Climat: passer des objectifs à la dynamique

La Belgique doit construire une vraie feuille de route, cohérente et complète, pour réaliser le grand saut vers une économie sans carbone.

C'est un cartoon signé Kal Print pour The Economist qui aura fait le tour du monde: un boxeur poids moyen avec une planète Terre à la place de la tête envoie une droite à son adversaire à la bobine cloutée en forme de Covid. Ceci n'est qu'un "tour de chauffe", avertit la légende, alors qu'un troisième combattant, un poids lourd menaçant à face de soleil ardent, s'apprête à monter sur le ring. Pendant que la crise du Covid mobilise à raison les énergies, la menace climatique progresse.

L'Europe a passé un cap politique clé en se fixant l'ambition de devenir climatiquement neutre d'ici trente ans – ce que la présidente de la Commission européenne avait appelé le moment "Man to the Moon". Mais les plans de la fusée qui doit nous mener à cette prouesse sont loin d’être tracés.

Alors que le réchauffement s'accélère, tout le monde s'accorde sur une indispensable ambition. Mais en Belgique, la mobilisation pour la concrétiser n'est pas à la hauteur.

Mardi, les syndicats, ONG et autres associations réunies au sein de la Coalition Climat ont mis sur la table un catalogue d’ambitions pour un "Green New Deal" belge. On y retrouve beaucoup d'objectifs chiffrés qui nous touchent tous: disparition des chaudières à gaz et fin des voitures à combustibles fossiles vers 2030, bâtiments publics entièrement passifs dix ans plus tard, diminution de 60% des têtes de bétail en Belgique d'ici 2050... Autant de mutations profondes qui demandent des financements considérables – auxquels le plan de relance européen ne répond qu’à la marge.

Le catalogue de mesures qu'avancent syndicats et associations n'est pas la réponse à l'enjeu climatique. Car cette réponse, toutes les forces vives de la société doivent la construire – à commencer par les entreprises. Elles doivent s'engouffrer dans l'ambition, et certaines le font avec ferveur. Mais aussi composer avec des impératifs que la Coalition Climat ne peut ignorer – sécurité d'approvisionnement et compétitivité des entreprises ne sont pas des mots creux, c'est "leur fin du mois" à elles.

Quinze ans après le Rapport Stern, qui montrait que le coût de l'inaction climatique dépassait de loin celui de l'action et alors que le réchauffement s'accélère, tout le monde s'accorde sur l'indispensable ambition. Mais en Belgique, la mobilisation pour la concrétiser n'est pas à la hauteur. "Tous devraient se sentir aussi concernés que si nous étions en guerre", a un jour dit un climatologue belge bien connu. La guerre est une entreprise de destruction. Le défi climatique est au contraire une formidable opportunité de ravaudage et de réinvention. Reste "une dynamique positive à trouver" dans chaque secteur, pour reprendre l'expression d'un porte-voix du secteur bancaire.

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