portrait

Manfred Knof, l'impitoyable dirigeant au chevet de Commerzbank

Manfred Knof prend la direction de Commerzbank avec une mission: mettre en place la restructuration réclamée par la Banque centrale européenne.

En février dernier, la banque allemande Commerzbank recevait un coup de pression de la part de son régulateur. La BCE la pressait ainsi d'accélérer sa restructuration, voire d'envisager un "plan B".

En juillet, alors que le CEO Martin Zielke était censé présenter le nouveau plan stratégique, il annonçait sa démission faute d'avoir réussi à convaincre certains actionnaires, dont le fonds Cerberus, qu’il était l’homme de la situation. Jugé trop ambitieux, le plan "Stratégie 5.0" avait été adapté cet été, mais pour les actionnaires "les efforts de gestion immatures et mal exécutés montraient un niveau de négligence et d'arrogance inacceptable".

CV Express

Âgé de 55 ans
1994: Doctorat en droit à l'Université de Cologne
1995: MBA à l'Université de New York
2002: Programme de management à la Harvard Business School.
1995: il entre chez Allianz (en Suisse, en Europe Centrale et de l'Est, en Allemagne)
2003-2005: il prend diverses responsabilités à la Dresdner Bank.
Août 2019: il prend la direction de la banque privée allemande de Deutsche Bank
1er janvier 2021: il deviendra CEO de Commerzbank.

L'épée de Damoclès pendra désormais au-dessus de la tête de Manfred Knof. L'actuel responsable de la banque privée allemande de Deutsche Bank a en effet été choisi pour succéder à Zielke le 1er janvier prochain.

L'homme au pied-de-biche

On le dit davantage assureur que banquier. En effet, âgé de 55 ans, l'homme n'a pas fait long feu chez Deutsche Bank. Après deux décennies passées au sein de l'assurance Allianz, il était passé chez Deutsche Bank il y a à peine un an.

Chez Allianz, on le nommait "l'impitoyable directeur". On le décrivait comme un homme peu respectueux des relations syndicales et uniquement motivé par la réalisation de résultats. "Le pied-de-biche est son outil préféré pour gérer un conflit", déclarait au moment de son départ un ancien collègue.

Deux mois à peine après sa nomination chez Deutsche Bank, alors qu'il avait la tâche de la remettre la banque en selle, il affirmait aux syndicats qu'il n'y avait pas de place pour des augmentations salariales, sous peine de devoir davantage couper dans les coûts. Très vite l'agence Bloomberg le décrivait comme frustré par la fonction et en quête d'un nouvel emploi. Il reprochait notamment son absence au comité de direction de Deutsche Bank, ce qui limitait sa marge de manœuvre dans les décisions stratégiques.

"Le pied-de-biche est son outil préféré pour gérer un conflit."

Se sentira-t-il mieux chez Commerzbank? Dans tous les cas, lui qu'on dit "heureux de trancher des cas complexes", il devrait avoir de quoi se réjouir.

Docteur en Droit

Titulaire d'un doctorat en droit à l'université de Cologne et d'une maîtrise en administration des affaires de l'université de New York, Manfred Knof commence sa carrière au sein du cabinet de conseil en management Kienbaum Management Consultants à Düsseldorf.

Entré en 1995 chez Allianz, Knof occupe divers postes de direction tant en Allemagne qu'à l'étranger. Deux années durant (2003-2005), on le retrouve à la gouvernance de la Dresdner Bank, qu'Allianz cède en 2008. Achetée en 2001 pour 24 milliards d'euros, cette aventure bancaire se révélera pour le géant de l'assurance une erreur stratégique qui durera 7 ans.

Manfred Knof débarquera le 1er janvier à Commerzbank. Deutsche Bank voyant d'un œil mitigé l'arrivée d'un de ses patrons à la concurrence, a exigé que l'homme prenne un peu de temps "pour jardiner" avant d'exercer une quelconque influence chez Commerzbank.

Son bilan

Même si son manque d'empathie est régulièrement mis en avant, certains de ses anciens collègues reconnaissent que chez Allianz, il a remis sur les rails de nombreuses unités à l'étranger et, surtout, développé la digitalisation de l'assureur autrefois très en retard. Quant à la banque privée allemande de Deutsche Bank, elle vient d'annoncer la fermeture de 100 de ses 500 succursales. Reste à savoir quel sera son impact chez Commerzbank qui compte encore 800 agences.

Déjà appelé à s'engager

La réaction à l'annonce de la nomination de Manfred Knof chez Commerzabnk ne s'est pas faite attendre. Le syndicat Verdi exige déjà un engagement du futur CEO en faveur de l'indépendance de la banque de Francfort après la fusion avortée avec Deutsche Bank. "Knof est considéré comme un ingénieur en restructuration difficile, mais Verdi est aussi un négociateur difficile. Nous nous battrons pour que les intérêts des employés de la banque soient protégés."

14 jours

Depuis début août, Hans-Jörg Vetter, président du Conseil de surveillance (Conseil d'administration) avait la lourde tâche de trouver rapidement un successeur à Martin Zielke. Les discussions avec Manfred Knof sont allées très vite, lit-on dans le Handelsblatt. "En moins de 14 jours, l'affaire était pliée." Même si Knof ne semblait pas être le premier choix, sa nomination a toutefois été validée à l'unanimité au sein du Conseil de surveillance, entend-on.

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