateforme Ulule.

"Il faudra amener les consommateurs à accepter de payer le vrai prix du produit."
Vanessa Colignon
Fondatrice de Design for Resilience

"Pour relocaliser la filière, il faut d'abord que les consommateurs comprennent quel intérêt il y a à revenir à des matières telles que le lin et le chanvre. Toutes ces matières qu'on peut cultiver dans nos régions et qui présentent des avantages importants en termes environnementaux et de santé sur les matières issues de la pétrochimie", explique Vanessa Colignon, qui a complété sa formation de styliste maille par des études sur les matières naturelles. "Leur culture ne requiert ni pesticides ni irrigation et elles peuvent être transformées mécaniquement."

"Personne ne pourra toutefois produire du lin au prix du coton importé d'Asie", note-t-elle. "Il faudra amener les consommateurs à accepter de payer le vrai prix du produit. Il s'agira de créer une filière pérenne, rentable et qui ne s'appuie pas uniquement sur les entreprises de travail adapté, dont les coûts salariaux sont moindres. Et il faudra faire revenir les filatures..."

"Les Français essaient de relocaliser des filatures sur leur territoire. Ce faisant, ils découvrent qu'ils ont perdu leur savoir-faire."
Vanessa Colignon
fondatrice de Design for Resilience

Car il n'y en a quasi plus en Europe de l'Ouest. Les dernières en Belgique ont fermé leurs portes dans les années 1990 parce qu'elles n'étaient plus compétitives. On en trouve en revanche à l'est du continent, ainsi qu'en Italie pour d'autres types de fibres. Et depuis peu, on en revoit en France: "Les Français essaient de relocaliser des filatures sur leur territoire avec des machines importées d'Europe de l'Est. Ce faisant, ils découvrent qu'ils ont perdu leur savoir-faire."

La dernière bonneterie wallonne

Design for Resilience collabore avec Ceetex, la dernière bonneterie active en Wallonie (il en resterait une vingtaine en Belgique), ainsi qu'avec une entreprise de confection. Vanessa Colignon a voulu tout produire localement, mais a buté précisément sur le poste "filature", faute de candidat fournisseur local. "On a pu tester la laine dans une micro-filature, Le Hibou à Namur, mais à petite échelle et il y manque le peignage du fil à la fin du processus." Ceetex, de son côté, lui fournit une aide appréciable, car elle participe au développement et à la mise au point de ses produits.

"Il faudrait des aides d'État. Et une collaboration avec les pays voisins, de sorte qu'on pourrait se partager les relocalisations."
Vanessa Colignon
fondatrice de Design for Resilience

En France, une entreprise comme Safilin donne l'exemple: elle continue de filer du lin et du chanvre et vient d'ouvrir une nouvelle filature dans le Pas-de-Calais. Velcorex, qui fabrique du velours, participe également de ce renouveau. En Belgique, Valbiom, qui soutient les initiatives durables à base de biomasse, mène actuellement un projet de fil expérimental au départ d'un mélange de chanvre et de laine.

Retour aux moutons rustiques

"Il faut sensibiliser le consommateur, se réapproprier le savoir-faire et recréer des filatures", énumère Vanessa Colignon. Qui n'oublie pas de citer, en amont, la problématique agricole: les agriculteurs devraient (re)trouver un intérêt à planter du lin, du chanvre ou à élever des moutons. L'entrepreneuse y a pensé: elle a fait des travaux sur le Mergelland, une race d'ovins locaux rustiques et très résistants, qui donne une laine prometteuse, mais qui "pique". "Chez Design for Resilience, nous allons trouver des solutions pour enlever ce piquant sans recourir à des produits chimiques et nous commencerons par produire des accessoires pour cyclistes et randonneurs, avant de nous attaquer à des vêtements."

Ce rêve de relocalisation paraît séduisant sur papier, mais risque de ne pas se faire sans financement conséquent. "Bien entendu, cela coûtera des millions. Si pareil projet n'est porté que par des citoyens et des petites PME, ce sera très difficile. Il faudrait des aides d'État. Et une collaboration avec les pays voisins, de sorte qu'on pourrait se partager les relocalisations."

Un mouvement qui semble déjà engagé, à un modeste niveau, entre la France et la Belgique, non sans charrier des problèmes kafkaïens dans son sillage. Témoin, le souci rencontré à la douane entre la France et la Belgique où des matériaux commandés outre-Quiévrain ont été bloqués parce que les douaniers ne comptent plus, dans leurs rangs, de spécialistes en textile! La preuve par l'absurde qu'on a déjà perdu pas mal de compétences en ce domaine...

Lin, chanvre et laine

"Au-delà de la volonté de relocaliser, préserver et se réapproprier les savoir-faire, il y a aussi la volonté de créer des alternatives dépendant le moins possible du pétrole", souligne Vanessa Colignon qui n'a pas choisi le lin, le chanvre et la laine pour leur seul caractère local.

"Il faut nous préparer à un monde aux ressources limitées, d'où le fait qu'il n'y a aucune matière d'origine synthétique (issue de la pétrochimie) dans nos produits et que tous sont biodégradables, afin de limiter notre empreinte sur terre."

La couleur des textiles pose aussi un problème de fond, car la plupart des teintures sont produites de manière polluante (pesticides...). Une solution: récupérer du fil à soie (coloré) en fin de stock ou en recyclage.

Le contre-argument du prix plus élevé est par ailleurs discutable. "Une éponge synthétique coûte quelque 34 cents, tandis que notre éponge résiliente coûte 16 euros, mais la durée de vie de la première et d'un à trois jours, contre plus d'un an pour la seconde..."

Le résumé

  • Relocaliser une filière textile écoresponsable en Wallonie? C'est l'idée un peu folle de Vanessa Colignon.
  • Elle a créé Design for Resilience, son propre atelier de recherche et production de vêtements et objets textiles.
  • La relocalisation commence par la sensibilisation des consommateurs aux avantages qu'ils peuvent y trouver en matière environnementale et de santé.
  • Le lin, le chanvre et la laine sont des matières prometteuses, mais les filatures ont disparu de nos régions.

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