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Lettre ouverte: "Nous devons garantir la viabilité de notre système de pension"

“La pension et le travail étant indissociables, pourquoi n’avons-nous pas un ministre de l’Emploi et des Pensions?” - Jan Van Autreve, CEO de NN Insurance

Dans une lettre ouverte, Jan Van Autreve, CEO de l’assureur vie NN, plaide en faveur d’une cure de jouvence pour notre système de pension. “Dans un monde où nous vivons plus longtemps, nous avons besoin d’un système adapté à la société actuelle et future. En tant que compagnie d’assurances, nous sommes prêts à faire des recommandations et à apporter des idées afin de garantir que notre système de pension reste viable et abordable pour tous.”

“En tant que compagnie d’assurance vie, c’est notre ambition de protéger les Belges et de maximiser leurs possibilités de mener une vie longue et heureuse. Nous voulons encourager le débat sociétal sur les pensions et parvenir ensemble à des solutions réalistes. C’est pourquoi nous avons présenté récemment une note de synthèse qui détaille notre vision ainsi que plusieurs propositions concrètes en matière de pension. Nous y expliquons comment nous pouvons garantir la soutenabilité et l’équité de notre système de retraite, au moment où notre espérance de vie a beaucoup augmenté. Nous avons identifié trois grands défis à relever. Dans cette lettre ouverte, je voudrais me concentrer sur la soutenabilité financière de notre système de pension.

La lourde facture du vieillissement de la population

La pension légale, le premier pilier de notre système de pension, est basée sur le principe de répartition. En d’autres termes, les travailleurs actifs paient des cotisations sociales qui permettent de financer les pensions des retraités. Mais cette facture pèse de plus en plus lourd sur notre société. À cause de l’augmentation des dépenses sociales, elle devrait atteindre 27,8% du PIB belge à l’horizon 2026, ce qui représente une hausse de plus de 15 milliards d’euros. L’essentiel de cette hausse est dû à l’augmentation des dépenses en matière de pension et de soins de santé en relation avec le vieillissement de la population.

Le nombre de pensionnés est aujourd’hui en forte progression avec le départ à la retraite des baby-boomers. S’y ajoute le fait que ce groupe quitte trop tôt le marché de l’emploi – l’âge moyen de départ à la retraite en Belgique figure parmi les plus bas d’Europe. Le départ à la retraite de ces baby-boomers n’est pas compensé. L’arrivée de nouveaux travailleurs sur le marché de l’emploi ne suffit pas pour assurer une croissance satisfaisante de notre économie. En outre, nous vivons tous plus longtemps. En 2019, l’espérance de vie à la naissance était de 81,8 ans, contre 70,7 ans en 1969. C’est positif aux plans sociétal et individuel, mais cela signifie que l’État doit payer les pensions légales pendant une plus longue période.

Dans le contexte de cette lourde facture des pensions qui incombera à la prochaine génération, le renforcement de la pension complémentaire – le deuxième pilier – est plus que jamais nécessaire. C’est la seule façon pour que la pension globale perçue par les retraités soit suffisante et décente, sans que la facture soit répercutée sur nos enfants. Dans ce système, en effet, les montants épargnés sont investis dans l’économie réelle dans l’attente du départ à la retraite.

Travailler plus et plus longtemps

Plusieurs autres solutions sont possibles. Nous devrons tous travailler plus et plus longtemps. “Plus” signifie qu’à court terme, nous devrons atteindre un taux d’emploi plus élevé. Et “plus longtemps” implique que nous prenions notre pension à un âge plus avancé. Il existe également des possibilités de travailler autrement, par exemple en passant du statut de salarié à celui d’indépendant ou de fonctionnaire, et inversement.

Les conditions de carrière existantes ne sont plus adaptées à la société actuelle, qui compte un nombre croissant de personnes affichant une carrière mixte. C’est pourquoi nous proposons d’exiger une carrière minimale d’au moins 30 ans, quel que soit le statut du travailleur, dont au minimum 20 ans effectivement prestés, pour pouvoir prétendre à la pension minimale.

Cette approche alternative pourrait comprendre des stimuli, comme un bonus de retraite pour ceux qui travaillent plus longtemps et une pénalité relative pour ceux qui partent plus tôt à la retraite. La pension complémentaire peut aussi être associée à des avantages afin d’encourager les Belges à travailler plus longtemps.

Paiement d’une rente

Par ailleurs, notre pension complémentaire ne tient pas suffisamment compte du “risque de longévité”, à savoir le risque que notre fonds de pension ait été consommé avant notre décès. Le capital-pension est en effet versé au bénéficiaire en une seule fois. De nombreux pensionnés n’ont pas besoin immédiatement de cet argent pour vivre, ce qui augmente le danger de les voir beaucoup dépenser au début de leur pension et de se retrouver par la suite confrontés à des problèmes financiers.

Le paiement d’une rente offre une alternative intéressante aux retraités. Le capital n’est pas versé en une fois mais par tranches. Cet argent remplit ainsi à la perfection son rôle de pension complémentaire. Il est déjà possible de demander le versement de la pension complémentaire sous forme de rente, mais uniquement dans le cadre du système rigide appelé “rente avec renonciation du capital”, dans lequel existe le “risque de mortalité”, à savoir que si vous décédez rapidement après la transformation en rente de votre capital, celui-ci sera définitivement perdu. D’autres formules de rente combinant le meilleur de ces deux mondes sont bien entendu possibles. Ce système de rente pourrait être davantage développé sur les plans légal et fiscal.

Les pouvoirs publics doivent également se concentrer sur les investissements qui font effectivement augmenter la productivité. La pension ne peut être dissociée du travail, car le travail finance le système de pension légale. Pourquoi n’avons-nous pas un ministre de l’Emploi et des Pensions?

NN ne prétend pas détenir la vérité absolue. Mais nous appelons toutes les parties prenantes – des décideurs politiques aux organisations patronales, sans oublier les citoyens eux-mêmes – à analyser le système en profondeur et à l’adapter aux besoins actuels. C’est la seule façon de garantir l’avenir de nos pensions.”

Jan Van Autreve, CEO de NN Insurance

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