John Cockerill part à l'assaut de l'hydrogène vert

En septembre dernier, l'industriel liégeois annonçait la signature d'un contrat avec Taïwan pour la fourniture de 5 électrolyseurs de 5 MW par l'intermédiaire de la joint-venture Cockerill Jingli Hydrogen, établie en Chine. ©John Cockerill

Après avoir vendu 5 électrolyseurs de 5 MW à Taïwan, John Cockerill annonce le lancement de capacités de production d'hydrogène en Belgique et en France. Au total, l'industriel liégeois compte investir quelque 100 millions d'euros dans le développement de la prometteuse filière.

L'hydrogène sauvera-t-il le monde du réchauffement climatique? Pour l'instant, rien n'est certain, mais les industriels semblent déterminés à emboîter le pas à l'Europe et ses grandes ambitions pour le développement de la filière. Et à ce jeu-là, le belge John Cockerill est très bien positionné.

"Ce plan correspond à la création de 300 emplois. 150 en Chine et 150 à répartir entre la France et la Belgique. Faites passer le message, John Cockerill recrute!"
Jean-Luc Maurange
CEO de John Cockerill

Aussi, en septembre dernier, l'industriel liégeois annonçait la signature d'un contrat avec Taïwan pour la fourniture de 5 électrolyseurs de 5 MW par l'intermédiaire de la joint-venture Cockerill Jingli Hydrogen, établie en Chine. "Grâce à elle, nous avons accédé à la production d’hydrogène à fort volume (350 MW de fabrication annuelle d’électrolyseurs, NDLR)", indique le CEO de l'entreprise, Jean-Luc Maurange. Notons qu'en fonction des besoins du client, un électrolyseur de cette capacité est vendu pour un prix compris entre 2 et 5 millions d'euros.

Aujourd'hui, John Cockerill dit vouloir créer des capacités de production en France (Alsace) et en Belgique (Seraing). L'objectif est que les usines puissent produire 200 MW par an d'ici 2021. "Nous avons la volonté de porter assez rapidement la capacité à 300 MW. Ce plan correspond à la création de 300 emplois. 150 en Chine et 150 à répartir entre la France et la Belgique. Faites passer le message, John Cockerill recrute!", ajoute le patron. Pour développer la filière, l'industriel a prévu un plan d'investissement de quelque 100 millions d'euros.

"Nous avons une chance dans cette course, c’est que nous sommes partis plus tôt que les autres."
Jean-Luc Maurange
CEO de John Cockerill

Une longueur d'avance

Parce qu'il permet de stocker l'électricité et parce qu'il sert d'alternative aux carburants fossiles, l'hydrogène vert a donc la cote. Pour John Cockerill, toujours en quête de développer son pôle énergie dans une logique de diversification, c'est une aubaine, d'autant plus que l'industriel liégeois dispose déjà d'une certaine expertise en la matière. En effet, le procédé permettant de décomposer l'eau en dioxygène et dihydrogène gazeux grâce à un courant électrique – et donc de fabriquer de l'hydrogène à partir d'énergies renouvelables –, s'appelle l'électrolyse et il trouve ses racines dans le milieu industriel.

"Nous avons une chance dans cette course, c’est que nous sommes partis plus tôt que les autres. Nous nous maîtrisons la technologie de fabrication de l’hydrogène par électrolyse parce que cela se fait déjà pour certains équipements sidérurgiques", expose Jean-Luc Maurange.

100
millions d'euros
Pour développer la filière hydrogène John Cockerill a prévu d'investir environ 100 millions d'euros.

Grâce à cette expertise, John Cockerill fait aujourd'hui partie des rares acteurs mondiaux capables de fabriquer des électrolyseurs de 5 MW. "Nous passerons très prochainement à des capacités de 7,5 MW puis de 10. On pourra arriver à 20 MW à l’horizon 2024-2025", souligne Mathieu Jehl, le nouveau président du pôle énergie de John Cockerill.

Répondre aux ambitions de l'UE

Mais attention, selon Jean-Luc Maurange, il ne faudra pas attendre longtemps avant de voir la concurrence s'intensifier. "La filière va bientôt se consolider à mesure que les grands du secteur s’y intéressent et que les pétroliers cherchent à sortir des énergies fossiles. On veut au moins capitaliser sur notre avance", souligne-t-il.

"La filière va bientôt se consolider à mesure que les grands du secteur s’y intéressent et que les pétroliers cherchent à sortir des énergies fossiles."
Jean-Luc Maurange
CEO de John Cockerill

Un constat d'autant mieux compris au regard des ambitions témoignées par l'Europe et les différents États membres. La Commission prévoit en effet, d'ici 2024, le passage de 1 à au moins 6 GW d’électrolyseurs, ce qui nécessiterait 20 à 40 milliards d'euros d’investissements, en plus des centaines de milliards nécessaires pour renforcer la production d'énergie verte. Pour 2030, le secteur pense pouvoir atteindre 40 GW d'électrolyseurs sur le sol européen et autant dans le voisinage de l’Union.

"Face à un marché qui s’emballe, nous ne pourrons pas tout faire tout seuls", nous dit Jean-Luc Maurange. ©BELGAIMAGE

La création d'un nouveau marché européen, donc, est à prévoir et John Cockerill compte bien saisir l'opportunité. "Nous n'arriverons probablement pas à atteindre la cible fixée par l’Europe, mais la tendance est là et le développement de l’hydrogène va exploser. Naturellement, cela amènera à une réduction des coûts, nécessaire pour que le remplacement du carbone par l’hydrogène puisse s’opérer. Dans la mobilité, en revanche, on se rapproche d'un coût de revient de l’hydrogène similaire à celui du fuel taxé. Bientôt l’hydrogène vert sera aussi compétitif que l’hydrogène gris", analyse Jean-Luc Maurange.

Pour se mettre en position de répondre aux besoins européens, John Cockerill ne pourra cependant pas agir seul. "Pour répondre au marché européen qui s’envole, il faut des capacités de production européennes. Chez nous, la filière représentera 100 millions d’investissement. Mais nous avons besoin d’être accompagnés. Face à un marché qui s’emballe, nous ne pourrons pas tout faire tout seuls", conclut Jean-Luc Maurange.

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