analyse

La production d’énergies fossiles est deux fois trop élevée pour l’objectif 1,5°C

Un puits de pétrole en Russie. La production devrait continuer d'augmenter alors qu'il faudrait qu'elle baisse de 4% par an pour respecter l'Accord de Paris. ©Bloomberg

La production d'énergies fossiles est partie pour doubler d’ici la fin de la décennie, alors qu'elle devrait baisser de 6% par an pour limiter le réchauffement à 1,5°C, alertent les Nations unies.

Les rails sur lesquels le secteur énergétique mondial est placé ne laissent pas d’espoir de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C et il est plus que temps de corriger la trajectoire, alerte le Programme des Nations unies pour l’Environnement (Unep). Dans un rapport établi avec quatre institutions de recherche, l’agence spécialisée évalue l'écart entre les engagements climatiques pris lors de la conférence de Paris et la production prévue de charbon, pétrole et gaz.

233
milliards de dollars
Les gouvernements du G20 ont à ce jour annoncé 233 milliards de dollars de mesures de relance dans les secteurs fossiles, contre 146 milliards pour la filière "verte".

Sur les rails actuels, la production de combustibles fossiles augmenterait de 2% par an, or pour rester sur une trajectoire d’émissions compatible avec l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C, cette production devrait baisser en moyenne de 6% chaque année, souligne le rapport. La baisse devrait être de 11% pour le charbon, de 4% pour le pétrole et de 3% pour le gaz.

L’écart entre production et objectif climatique, ou «production gap» est donc considérable: la production fossile attendue au cours de la décennie serait 120% supérieure à ce qu'elle devrait être pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Pour limiter le réchauffement à 2°C, ce qui mènerait à une intensification significative des phénomènes climatiques extrêmes par rapport au premier scénario, l’écart est de 50%.

Ce rapport est publié alors que l'Organisation météorologique mondiale souligne dans un rapport annuel que la décennie écoulée aura été la plus chaude jamais mesurée et que l'année 2020 devrait être la deuxième plus chaude à l'échelle globale, derrière 2016 et devant 2019. De janvier à octobre, la moyenne mondiale a été supérieure de 1,2°C environ à la période de référence 1850-1900.

Le tournant du Covid

La pandémie de coronavirus a pourtant eu pour effet immédiat de réduire la production fossile: selon des estimations préliminaires, les mesures de confinement devraient mener pour l’année 2020 à une baisse de la production de combustibles fossiles de 7%, indique le rapport (de 8% dans le cas du charbon, 7% pour le pétrole et 3% pour le gaz).

Mais la pandémie et les mesures de relance qui se mettent en place ont introduit de nouvelles incertitudes sur ce "production gap", poursuit le rapport. Alors que de grandes économies, de l’Union européenne à la Chine, en passant par le Japon ou la Corée du Sud, se sont engagées à attendre zéro émission nettes autour de la moitié du siècle, les plans de relance mis en place par les gouvernements pointent vers une expansion de la production fossile note le rapport. En réaction à la crise du Covid, les gouvernements du G20 ont à ce jour annoncé 233 milliards de dollars de mesures de relance dans les secteurs responsables de la production ou consommation de combustibles fossiles. Contre 146 milliards de dollars pour les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et les alternatives bas-carbone, indique le rapport.

"Les gouvernements doivent saisir l'opportunité (de la pandémie) de détourner leurs économies et systèmes énergétiques des combustibles fossiles, et rebâtir en mieux, vers un avenir plus juste, durable et résilient", a commenté Inger Andersen, directeur exécutif de l'Unep. Reprenant un des slogans de campagne de Joe Biden – "build back better" – alors que les États-Unis sont un des pays qui, sous Donald Trump, ont le plus massivement misé sur le secteur des énergies fossiles. 

Toujours selon le PNUE, les émissions globales de gaz à effet de serre devraient baisser de 7% par an au cours de la décennie pour atteindre l'objectif 1,5°C.

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