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"Le grand gagnant d'un retrait américain d'Allemagne, c'est Poutine"

Le Président des États-Unis Donald Trump a l'intention de réduire d'un tiers les forces américaines en Allemagne (ici, le Président américain et son homologue allemande, Angela Merkel). ©REUTERS

Les États-Unis ont l'intention de retirer un tiers de leurs troupes basées en Allemagne. Une décision surprenante, qui déforcerait l'Otan et les relations transatlantiques.

Le Président des États-Unis Donald Trump a décidé de retirer près d'un tiers des troupes américaines basées en Allemagne, environ 9.700 militaires sur les 34.674 déployés dans le pays. Cette décision surprenante, révélée vendredi par le Wall Street Journal, a été confirmée peu après par un haut fonctionnaire proche de l'administration Trump. La Maison-Blanche ne l'a pas encore officialisée. Les retombées géopolitiques seraient majeures. Washington dispose en Allemagne, entre autres, de 20.774 soldats appartenant aux forces terrestres et 12.980 à l'Air Force.

Berlin n'a pas réagi à cette nouvelle. "Je ne veux pas spéculer sur quelque chose dont je n'ai pas confirmation", a déclaré ce lundi Annegret-Kramp-Karrenbauer, la ministre allemande de la Défense, "le fait est que la présence de troupes américaines en Allemagne sert toute la sécurité européenne, donc la sécurité américaine aussi".

"La présence de troupes américaines en Allemagne sert toute la sécurité européenne, donc la sécurité américaine aussi."
Annegret-Kramp-Karrenbauer
Ministre allemande de la Défense

Ce retrait déforcerait l'Otan. Dans les années 60, au pic de leur présence militaire, les États-Unis comptaient environ 275.000 soldats en Allemagne. "Donald Trump n'a pas consulté ses alliés avant de prendre sa décision", dit Patrick Chevallereau, spécialiste à l'Iris en questions de sécurité et de défense, "9.500, c'est un nombre important. Ce retrait serait un coin de plus enfoncé dans l'Alliance atlantique".

Les États-Unis y perdraient aussi, car l'Europe offre à l'armée américaine une plateforme de projection rapide au Moyen-Orient et en Afrique. "Les Américains se tirent une balle dans le pied, ils vont affaiblir leur capacité à défendre leurs propres intérêts", poursuit Patrick Chevallereau. 

"C'est une atteinte à la stabilité de l'Alliance atlantique, et Poutine n'attend que ça."
Patrick Chevallereau
Chercheur à l'Iris, consultant international sur les questions de défense et de sécurité

Cette décision poursuit avant tout des visées politiques. Sur le plan militaire, l'impact serait limité, les États-Unis ayant récemment renforcé leur présence dans les pays baltes et en Pologne. La fragilisation de l'Otan et du lien entre l'Allemagne et les États-Unis sert avant tout Moscou. "Le grand gagnant, d'un retrait américain d'Allemagne, c'est Poutine. C'est une atteinte à la stabilité de l'Alliance atlantique, et Poutine n'attend que ça", résume Patrick Chevallereau. 

Les relations entre Berlin et Washington au plus bas

La décision de Donald Trump intervient en plein refroidissement des relations entre Berlin et Washington. Des divergences de plus en plus nombreuses opposent les deux capitales.  Sur le plan idéologique, tout oppose le Président américain, isolationniste et chantre de l'"America First", et la Chancelière allemande, championne du multilatéralisme

Les écarts entre les deux pays dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 ont alimenté ces derniers mois un bras de fer entre Trump et Merkel. Le premier se lançant dans un cours au vaccin pour sa population, la seconde prônant un vaccin universel. Angela Merkel a refusé, il y a quelques jours, de répondre à l'invitation du Président Trump de participer à un G7 à Camp David (Washington) en juin. La grand-messe internationale a dû être repoussée à l'automne.

Ces dernières années, les États-Unis ont insisté sans relâche auprès de l'Allemagne pour qu'elle augmente ses dépenses militaires.  L'image de Donald Trump n'a jamais été aussi terne. Les États-Unis comptent près de 120.000 décès du Covid-19. La mort de George Floyd, et les émeutes qui ont suivi aux États-Unis et dans le monde l'ont forcé à se retrancher dans la Maison-Blanche et à mobiliser l'armée américaine contre sa propre population. Le Président américain, à six mois de l'élection présidentielle, cherche à améliorer son image auprès de son électorat de base, peu favorable à l'envoi de troupes hors du pays.

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