"Essayez de trouver une activité qui ne soit ni interdite, ni taxée, ni réglementée?"

Pour Thierry Afschrift, Trump a réussi sa réforme fiscale alors que Charles Michel a raté la sienne. ©Kristof Vadino

Difficile de classer Thierry Afschrift, ultra-libéral ou anti-pouvoir, un peu des deux "mais social également" ajoute-t-il. Entretien.

"Un apéro avec L’Echo, avec plaisir! Mais je ne sais pas du tout où nous pourrions aller, il y a un petit endroit pas loin de mon bureau qui sert des cafés si vous voulez…". Sauf que c’est pour l’apéro et à la lueur de ce premier contact téléphonique, Thierry Afschrift ne semble pas en prendre beaucoup. Pourtant l’homme est connu pour être un original, assez loin du "client chiant" et encore plus loin de l’image du fiscaliste ou de l’avocat d’affaires coincé dans son complet ligné. Non, lui roule en Hummer le week-end et en Ford Mustang old style la semaine, une plaque minéralogique sans chiffre sobrement intitulée: "Liberty". Finalement, rendez-vous est pris le soir même, à une cinquantaine de mètres du bar à cafés, dans un bar à cocktail, le Alice Bar, un lieu plutôt chic et nettement plus funny que Rouge Tomate, le restaurant installé juste en bas.

Que buvez-vous?
  • Qui: Avocat fiscaliste
  • Son apéritif: Jus de tomate quand il conduit
  • Apéritif préféré: Limoncello
  • A table: Au maximum deux verres de vin blanc, le soir uniquement
  • La dernière cuite: Mandarine Napoléon durant son service militaire en Allemagne
  • Abstinence: A déjà passé des années sans boire un seul verre d’alcool

"Pour moi, ce sera un jus de tomate parce que j’ai encore de la route" précise-t-il d’emblée, prudent à l’idée d’affronter les 10 km qui le séparent de son domicile à Rhode-Saint-Genèse. En cette fin de vendredi après-midi, Thierry Afschrift a l’air content. Content de parler d’autre chose que de fiscalité, d’argent ou de tous ces gens qu’il défend contre l’ogre du fisc. Un peu stressé aussi, si l’on en croit son débit rapide et ses gestes peu assurés, il semble d’ailleurs faire partie de ces gens dont la parole et le geste freinent quand on l’interrompt pour une précision; pas le genre à s’écouter parler et c’est plutôt gai. Et c’est joyeux aussi.

Lui dans un bar le soir, du genre "américain" avec plein de bouteilles et de fauteuils capitonnés en cuir, il se pincerait presque pour y croire. D’ordinaire, il n’y met jamais les pieds, ou alors juste au rez-de-chaussée, celui du restaurant où rarement il fixe des déjeuners d’affaires. Pas son genre non plus le déjeuner d’affaires, lui il préfère déjeuner dans son bureau et sauter dans sa mustang en fin de journée pour retrouver les siens. Cheveux au vent, sans sa barbe qu’il vient de couper "pour faire plus jeune", Thierry Afschrift explique être le papa poule de quatre enfants, une ribambelle qui s’étend de 10 à 22 ans, "Ca prend du temps!".

On pourrait parler de fiscalité mais en ce vendredi fin d’après-midi, personne n’en a vraiment envie. Tout au plus, lâchera-t-il car c’est dans l’actualité, que même s’il n’apprécie pas Trump, il faut bien reconnaître que lui, a réussi sa réforme fiscale alors que Charles Michel a raté la sienne: "La faute aux coalitions peut-être mais aussi à son parti qui manque cruellement de convictions".

Difficile de classer Afschrift d’ailleurs, ultra-libéral ou anti-pouvoir, un peu des deux "mais social également" ajoute-t-il avant de glisser sur Ayn Rand - l’auteur des best-sellers La Source Vive et de La Grève - deux ouvrages phares qui résument à fond ses convictions: "Aux USA, c’était le 2e tirage après la Bible dans les années 50 et en Europe, on ne l’a traduite qu’en 2011, c’est dire le niveau de compréhension!" Le pitch? Si l’on simplifie, il revient à démontrer que l’État doit se mêler le moins possible de la vie des gens. "Essayez un peu de trouver une activité qui ne soit ni interdite, ni réglementée, ni taxée?" lâche-t-il l’air enjoué. Nous objectons que l’État prend quand même en charge "les plus faibles" ce qui ne serait sans doute pas le cas si c’était le privé qui se chargeait du social par exemple…. Afschrift bondit: "Ah parce que vous trouvez que le pouvoir respecte les faibles vous? Les SDF ne votent pas que je sache et on ne fait pas grand-chose non plus pour eux!".

D’ailleurs, déplore-t-il, quand on regarde la gestion de la ville, même combat. Ce qui l’énerve particulièrement d’ailleurs, c’est que les mandataires ne sont jamais sanctionnés pour leur mauvaise gestion: "Regardez Yvan Mayeur, il aurait pu tomber pour le piétonnier mais non, il a fallu attendre les affaires et le Samusocial! C’est déplorable.".

"Pour qui voter finalement? Hormis les extrémistes, les partis sont tous un peu les mêmes."

No future ou à peu près, si l’on songe comme lui, qu’il est impossible de créer un nouveau parti tant les dépenses électorales sont limitées et que de toute façon, la concurrence est faussée, tant les partis au pouvoir sont subsidiés sans discontinuer. Rabattu à présent sur le dossier de son petit fauteuil club, Afschrift attend "votre prochaine question", il faut bien admettre que parler politique dans la perspective des élections prochaines, il y a de quoi vous plomber un vendredi soir. D’autant que c’est un peu le même problème pour tout le monde: "Pour qui voter finalement? Hormis les extrémistes, les partis sont tous un peu les mêmes, constamment à la recherche de l’électeur médian… qui n’existe pas. Si j’apprécie des politiques pour leur éthique personnelle, politiquement je ne peux pas les suivre!".

Veille de rentrée scolaire, il est encore autorisé de parler des vacances d’été. Lui, il a un peu suivi tout le monde; son cadet pour des tournois de football en Espagne, son épouse ensuite pour faire du jumping à Knokke, la station balnéaire qu’il ne fréquente qu’une fois par an. "Vous savez ce qui est difficile avec ce sport, c’est que non seulement le cavalier doit être bon mais le cheval aussi!" ajoute celui dont on sent les week-ends passés dans les gradins.

5 dates clés
  • 1992: Publication de "L’évitement licite de l’impôt", son premier ouvrage juridique
  • 1994: Création du bureau "Afschrift & associés"
  • 1996: L’adoption de sa fille, Nina, suivie de celles de Tom et d’Henri, avant la naissance de Hugo en 2008
  • 2006: Mariage avec Muriel Igalson, avocate et associée
  • 2018: L’année où il a décidé d’être lui-même

Entre San Sebastian et Knokke, la famille est partie observer les ours au Canada. Bonne pioche où l’on apprend sa "vénération" pour l’animal, à tel point qu’il les collectionne. "Je dois en avoir 200, sans compter ceux qui sont dans mon bureau et que mes clients me ramènent de voyage". L’ours, l’un des seuls animaux qui marche debout, l’un des plus humains aussi et comme le doudou des gosses, la peluche est le dépositaire de nombre de secrets. "Et puis c’est la nature non-domestiquée, l’appel à la liberté et le rêve américain. Même si hélas il n’en reste presque plus rien. Vous savez qu’en moyenne, un américain commet - sans le savoir - trois délits par jour, tant la réglementation est imposante".

Devant l’assortiment d’olives et de chips auquel il n’a pas touché, Thierry Afschrift, bientôt 65 ans, ajoute que jamais il n’arrêtera ni de dénoncer l’État, ni d’exercer son métier, sans doute un petit côté Don Quichotte même s’il regrette avoir "Comme tous les hommes, du Sancho Panza aussi". Non ce qu’il aimerait bien lui, c’est écrire un livre qui pour une fois ne serait pas du droit, un grand roman d’amour, du genre Love Story. "Les histoires d’amour, il n’y a finalement que cela qui compte dans la vie mais c’est aussi les seules choses qui sont susceptibles de me foutre par terre aussi".

Mais aujourd’hui, après une crise d’adolescence amorcée à 50 ans, Thierry Afschrift est un homme joyeux et heureux d’être aussi bien dans sa vie aujourd’hui. Un peu aussi d’avoir parlé d’autres choses, d’être sorti de la caricature où on tendrait à le cantonner. "Finalement, conclut-il, je ne suis jamais qu’un original qui récemment décidait de ne plus être que lui-même".

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