Quand le bâtiment ne va pas...

Journaliste

La fraude sociale ne cesse de gangréner le secteur de la construction. Si les grands du bâtiment doivent balayer devant leur porte, l'État, les collectivités et surtout l'Europe disposent des clés de la sortie de crise.

On a beau jeu de taper sur les grands du secteur de la construction. Ces géants d'un des piliers de l'économie belge qui n'ont plus beaucoup d'ouvriers "en propre", qui sous-traitent tout, et nourrissent, sûrement sans le vouloir et via des sous-traitances "en cascade", la fraude sociale grave et organisée, via le dumping social... Pourtant, ils ne sont que des éléments d'un grand puzzle dans lequel les pouvoirs publics font figure de pièces maîtresses.

En effet, l'État et les collectivités, en fixant le prix des marchés publics et en insistant pour les marquer à la baisse, dans le but louable de diminuer la facture finale pour le citoyen, jouent un rôle majeur dans la crise ininterrompue que vit le secteur du bâtiment. Car quand on prend la réelle mesure de ce que signifie le chiffre de 50% du nombre d'employés du bâtiment en infraction (selon les chiffres du Service d’information et de recherche sociale, en 2019), il n'est pas exagéré de parler de crise sans fin.

À l'heure où la relance va forcément passer par le bâtiment, le secteur de la construction se trouve d'autant plus entre le marteau et l'enclume. D'une part, on va lui demander de mettre les bouchées doubles alors qu'il parvient toujours plus difficilement à trouver de la main-d'œuvre en Belgique. D'autre part, malgré le plan de relance, le secteur va devoir vivre dans un monde où, d'ici deux à trois ans, les dépenses publiques risquent de se restreindre quand il faudra commencer à régler la dette covid. L'argent magique ne sera pas éternel.

Quand vous achetez un T-shirt à 5 euros, ne vous faites pas d'illusion sur la manière dont il a été fabriqué.

C'est une auditrice du travail qui le dit dans l'enquête que nous consacrons à la fraude sociale dans la construction: quand vous achetez un T-shirt à 5 euros, ne vous faites pas d'illusion sur la manière dont il a été fabriqué. Même musique dans le domaine de la construction: l'État et les collectivités doivent payer les marchés publics au juste prix. Ils doivent prendre en compte la qualité de la construction et l'innovation. Ils ne doivent pas accepter de marchés au rabais, sans quoi c'est la certitude, garantie sur facture, que la fraude sociale s'y instille. Et, avec elle, les risques pour la société.

Il reste en attendant la seule réelle et durable porte de sortie de crise et, comme souvent, elle est européenne. Les Vingt-Sept parviendront-ils un jour à s'accorder sur l'uniformisation des ponctions sociales dans l'Union? La route semble encore très longue pour y arriver, mais c'est le chemin que l'on doit emprunter si l'on veut enrayer le dumping social. Parce que, quand le bâtiment va, tout va, n'est-ce pas?

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