interview

Philippe de Moerloose (SDA): "L’avantage de commencer son business en Afrique, c’est qu’ensuite, on n’a plus peur de rien"

Philippe de Moerloose

L'Echo a pris l'apéro avec le patron de SDA, le holding qui atteint presque le milliard d'euros de chiffre d'affaires. Philippe de Moerloose, homme discret mais confiant, n'a pas peur ni du Brexit ni du Covid et n'hésitera pas à aller à l'assaut de nouveaux marchés internationaux.

Ce n’est pas un salon mais un vaste espace qui ressemble à celui d’un grand hôtel. Lustres modernes, appliques contemporaines qui rythment les ouvertures, murs recouverts de vases néo Murano ou d’œuvres de street art, ici on aime le verre, les miroirs et les lumières. En un mot, l’intérieur est aussi original et brillant que l’homme est sobre et discret. À le voir comme ça, on ne dirait pas non plus que le président-fondateur de SDA, Philippe de Moerloose, parle couramment le swahili ni que son groupe fait près de 950 millions de chiffre d’affaires.

Parti de rien, il débutait sa carrière en 1990 en exportant des pièces de rechange automobiles à destination du Congo, le pays qui l’avait vu grandir. Depuis, lui et son groupe se sont imposés comme l’un des plus gros distributeurs de machines et de matériel à destination de 26 pays d’Afrique, 4 en Europe et s’apprête aujourd’hui à débarquer aux USA.

L’Afrique n'est pas un marché nécessairement facile même si contrairement à la mauvaise image véhiculée par les médias, on y travaille comme en Europe.

Chez lui, pas besoin de calculer la distance sociale, les canapés sont à 4 mètres des uns des autres et la table basse autour de laquelle nous prenons place affiche une circonférence de 2,50 mètre, pratique en temps de Covid, pratique aussi quand on semble timide ou réservé. Ce n’est pas qu’il est contraire, c’est juste que notre homme ne semble franchement pas très à l’aise. Charmant, il explique prendre plutôt du vin en semaine et s’autoriser parfois un gin tonic le week-end. Ce soir, nous sommes mardi et ce sera un vin blanc sicilien. "Un peu de soleil" s’exclame-t-il, pendant que les chiens aboient dans la cuisine et que madame fait sa gym un étage plus bas.

Le premier Belge vacciné?

Le Covid, ça a un peu changé sa vie, c’est la première fois qu’il passe autant de temps en Belgique. Avant de partir à l’assaut du marché européen en 2015, il passait en effet 20 jours en Afrique pour 10 en Europe. Depuis, c’est 10 en Europe et le reste partagé entre les USA, la Chine et l’Afrique. L’Amérique, c’était d'ailleurs presque bouclé et puis il y a eu le Covid. Et tout ce qu’il peut nous dire, c’est qu’il sera sans nul doute le premier Belge à se faire vacciner. Il ne serait d’ailleurs pas étonné que les USA y conditionnent l’accès au territoire.

Que buvez-vous?

  • Apéro préféré? "Du vin blanc ou champagne en semaine, parfois un gin tonic aux agrumes le week-end"
  • À table? "Du vin sud-africain. J’adore le Stellenbosch, le Meerlust en rouge et le Chenin blanc."
  • Dernière cuite? "Un mardi soir au tennis club du Bercuit après m’être entraîné avec mon club de marathoniens. Nos femmes nous ont rejoints et à 3h, nous faisions toujours la fête."
  • À qui payer un verre? "Au champion du monde de triathlon, Frédéric Van Lierde. C’est un Belge qui a gagné au moins 5 fois l’Iron Man, c’est une bête et, ici, personne ne le connait.

En ce qui concerne le business, Philippe de Moerloose confie de ne pas être inquiet: "Les besoins sont tellement énormes aux USA que le changement de président n’y fera rien, que ce soit dans la construction ou dans la rénovation des infrastructures, les travaux auront lieu!" Alors que nous devisons sur la force de SDA, son service après-vente et le package formation des techniciens inclus avec leurs machines, madame apparaît au salon pour vérifier que nous n’avons besoin de rien. Les quatre chiens aboient toujours dans la cuisine et nous optons pour qu’ils nous rejoignent. Dans la meute, deux Lassie miniatures – "des Shetlands", précise le patron – qui le suivent dans ses entraînements de triathlon. Par contre, pour le Cocker américain, "les 20 km, c’était dur", et encore plus pour le Chiwawa qui, lui, flirte carrément avec l’obésité. Néanmoins, son physique est attachant, évoquant plus la stature d’un catcheur que celui d’une grosse saucisse. "À ce qu’il paraît, c’est sa morphologie qui veut ça", nous explique madame en tenue de gym.

