chronique

Vous reprendrez bien encore un peu de glyphosate?

Le glyphosate se retrouve dans l'air, dans l'eau, dans le sol, dans les cultures, mais a dernièrement aussi été retrouvé dans du pain, de la bière, des serviettes hygiéniques et du vin.

Vous pouvez nous qualifier de naïfs ou de doux rêveurs, mais nous pensons qu’un monde sans pesticides toxiques est possible. Et souhaitable. Un monde dans lequel on peut consommer des fruits et des légumes sans avoir à se demander combien de pesticides on ingurgite et quels dégâts ils occasionnent à notre organisme. Outre notre santé, nos terres agricoles et la biodiversité profiteraient aussi d’un monde sans pesticides. Notre eau potable ne devra plus subir des traitements coûteux parce qu’elle contient par exemple trop de glyphosate, un désherbant connu.

Le glyphosate, la composante active du Roundup de Monsanto notamment, fait beaucoup parler de lui. Tous les 10 à 15 ans, la Commission européenne revoit les autorisations pour les substances chimiques dans nos pesticides. Le moment est donc venu de revoir celle accordée au glyphosate. Tout porte à croire que la Commission accordera une nouvelle autorisation pour neuf années supplémentaires, sans restrictions importantes. Et ce, même si l’Allemagne pourrait in extremis échanger son vote positif contre une abstention.

Véritable camouflet

Cette décision serait un véritable camouflet vis-à-vis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, depuis l’année dernière, classe le glyphosate parmi les cancérigènes probables pour l’homme.

©AFP

Vous venez de lire cette semaine que ce risque avait diminué? Effectivement, c’est ce que dit une étude menée conjointement par l’OMS et la FAO, l’organisation de l’agriculture et de la nourriture.

Cette étude ne se concentre toutefois que sur les risques liés à l’ingestion d’aliments contenant du glyphosate. Surtout, elle a été réalisée par, au moins, deux scientifiques directement liés à, oui,… Monsanto!

Le problème est semblable avec l’avis de l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa), selon laquelle le glyphosate est "sûr". Pour avancer de tels propos, elle se base pour l’essentiel sur des études non encore publiées et provenant des fabricants eux-mêmes.

À l’inverse, des scientifiques indépendants établissent un lien entre cette substance et des problèmes de perturbation hormonale et de fertilité chez l’homme et l’animal. Les scientifiques mettent aussi en avant les conséquences négatives pour la biodiversité et suggèrent que la substance altère la capacité d’orientation des abeilles.

Autant d’éléments dont la Commission semble faire peu de cas. Au milieu de ces divergences, la Commission n’entend écouter que l’Efsa et prolonger l’autorisation du glyphosate pendant encore au moins neuf ans.

C’est plutôt préoccupant car après 40 ans d’utilisation du glyphosate, ce dernier se retrouve partout. C’est la substance chimique la plus utilisée dans l’agriculture. Elle se retrouve dans l’air, dans l’eau, dans le sol, dans les cultures mais a dernièrement aussi été retrouvée dans du pain (Angleterre), de la bière (Allemagne), des serviettes hygiéniques (Argentine) et du vin (Etats-Unis).

Compte tenu de la position de l’OMS et des interrogations du monde médical, nous appelons l’Europe à rester fidèle au principe de précaution au lieu de plier face à une industrie puissante qui gagne de l’argent en quantités grâce à la vente de ce poison.

Le glyphosate se retrouve dans l'air, dans l'eau, dans le sol, dans les cultures, mais a dernièrement aussi été retrouvé dans du pain, de la bière, des serviettes hygiéniques et du vin.

Y a-t-il encore de l’espoir? Oui. Le Parlement européen a bien approuvé récemment une résolution (non contraignante) dans laquelle il plaide pour des restrictions plus strictes et exige plus de transparence de l’Efsa.

De plus, les États membres sont depuis peu ouvertement partagés sur la question. Ainsi la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suède et les Pays-Bas ont émis, en mars, des réserves contre la proposition de la Commission.

Servilité belge

La Belgique s’est, elle, bien servilement rangée derrière cette proposition, mais entre-temps la Région bruxelloise a interdit le glyphosate et le ministre wallon travaille à une proposition d’interdiction pour les particuliers. En Flandre et au niveau fédéral, c’est le silence qui règne…

Que l’agriculture a besoin du glyphosate est une objection souvent entendue.

Une étude récente d’un organisme public allemand montre toutefois que les fermiers peuvent parfaitement s’en sortir sans cet herbicide. Ils ne doivent cependant pas le remplacer par d’autres produits chimiques toxiques.

L’agriculture biologique prouve chaque jour que les pesticides sont aujourd’hui superflus… Le défi est de faire appliquer ces formes durables d’agriculture à plus grande échelle. Et cela exige un cadre stable, plus d’argent pour la recherche et l’échange de connaissances. Ce serait une bonne chose, non?

Comme souvent dans le cas des problèmes environnementaux complexes, tout le monde doit maintenant prendre ses responsabilités.

Notre ministre de l’Agriculture, Willy Borsus, peut se prononcer contre un nouveau permis européen pour le glyphosate. Les magasins de bricolage, où les étalages se sont remplis de Roundup ce printemps, peuvent retirer ces produits de leur offre et proposer des alternatives écologiques à la place. C’est déjà le cas dans plusieurs de nos pays voisins. Preuve que c’est possible et qu’il ne faut plus tergiverser.

Nous aussi, citoyens, pouvons mettre à la porte les produits contenant du glyphosate. En ces jolis jours de printemps, Monsanto fait partout la publicité de son gel Roundup, un tube qui peut racrapoter jusqu’au bout de ses racines une mauvaise herbe. Mais si vous devez quand même vous pencher pour appliquer le gel, pourquoi alors ne pas enlever directement la mauvaise herbe? Ce serait bon pour l’homme et bon pour l’environnement!

Par Dave Van Meel, Directeur des programmes chez Greenpeace

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