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Marc Grynberg (Umicore): "La tolérance à la pollution a disparu"

Marc Grynberg insiste : la nouvelle feuille de route 2035 s'inscrit dans "une très grande continuité dans les objectifs de durabilité du groupe". ©Dieter Telemans/ID

À l'heure de viser la neutralité carbone, les astres s'alignent pour Umicore qui a parié depuis longtemps sur des activités favorables à l'environnement.

Moteurs plus propres, électrification automobile ou société hydrogène, Umicore travaille de longue date à une économie plus verte. Ce mercredi, le CEO Marc Grynberg présentait la feuille de route 2035 qui vise la neutralité carbone de ses activités avec deux étapes intermédiaires. Les gaz à effet de serre de la société aux 11.000 employés devront diminuer de 20% d'ici à 2025, et de 50% d'ici à 2030.

"La durabilité fait partie de notre stratégie depuis deux décennies. Nous n'avons pas attendu que ces thèmes soient reconnus par l’ensemble de la société. La remédiation environnementale de notre historique et l'économie circulaire, on les a introduites il y a exactement 20 ans. La mobilité propre, on y travaille depuis 2005 avec une accélération marquée depuis 2015/2016", détaille le CEO.

"Nous sommes positionnés pour être un acteur majeur de cette révolution de la voiture électrique."
Marc Grynberg
CEO d'Umicore

Choix radicaux

Les choix opérés par l'ancien groupe minier ont été radicaux depuis des décennies. Force est de constater qu'aujourd'hui, ses paris audacieux paient. L'électrification automobile est une vague de fond industrielle. De quoi propulser Umicore dans le futur?

"Je pense que l’avenir est radieux. Il n’y a pas si longtemps que ça - ça me fait sourire - on me disait souvent dans certains cercles, 'l’électrification ne va jamais se produire, le diesel est meilleur, la voiture électrique n’est pas propre'. Aujourd’hui, j’exulte. Dans les 5 à 10 années qui viennent ce n’est pas une évolution, mais une révolution qui s'annonce. Nous sommes positionnés pour être un acteur majeur de cette révolution. Nous avons fait des choix, mis en œuvre des ressources humaines et financières avec de gros investissements. Nous sommes contents d’être récompensés de notre courage."

6 à 7%
des revenus pour la r&d
Sur les 11.000 travailleurs d'Umicore, plus de 1.000 travaillent à la R&D. Umicore y consacre 6 à 7% de ses revenus. "C'est normal pour une société technologique", dit Grynberg.

Cette histoire, le spécialiste du recyclage et des métaux peut aussi la répéter dans l'hydrogène. "Il y a trois ans, on ne parlait pas 'd'économie hydrogène'. Nous, on travaille sur l’hydrogène depuis des décennies. La technologie fonctionne, la question concernait la volonté. Tant que le CO2 est gratuit, cela est difficile", ajoute le patron. "Aujourd'hui, la tolérance à la pollution a disparu et il était temps. Pendant près d’un siècle, personne ne devait payer pour cela", ajoute le patron.

Mauvaise publicité

Tout n'a pas été facile pour Marc Grynberg, qui travaille actuellement à sa succession au poste de CEO. Pousser des stratégies à 10 ou 15 ans se heurte à certains actionnaires qui n'ont pas des horizons d'investissement d'une telle durée. Récemment, il y a aussi eu l'épisode de la présence de plomb dans le sang des enfants qui habitent aux abords de son usine de recyclage d'Hoboken. Umicore rachète actuellement les maisons aux riverains pour créer une zone verte autour de l'usine.

"C'est la rançon de la gloire. On essaye de ne pas cacher ce que l’on fait, on s'expose donc à la critique. On a été un peu déçus que l’impact de certaines de nos activités industrielles (que l'on essaye d’améliorer sans relâche) occulte l’impact positif de notre rôle de pionnier dans l’économie circulaire et la mobilité propre. Pourtant l’impact positif est bien plus important que les impacts négatifs", insiste Grynberg.

"Jusqu'à présent le coût le plus bas prévalait dans les batteries, mais le monde a changé."
Marc Grynberg
CEO d'Umicore

Créer de la valeur tout en agissant pour la planète n’est pas toujours aisé pour un industriel. Quelle est la clé pour y arriver ? "La persévérance. Quand en 2005 on a mis en place une politique éthique pour le cobalt, on s’est différencié, mais on a souffert d’un handicap de coûts. On a accepté de payer plus cher, car on ne peut pas être honnête à moitié. On me demandait "Combien de temps allez-vous accepter cet handicap de coût?" La réponse était : aussi longtemps que nécessaire, persuadés qu’un jour l’éthique prévaudrait. L’histoire est en train de nous donner raison."

Différenciation propre

Dans le même ordre d'idées, Umicore a été l'un des initiateurs du passeport sur la batterie pour donner des scores environnementaux aux batteries. La Commission européenne a décidé d'embrayer. Une manière pour Umicore de se différencier. Actuellement, il existe selon le CEO de tout sur le marché des batteries, de la très peu respectueuse de l'environnement avec des résidus rejetés dans la mer à l'autre extrême avec des batteries munies d'une durabilité contrôlée, de matières premières éthiques, etc.

"Il faut que ce soit reconnu et que cela fasse partie des critères de sélection. Cela n’a pas été le cas jusqu’à présent où le coût le plus bas prévalait, même s’il y avait des exceptions. Récemment, les choses ont changé. Dans les conversations avec nos clients, on ne fait plus l'économie de parler de l'empreinte des batteries à côté du fait d'avoir les meilleures technologies à des prix compétitifs. Le monde a changé", sourit Marc Grynberg.

Les phrases clés

  • "La tolérance à la pollution a disparu et il était temps. Pendant près d’un siècle, personne ne devait payer pour cela."
  • "On me disait souvent dans certains cercles, "l’électrification ne va jamais se produire, le diesel est meilleur, la voiture électrique n’est pas propre". Aujourd’hui, j’exulte."
  • "On a accepté de payer plus cher le cobalt, car on ne peut pas être honnête à moitié. L’histoire est en train de nous donner raison."

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