Le robot remplace le glyphosate pour désherber les vignes

©Sitia

Le secteur viticole s’adresse à la robotique pour désherber entre les pieds de vigne. Les perspectives sont prometteuses: on réduit la pénibilité du travail et le consommateur bénéficie d’un produit ayant reçu moins de pesticides.

Avec l’arrêt à plus ou moins brève échéance du glyphosate en Europe, les secteurs agricole et viticole planchent sur des solutions alternatives pour désherber les parcelles. La robotique offre à cet égard des perspectives prometteuses. Chez Ackerman, dans le saumurois, on fabrique du crémant de Loire depuis 1811. La vénérable maison teste actuellement le PUMAgri, un robot désherbeur développé par un consortium qui réunit des acteurs de la robotique (Sitia, Irstea et Effidence), des experts du monde agricole (Terrena et la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne) ainsi que des spécialistes de la vision (Visio Nerf et l’Université d’Angers).

Équipé de capteurs et guidé par GPS, l’engin remue la terre autour des pieds de vignes. L’exploitant peut le suivre sur tablette grâce à des caméras embarquées. S’il rencontre un obstacle ou en cas de souci technique, le robot prévient par SMS. Équipé d’un moteur hybride, il peut travailler 24 heures sur 24.

"Cela fait trois ans que l’on travaille sur le projet. La phase test touche à sa fin et nous pourrons bientôt entamer la phase opérationnelle", explique Bertrand Pinel, responsable du projet chez Terrena, la coopérative agricole partenaire du projet.

Equipé de capteurs et guidé par GPS, l'engin remue la terre autour des pieds de vignes. Une façon de remplacer les herbicides et le travail manuel pénible. ©rv doc

Les perspectives sont prometteuses: on arrête les herbicides, on réduit la pénibilité du travail et le consommateur bénéficie d’un produit ayant reçu moins de pesticides, sans que le prix de vente ne soit notablement impacté.

"Reste que pour exploiter au mieux cet outil, il faut une interaction optimale entre les techniciens, qui connaissent la machine, et les viticulteurs qui, eux, connaissent la nature des sols. Car ce n’est pas la même chose de travailler un sol crayeux, caillouteux ou argileux", précise pour sa part Julien Rébeilleau, employé chez Ackerman.

Un investissement important

Bien sûr, un tel bijou technologique a un coût, autour de 100.000 euros pour les premiers modèles. Mais l’investissement vaut la peine, sachant qu’un passage de tracteur avec son chauffeur coûte déjà 50.000 euros par an, sans compter l’achat d’herbicide.

"On ne trouve plus personne pour effectuer du désherbage mécanique."
bertrand pinel
terrena

"Le désherbage chimique coûte 250 euros par hectare. Le désherbage mécanique pratiqué par la filière bio revient 800 euros par hectare", explique Bertrand Pinel. "Avec le PUMAgri, nous serons sans doute au-dessus de 250 euros par hectare, selon la vitesse d’avancement et l’autonomie du robot, mais toujours très en deçà du coût du désherbage mécanique. Sans oublier qu’on ne trouve plus personne pour effectuer du désherbage mécanique, tant le travail est harassant et lassant."

Pour les plus petits producteurs, des formules de partage des coûts ou de location pourraient être envisagées, comme cela se fait d’ailleurs pour les machines à vendanger.

À quand la taille des vignes?

Le robot est une solution parmi d’autres pour se débarrasser du glyphosate. "Nous testons également le principe de l’éco-pâturage, avec des moutons qui mangent l’herbe entre les pieds de vigne", indique Julien Rébeilleau. Des robots semblables commencent à être utilisés chez les maraîchers, pour désherber autour des salades par exemple.

Par contre, robotiser la taille des vignes pourrait sembler hors de portée. Faire exécuter par une machine une taille qui demande de l’expertise (à deux yeux sur les rameaux secondaires) semble à première vue un peu compliqué. Du moins dans l’immédiat. "Mais plusieurs équipes travaillent dessus et cela arrivera tôt ou tard", assure Bertrand Pinel.

"Aux Pays-Bas, des robots sont utilisés dans des serres pour tailler des pieds de tomate et des plants de concombre. La vigne, par contre, est cultivée en plein air, ce qui expose la machine aux variations d’intensité lumineuse. Mais il est évident que c’est au niveau de la taille qu’il y a le plus à gagner car c’est une activité très intensive en main-d’œuvre."

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