L'architecte du réseau Swift au service de la Bill & Melinda Gates Foundation

©Hollandse Hoogte / Jeroen van Loon

1,7 milliard de personnes n’ont aujourd’hui toujours pas accès à des services financiers dans le monde. C’est là le défi de Kosta Peric. Et pour cause, cet accès accroît les chances de sortir de la pauvreté.

L’homme qui nous reçoit est de passage à Bruxelles. Et en Europe. Un retour aux sources, en quelque sorte, pour ce Belge, diplômé en sciences de l’informatique (ULB). En effet, d’habitude, Kosta Peric partage plutôt son temps entre les Etats-Unis et l’Afrique. Boulot oblige.

Après avoir été responsable du déploiement de l’architecture de Swift, le géant des échanges sécurisés de données financières basé à La Hulpe, il travaille désormais pour le compte de la Bill & Melinda Gates Foundation, la plus importante fondation philanthropique au monde.

Lutte contre la pauvreté

Kosta Peric
  • Diplômé en sciences informatiques (ULB), il rejoint, en 1990, le fournisseur de services de messagerie financière sécurisés Swift, basé à la Hulpe.
  • Là, il y est responsable du déploiement de l’architecture du réseau, toujours utilisé aujourd’hui, avant d’y lancer un incubateur, réfléchissant, entre autres, à l’inclusion financière.
  • En 2013, il rejoint la Bill & Melinda Gates Foundation pour travailler aux services financiers pour les pauvres.

Là, il s’occupe de répondre à une question complexe: comment réussir à connecter tout qui aujourd’hui ne dispose pas d’un accès aux services financiers. Un job passionnant, plein de défis. Il raconte: "De 2,5 milliards de personnes sans compte en banque dans le monde quand nous avons commencé, nous sommes passés à 1,7 milliard à présent. Un progrès visible mais qui n’empêche qu’il reste encore du pain sur la planche."

L’importance d’avancer en ce sens? "Nous nous sommes rendu compte que, pour les foyers les plus pauvres, ne pas avoir accès à quelle que forme de service financier que ce soit leur rend la vie plus complexe, de par les questions de sécurité que pose le cash, mais aussi de par la difficulté de gestion qu’il implique en vue d’épargner ou de le faire circuler, ce qui demande de devoir se déplacer soi-même ou de faire confiance à des tiers, ce qui peut déboucher sur de mauvaises surprises, explique notre interlocuteur. De plus – les recherches le montrent –, un accès à ces services augmente les chances de sortir de la pauvreté."

C’est là le défi de Kosta Peric au quotidien. Pas une mince affaire, car "le modèle bancaire actuel ne fonctionne tout simplement pas pour lutter contre ce problème". La solution est donc à chercher ailleurs. Où? Dans les "digital financial services", tirant parti de simples téléphones mobiles comme point d’accès, et non des smartphones car, eux, "couvrent 98% de la population mondiale à ce jource qui est important pour être efficace et accessible".

"De 2,5 milliards de personnes sans compte en banque dans le monde quand nous avons commencé, nous sommes passés à 1,7 milliard à présent."
Kosta Peric
architecte du réseau Swift

Et si la fondation va jusqu’à fournir du capital philanthropique pour permettre la naissance de services adaptés à la mission qu’elle porte, deux success stories privées sont déjà bien implantées sur le terrain: M-Pesa, d’une part, comptant plus de 28 millions de détenteurs de portefeuilles dont près de 60% de la population kenyane; bKash, d’une autre, couvrant 22% de la population du Bangladesh.

Pas de la charité

Des exemples à suivre, mais qui nécessitent d’être embrassés par les banques centrales, gouvernements et entités du secteur privé. Il faut dès lors "leur expliquer les bénéfices qu’ils peuvent tirer à fournir des services financiers aux plus démunis". Ce qui passe par l’idée qu’"il ne s’agit pas ici de charité, mais bien de faire du business, mais du business en faveur des plus pauvres", indique l’expert.

"En Afrique, il y a désormais plus de 260 entreprises actives dans les monnaies mobiles, pour plus de 150 en Asie."
Kosta Peric
architecte du réseau Swift

Et ça, certains l’ont bien compris. C’est le cas notamment de Vodafone (M-Pesa) ou d’Orange Group (Orange Money), pour les plus gros, mais aussi des fintechs "qui ont compris l’importance du changement en cours dans le secteur".

Résultat, "en Afrique, il y a désormais plus de 260 entreprises actives dans les monnaies mobiles, pour plus de 150 en Asie, permettant d’envoyer de l’argent en temps réel, de la même manière que vous envoyez un SMS (grâce à un réseau de revendeurs de crédit mobile et de points de vente agissant comme intermédiaires bancaires, NDLR)", souligne Kosta Peric.

Et lorsque l’on y pense, "c’est quelque chose qui est pour l’heure impossible en Belgique ou en Europe", signe que les innovations qui naissent là-bas pourront aussi bénéficier, par après, à des pays dits plus avancés. Tout le monde y gagne. Enfin, à condition qu’il y ait de l’interopérabilité entre services, autre grand défi de la fondation, en plus de la fourniture d’un logiciel open source (du nom de "Mojaloop") pour tout qui voudrait se lancer.

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