Philippe de Moerloose s'en va alors chercher un grand plateau apéro avec des toasts au saumon et un vase débordant de légumes pour accompagner le houmous et le tzatziki. Au passage, il profite pour resservir les verres. Madame – charmantissime au demeurant – nous quitte, emportant les deux Shetlands dans ses bras.   

Les Chinois partout et dans tout

Le Brexit? Même pas peur. "Au pire, on se retrouvera avec des accords négociés pays par pays mais il y aura un accord. On a trop besoin les uns des autres." Présent en Angleterre depuis 2017, le patron explique que, pour la première fois pour SDA, c’est l’Afrique qui sauvera les chiffres de l’Angleterre, ravagée cette année par le Covid. C’est d’ailleurs toute la stratégie de de Moerloose: une diversification géographique pour ne jamais dépendre d’une seule économie.

"Les Chinois ont quand même amélioré la qualité de vie de beaucoup d’Africains. Personne n’était prêt à investir ce qu’ils ont investi, certainement pas l’Europe."
Philippe de Moerloose
Patron de SDA

L’Afrique n'est pas un marché nécessairement facile même si contrairement à la mauvaise image véhiculée par les médias, on y travaille comme en Europe. La différence, c’est qu’en Afrique les économies sont jeunes et fragiles, essentiellement dépendantes des ressources minières. Un soubresaut dans le cours et tout est à l’arrêt, en ce compris l’État. Et entre les pré-élections, les élections et l’installation d’un gouvernement, ce sont aussi des mois d’inactivités.

"Et puis il y a les crises sanitaires, la malaria déjà et puis le virus Ebola dont la pandémie vient seulement d’être arrêtée après 10 ans. Du coup, les Africains relativisent pas mal la crise du Covid", ajoute-t-il avant de conclure: "L’avantage de commencer son business en Afrique, c’est qu’ensuite, on n’a plus peur de rien." Même pas des Chinois qui, à l’entendre, sont "partout" et "dans tout". "Là, franchement", reprend-il, "personne ne les avait vus venir. Au départ, ils sont arrivés via les gros contrats d’infrastructures passés entre les gouvernements. On envoyait des travailleurs chinois avec femmes et enfants. Une fois les travaux réalisés, ils sont restés et ont développé leurs propres commerces". Et si la Chine peut avoir mauvaise presse et qu’on peut discuter sur la qualité ou les prix, "dans les faits, il n’y a rien à faire... Les mecs, ils n’ont pas peur de mouiller la chemise. Les grandes infrastructures, c’est eux et en quelques mois! En ça, ils ont quand même amélioré la qualité de vie de beaucoup d’Africains. Personne n’était prêt à investir ce qu’ils ont investi, certainement pas l’Europe. Et si les dés sont jetés – ce qu’on peut regretter –, sur le fond, les Chinois n’ont jamais pris que la place que les Européens avaient laissée". Oui, c’est dommage. D’autant qu’à entendre Philippe de Moerloose, l’Européen a non seulement une meilleure réputation mais est mieux accueilli que le Chinois avec lequel les Africains n’ont "culturellement aucun point commun, encore moins la langue".

Et puisqu'il n'a plus peur de rien, Philippe de Moerloose nous confie en terminant son verre que sa prochaine target, clairement, ce sera la Chine!

Les 5 dates clés du président-fondateur de SDA

  • 1970: "J’ai 3 ans et je monte dans un avion avec mes parents pour nous installer au Congo. Ca a déterminé toute ma vie."
  • 1985: "Je rentre en Belgique faire l’Ichec, je découvre la neige et mon premier hiver. C’était très dur."
  • 1993: "La naissance de mon premier fils, Kevin, puis Thomas (1999) et Alexandra (2000). La next generation semble intéressée de rejoindre le groupe familial un jour."
  • 2010: "Mon premier marathon grâce un ami qui nous a mis au défi. Trois mois plus tard, on courrait à Barcelone."
  • 2021: "La concrétisation de nos projets aux USA ainsi qu’en Europe. J’espère que nous franchirons enfin le cap symbolique du milliard d'euros de chiffre d'affaires."

Lire également

Publicité
Publicité