interview

Frederik Vansina: "Le NH90 est un hélicoptère très complexe à mettre en œuvre"

Le NH90 affiche un taux de disponibilité de 30 à 40%. Trop peu, selon les militaires belges. ©BELGA

Pour Frederik Vansina, le commandant de la Composante Air, il n'y a aucun lien entre l'arrivée de l'A400M ou du F-35 et la limitation du plan de vols des hélicoptères de transport. Ceux-ci sont complexes à faire voler et l'armée manque de personnel, fait-il valoir.

La Composante Air a annoncé une limitation de l'utilisation de ses quatre hélicoptères NH90 dans leur version TTH (transport tactique), ainsi que le retrait des drones B-Hunter. Dans le premier cas, la mesure a surpris, car il s'agit d'un des appareils les plus récents de la force aérienne. Les explications du commandant de la Composante Air, le général-major Frederik Vansina.

Quelle sera l’ampleur exacte de la diminution de l’utilisation des hélicoptères NH90 de la Composante Terre?
Nous allons passer d’un plan de vol annuel de 1.000 à 600 heures. Soit une diminution de 40% du plan de vol.

Comment en êtes-vous arrivés à prendre cette décision? 
Une équipe de transition a été mise en place par le chef de la Défense (CHOD) en octobre. Celle-ci a constaté qu’au sein de toute la Défense, il y a une pénurie de personnel, qui va encore s’aggraver à cause des départs à la pension. Il a été demandé à toutes les composantes de fournir des idées qui permettent de maintenir les capacités vis-à-vis du gouvernement, tout en assurant la transition vers les nouveaux systèmes d’armes. Quand on parle de personnel à la Composante Air, il s’agit de personnel technique, puisque notre force aérienne est surtout une arme technique. Nous avons examiné toutes nos capacités et nous nous sommes focalisés sur deux d’entre elles, les hélicoptères de transport de troupes (TTH) et les drones B-Hunter.

"Le soutien industriel n’est pas adapté à l’opérationnalité attendue pour un hélicoptère moderne."

Pour les hélicoptères, vous épinglez l’appareil et le constructeur…
Quand il vole, c’est un hélicoptère tout à fait correct et qui remplit sa mission. Mais il y a un besoin de soutien logistique et technique extrêmement élevé. Il faut beaucoup de personnel pour l’entretenir. Il y a aussi un besoin important en pièces de rechange, qui ne suivent pas du côté de l’industrie. J’ose le dire: le soutien industriel n’est pas adapté à l’opérationnalité attendue pour un hélicoptère moderne. Nous sommes avec un taux de disponibilité de 30 à 40%. On devrait quand même, avec un hélicoptère mature avec lequel on opère depuis des années, faire mieux que cela. Les temps d’immobilisation, quand il faut faire des modifications, sont extrêmement longs. Beaucoup plus longs que ce qui est promis ou prévu par le constructeur. En plus, il y a des modifications qui s’annoncent, qui seront extrêmement chères.

Quel est le coût d’une heure de vol du NH90?
Cela dépend du calcul, mais cela varie entre 10.000 et 15.000 euros. C’est plus cher qu’une heure de vol de F-16. C’est un hélicoptère très complexe à mettre en œuvre.

Doit-on s’attendre à d’autres annonces de ce type-là?
Ceci ne concerne que la Composante Air. Pour le reste, c’est du ressort du CHOD.

Certains estiment que ces restrictions seraient la conséquence du fait que l’utilisation du F-35 s’annonce plus onéreuse que prévu. Que leur répondez-vous?
On voit cela sur les réseaux. Il n’y a vraiment aucun rapport. Il y a d’une part le manque de personnel et d’autre part, la Composante Air est devant une transformation de toutes ses capacités. Le F-35 va remplacer le F-16, l’A400M va remplacer le C-130, on met en service l’avion ravitailleur MRTT, ainsi que le Falcon 7X, on bouge des centres radars… À un moment, on doit faire des choix. Et là, on regarde ce qui donne des retours par rapport à l’investissement, et ce qui demande au contraire beaucoup d’investissement par rapport à un output opérationnel très faible. Ce n’est pas à cause de l’arrivée de l’A400M ou du F-35.

Est-ce qu’une augmentation des dépenses pourrait aider ou ce manque de personnel est-il vraiment si important?
Il y a un vrai manque de personnel. On travaille sur différentes pistes. Il y a d’abord la rétention du personnel via certaines mesures. On veut aussi recruter via des communications qui mettent en avant le fait que nous avons de nouveaux systèmes d’armes et qu’il est vraiment fantastique de travailler à la Défense. Mais nous sommes en compétition avec beaucoup d’acteurs sur le marché de l’emploi. Structurellement, la Belgique produit trop peu de profils techniques par rapport à ses besoins, qu’il s’agisse de la Défense, de la SNCB ou des entreprises.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés