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Le frigo connecté d’Exki, un substitut à la cantine d’entreprise

Nicolas Morlet et Frédéric Rouvez espèrent implanter 300 frigos connectés d'ici 3 à 5 ans. ©ANTONIN WEBER / HANS LUCAS

Les changements d’habitude de consommation et la banalisation du télétravail poussent la chaîne de restauration rapide à se réinventer. En proposant, notamment, d’installer des frigos connectés dans les entreprises, hôpitaux ou universités.

Désormais seul à la barre du navire Exki, Frédéric Rouvez, cofondateur et CEO de la chaîne de restauration rapide "de qualité", a profité de la crise sanitaire et de la fermeture de ses restaurants pour phosphorer, avec son management, sur l'avenir de l'enseigne, plancher sur de nouveaux canaux de distribution et sur son offre. Et concrétiser des projets initiés avant la pandémie.

Le plus "disruptif" est sans doute celui du frigo connecté, que la chaîne entend déployer dans les entreprises, hôpitaux, administrations, universités, etc. Le premier d’entre eux doit être installé ces jours-ci chez Beci. Un partenaire de choix, cette fédération comptant 7.000 membres, soit autant de clients potentiels.

Au hasard d'une rencontre

Tout est parti de la rencontre entre Frédéric Rouvez et Nicolas Morlet, consultant pour un projet financé par la Gimv à Shanghai, et passé par Fastsmarkets, une entité d’Euromoney. "On s’est rencontré au sein du business club French Founders entre deux confinements, raconte ce dernier; je suis passionné de foodtech et, lors de mon séjour en Asie, j’ai constaté que l’Europe accusait un sérieux retard en la matière ; je songeais d'ailleurs déjà à un frigo connecté." Cela tombe bien : alors qu’il cherchait des partenaires et des fabricants pour développer la technologie en Europe, Exki planchait lui aussi sur pareille technologie avant même les confinements : "Le télétravail est en vogue depuis quelques années, cela nous a poussés à réfléchir sur pareil service, la crise n’a fait qu’accélérer le mouvement", embraie Frédéric Rouvez.

"Est-il encore tenable de maintenir une infrastructure aussi lourde qu'une cantine quand les employés ne sont plus là que deux jours par semaine ?"
Frédéric Rouvez
CEO d'Exki

Ce projet s’est concrétisé par la création d’une start-up, Exki Fridge, une SA détenue à 50/50 par Exki et Nicolas Morlet qui en est le CEO. Une première pour Exki que cette filiale qui démontre l’importance stratégique du projet pour son futur. "La généralisation du télétravail n’est pas sans conséquence sur l’organisation de l’entreprise, détaille Frédéric Rouvez. Prenez la cantine où on peut manger pour 5 euros : est-il encore tenable de maintenir une infrastructure aussi lourde quand les employés ne sont plus là que deux jours par semaine ?"

La cantine étant sur la sellette, on estime chez Exki que le frigo connecté permet de satisfaire celles et ceux qui se rendent au boulot occasionnellement. Frédéric Rouvez se veut psychosociologue : "Quand l’employé vient au bureau, ce n'est plus comme avant, il ne se met plus derrière un PC, il vient pour des réunions, pour revoir ses collègues, échanger, ceci à toute heure du jour. Il doit pouvoir prendre un lunch, un café, un goûter, le tout dans un espace plus convivial qu’une cantine."

Technologie RFID

C’est là qu’intervient le frigo connecté. Concrètement, comment cela fonctionne ? En apparence il s’agit d’un "bête" frigo, certes un peu massif. "En réalité, il fonctionne sur la technologie RFID et est bourré de capteurs invisibles", développe Nicolas Morlet. Chaque produit (salade, sandwich, soupe, boisson…) dispose d’une étiquette RFID. Une borne électronique fait défiler la carte, avec le nombre de produits qui restent.

"L’utilisateur doit d’abord créer un compte via une app (nom, prénom, e-mail professionnel) et indiquer le moyen de paiement (carte de débit, de crédit, carte de ticket restaurant, ou badge d’entreprise), poursuit Nicolas Morlet ; pour ouvrir le frigo, il doit scanner un code QR avec son téléphone. Il prend ensuite les produits qu’il désire, ses achats étant enregistrés via l’étiquette RFID. Il referme le frigo, valide la commande et est automatiquement débité." Un terminal de paiement sans contact peut être ajouté pour ceux qui ne veulent pas s’enregistrer, comme les visiteurs. "Grâce aux capteurs, c’est totalement sécurisé car si vous videz le frigo en catimini vous serez débité de l’ensemble de ce que vous avez pris", plaisante Frédéric Rouvez.

"Le frigo fonctionne sur la technologie RFID et est bourré de capteurs invisibles."
Nicolas Morlet
CEO d'Exki Fridge

L’entreprise est livrée tous les jours entre 6h et 9h. Un frigo permet de nourrir 50 personnes. Toutes les données de consommation sont enregistrées anonymement, ce qui permet de voir ce qui est le plus ou le moins consommé et d’adapter l’offre en conséquence. En fin de journée, les invendus sont proposés au personnel à -50% via l’app. Petite faiblesse du système : il n’est pas possible de remettre dans le frigo le produit si on se rend compte, par exemple, qu’il compte des ingrédients auxquels on est allergique.

Offre 100% intégrée

Le frigo est fabriqué en France par un fournisseur, dont l’identité est gardée top secret, avec lequel la start-up a signé un contrat de trois ans. Elle a négocié avec Belfius un contrat pour le leasing des frigos. Une vingtaine sont déjà préfinancés. Le coût pour les entreprises s’élève entre 990 et 1.490 euros sous forme d’une redevance mensuelle "tout compris" : installation, maintenance, réassort…

En Belgique ou en France, Exki n’est probablement pas le seul à proposer des frigos connectés, mais son modèle semble unique. "En France, par exemple, Foodles propose le même type de service, mais non seulement c’est beaucoup plus cher  - 3.500 euros par mois - mais en outre ils ont dû lever une quarantaine de millions, répond Nicolas Morlet ; chez Exki on a mobilisé peu de capitaux car nous avons tout : la cuisine centrale pour préparer les plats, la logistique et des produits de qualité, notre offre est totalement intégrée."  

990 à 1.490
euros
Le coût du grigo connecté pour les entreprises s’élève entre 990 et 1.490 euros par mois sous forme d’une redevance mensuelle.

Chez Exki Fridge, on estime pouvoir écouler 300 frigos dans les 3 à 5 ans. Des objectifs a priori modestes, mais la start-up ne veut pas s’enflammer. "300 frigos c’est quand même un apport de 30 millions de chiffre d’affaires", note Frédéric Rouvez. À comparer avec les 159 millions engrangés par Exki lors de l’exercice 2019-2020, juste avant la crise sanitaire qui a plombé ses comptes. "C’est une évolution de notre business model, conclut le cofondateur d'Exki ; cela devrait compenser en partie la perte de chiffre d’affaires suite à la fermeture définitive de certains restaurants (neuf, NDLR) mais cela ne va pas les remplacer. Le restaurant reste notre fer de lance, ne serait-ce que parce que les gens ont besoin de se voir ailleurs que dans leur bureau !"

Le résumé

  • Alors que le télétravail s'impose dans les entreprises, la traditionnelle cantine est sur la sellette.
  • La chaîne de restauration rapide Exki propose d'implanter dans les entreprises des frigos connectés.
  • Bourrés de capteurs, ils fonctionnent avec la technologie RFID.
  • Exki envisage d'en implanter 300 dans les 3 à 5 ans pour un chiffre d'affaires potentiel de 30 millions d'euros

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