Fosse notes à l’opéra

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Dans un livre richement illustré, le clarinettiste Jean-Noël Crocq exhume les caricatures, dessins et commentaires humoristiques laissés par les musiciens de l’Opéra de Paris sur leurs partitions. Entre œuvres d’art et humour potache, petite histoire d’un grand orchestre.

C’est une plongée inédite dans la fosse d’orchestre de l’Opéra de Paris que nous propose celui qui y fut clarinettiste solo pendant 35 ans. Jean-Noël Crocq a en effet fouillé les milliers de partitions conservées à Bastille et Garnier pour y retrouver les annotations et dessins en tout genre ajoutés par les musiciens à leurs "partoches" depuis deux siècles. Réceptacles d’humeur et d’humour, reflets de l’étonnant microcosme orchestral, ces partitions illustrées, annotées, mille fois manipulées, racontent à leur façon la vie d’un musicien d’orchestre, métier à la fois créatif et routinier, collectif et individualiste.

Recueil

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"Fosse notes"

Jean-Noël Crocq, Premières loges,

250 p., 29,90 €

Partition aide-mémoire, où l’on a griffonné une liste de courses ou un décompte de frais. Partition passe-temps, où un corniste profite de ses longs silences dans "Parsifal" pour inventer un mots-croisés. Partition perfide, aussi, quand un flûtiste couche sur sa partie: "Maxence, j’espère ne pas t’avoir trop bien remplacé afin de ne pas te faire de tort." Partition défouloir parfois contre les exigences du compositeur: "Et ta sœur", écrit un violoniste prié d’exécuter un sextuple piano dans "Boris Godounov". "Imbécile", trace un altiste qui doit enfiler trop de croches dans "Faust". Sans parler de ce violoncelliste exprimant sous forme de rébus dessiné sa vision de "La Favorite": "Dieu! que cet opéra est emmerdant".

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Mais la partition peut aussi souder un pupitre. Cela va du conseil élémentaire – "Tourne la page vite, vieux!" – aux adresses utiles. "Si votre embouchure ne sonne pas, écrit ce flûtiste dans sa "Traviata", confiez-la à Lavaillote. Argent liquide de préférence!"

Le plus étonnant n’en reste pas moins l’incroyable talent de dessinateurs de certains musiciens, qui croquent les chefs, les chanteurs ou les collègues à la mine de plomb. Portraits à la Daumier, bestiaire à la Bosch, que d’œuvres d’art anonymes. Lesquelles voisinent comme il se doit avec une myriade de croquis de circonstance, de la scène champêtre à la joyeuse gaudriole. Une "autre histoire de l’opéra" drôle et documentée pour un étonnant coup de projecteur sur les musiciens de l’ombre.

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