Publicité
innover

Les promesses un peu trop ronflantes de l'audio spatial

L'audio spatial a convaincu plusieurs plateformes de musique dont Apple et Amazon.

Développé par Dolby Digital, l'audio spatial est le phénomène du moment dans la Silicon Valley. L'innovation doit offrir une expérience audio des plus immersives. Les attentes sont peut-être un peu trop démesurées.

L'engouement semble se préciser de mois en mois. Après Apple, Amazon Music a annoncé il y a quelques semaines qu'une partie de son catalogue est désormais disponible en audio spatial. De son côté, l'appli de discussion Clubhouse, qui se cherche un second souffle, a précisé se pencher avec intérêt sur la technologie censée révolutionner la manière d'écouter le son. Sur papier, l'audio spatial a effectivement de quoi faire saliver les rois de l'audio et de la musique. Développé notamment par le spécialiste du son Dolby, l'audio spatial permet d'immerger directement l'auditeur au milieu du son. De quoi donner l'impression de se trouver à côté d'un chef d'orchestre ou au milieu d'un bar jazz, avec les musiciens répartis partout dans la pièce.

Dolby Atmos: "Amaze" | Trailer | Dolby

Avec une telle promesse, une partie des fans de musique crient déjà au génie. Mais quitte à en décevoir certains, l'innovation mérite toutefois d'être un peu relativisée. À commencer par ce principe d'immersion. Aujourd'hui, pour les fans d'ambiance intégrée, la technologie existe déjà. Avec une barre son ou un ensemble stéréo 5.1 (des baffles installés un peu partout dans la pièce), il est déjà possible de créer un environnement sonore de qualité probablement au moins aussi efficace. La nouveauté de l'intégrer directement dans des écouteurs apporte néanmoins une flexibilité à souligner. Mais là aussi, quelques conditions sont nécessaires. "Pour avoir un bon rendu, il faut vraiment intégrer une audition qui évolue en fonction des mouvements de la tête", explique François Fripiat, fondateur de la start-up Demute et spécialiste du son spatial. "C'est possible avec les outils qui ont un gyroscope, ce qui permet de repérer les mouvements de la tête. C'est assez simple à mettre en place. Mais tous les écouteurs ou casques ne sont pas adaptés", prévient-il.

"Cela ne veut pas dire que l'audio spatial ne sert à rien. Certains artistes ont pleinement saisi l'opportunité pour faire des sons où il fait la différence."
François Fripiat
Fondateur de Demute et spécialiste du son

Ce gyroscope n'est pas le seul indispensable. Le contenu diffusé a également besoin d'être adapté. Un mixage spécifique est nécessaire lors de l'enregistrement. Il est également possible de retravailler les hits déjà enregistrés, mais cela demande des heures de travail. Une réalité qui explique d'ailleurs pourquoi le catalogue de titres proposés est encore très maigre chez Apple Music. Et si techniquement, l'adaptation est possible, encore faut-il que le rendu final en vaille la peine. " Le passage en audio spatial ne peut pas être une simple traduction d'un autre format. C'est comparable à la 3D dans le cinéma. Certains producteurs ont essayé de simplement adapter un film réalisé en 2D en 3D. Si techniquement c'est possible, le rendu final fonctionne rarement,  car la mise en scène n'est pas prévue pour", explique François Fripiat. "Cela ne veut pas dire que le spatial ne sert à rien. Certains artistes ont pleinement saisi l'opportunité pour faire des sons où il fait la différence. Mais il ne remplacera pas le stéréo."

Outre la musique, le spatial se verrait bien toucher le public indirectement, justement dans le 7e art. Mais là aussi, il risque bien de rester l'exception plutôt que la règle.  "Avoir l'impression d'être immergé devant un Dardenne n'a pas beaucoup d'intérêt. Pour une production comme Gravity, évidemment que cela apporte quelque chose. Mais cela représente une toute petite minorité des productions", explique le spécialiste.  

Le graal pour la VR?

"La VR devrait se suffire à elle-même et ne pas être limitée par l'arrivée d'autres innovations."
François Fripiat
Fondateur de Demute et spécialiste du son

Les défenseurs de la technologie voient aussi souvent dans l'audio spatial l'une des dernières briques technologiques qui manquaient pour l'essor de la VR. Encore une fois, François Fripiat émet quelques doutes. "Je n'en suis pas certain. On vend la VR comme la prochaine révolution depuis des années. Pour expliquer qu'elle n'a pas encore décollé, on a d'abord dit qu'il fallait une meilleure connexion, puis un meilleur rendu des textures, puis des casques plus petits, puis qu'ils ne soient plus raccordés à un ordinateur… La VR devrait se suffire à elle-même et ne pas être limitée par l'arrivée d'autres innovations. Elle est une innovation qui suit une courbe d'adoption linéaire et donc relativement lente. Il ne faut pas à tout prix vouloir la pousser plus rapidement."

Finalement, l'un des débouchés les plus convaincants semble quand même venir de la Silicon Valley. "L'idée d'intégrer de l'audio spatial dans Clubhouse est intéressante. Cela sera techniquement assez simple à mettre en place et donnerait cette ambiance de salon. Cela permettrait de repérer plus rapidement qui parle avant d'avoir pu retenir le timbre de la voix de chaque intervenant." Utile mais pas vraiment révolutionnaire.

Le résumé

  • L'audio spatial intéresse les grands de la Silicon Valley.
  • La technologie promet une révolution immersive.
  • Dans les faits, l'innovation est un peu à relativiser.
  • Certains acteurs spécifiques, comme Clubhouse, pourraient y voir un intérêt.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés