"C'est certain, des Collibra, il y en aura d'autres"

©Collibra

En atteignant une valorisation d’un milliard de dollars, l’entreprise belge Collibra est devenue une licorne. S’il n’y a pas de recette miracle, quelques éléments pourraient bien inspirer les entrepreneurs. Pour les spécialistes, ce n’est en tout cas que le début.

Une nouvelle levée de fonds à 100 millions de dollars, des centaines de travailleurs dans le monde, répartis entre l’Europe et les Etats-Unis, des actionnaires comme Google ou Mark Zuckerberg, et finalement, une valorisation à un milliard de dollars. Le tout sans passer par la case "entrée en Bourse". Avec ses généreuses mensurations, la scale-up belge Collibra, spécialisée dans la gestion de données, a rejoint depuis quelques jours la très select écurie des licornes. Selon le site spécialisé CB Insights, les start-ups pouvant revendiquer ce statut ne sont actuellement que 311 dans le monde. Et dans le troupeau, la scale-up Collibra est la seule à arborer une crinière noir-jaune-rouge. Un joli exploit.

Mais comment Felix Van de Maele et ses équipes en sont arrivés là? Les éternels pessimistes parleront d’un coup de chance. Une petite touche de magie pour devenir une licorne semble effectivement logique. Mais ensuite? "Ce qui compte le plus, c’est vraiment le talent", lance directement Arnaud Bonzom, spécialiste des start-ups et actif notamment à l’INSEAD (cet Institut européen d’administration des affaires est une école privée de management dont les trois campus principaux se situent à Fontainebleau, Singapour et Abou Dabi). Et du talent, l’équipe de Collibra en a. Avant de se vendre partout dans le monde, la technologie a été créée à bonne école. À la VUB, sous forme de spin-off. Mais une technologie, aussi poussée soit-elle, ne suffit pas à faire une licorne. Encore faut-il pouvoir la vendre. "L’aspect commercial est indispensable. Il existe de nombreux exemples qui montrent que la technologie en elle-même ne suffit pas. Quand le format VHS s’est imposé, la technologie de son concurrent était bien plus performante. Mais les dirigeants n’avaient pas pris assez en compte l’aspect marketing", explique le spécialiste.

Savoir s’entourer

De ce côté, Collibra avait également les bonnes cartes en mains. Son CEO est aussi bien armé d’un point de vue scientifique que commercial. "Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des meilleurs managers belges", explique Eddy Van Gelder, le président du conseil d’administration de la VUB, qui était là au début de l’histoire de Collibra. Son rôle fut d’ailleurs déterminant. En plus de sa casquette académique, il était également à l’époque le président de la SRIB, aujourd’hui finance.brussels. Il est alors convaincu par la technologie et se charge de faire le lien avec le monde des investisseurs. "Savoir s’entourer c’est l’une des clés importantes. La combinaison de la connaissance de l’université et d’un soutien financier reconnu a joué un rôle majeur dans le développement de l’entreprise", explique Eddy Van Gelder.

Aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de parler de la pépite, l’organe de financement bruxellois a forcément le sourire. "C’était probablement l’un des plus grands coups de finance.brussels, reconnaît Pierre Hermant, son nouveau CEO. Nous avons injecté au total 650.000 euros, via trois levées de fonds en 2008, 2010 et 2012. Nous sommes sortis en 2016 et avons réalisé une plus-value de plus de six millions. Nous avions rempli notre rôle et d’autres actionnaires devaient prendre la place pour continuer à faire grandir le projet."

L’importance du marché américain

Dix ans après sa création, Collibra a toujours un ancrage belge marqué. Mais l’entreprise a aussi pris un sérieux accent américain. Son siège de New-York, où est désormais installé le CEO, est le site le plus important de Collibra. Le marché américain a donc une importance considérable pour la scale-up mais aussi pour un bon nombre des 300 autres licornes. "Sur certains secteurs, c’est probablement indispensable d’y être présent. Collibra est très actif dans le secteur financier dont le cœur est aux Etats-Unis. Il fallait donc sans doute passer par là", explique le patron de finance.brussels.

Briller chez l’oncle Sam n’est toutefois pas nécessairement la recette miracle. "Être sur ce marché a des bons et des moins bons côtés. Cela permet de s’attaquer à un marché assez uniforme mais cela signifie aussi se confronter à une concurrence beaucoup plus forte, souligne Arnaud Bonzom. L’acquisition et la rétention de talents y est particulièrement complexe. Les ingénieurs sont très recherchés et très chers aux Etats-Unis. Beaucoup de start-ups françaises choisissent d’ailleurs de garder une partie importante de leur R&D en Europe". Une stratégie qu’a également mise en place Collibra, préférant garder ses développeurs en Belgique. "Garder ses racines à Bruxelles est une bonne chose. L’environnement est très porteur grâce aux universités, le lien avec les institutions européennes et les financements sont possibles. Il y a de la liquidité disponible à Bruxelles. Il est possible d’y lever jusqu’à 100 millions", ajoute le CEO de finance.brussels.

Stimulation du marché

Si l’environnement est visiblement propice, il devrait d’ailleurs encore s’améliorer avec le succès de Collibra. "Le monde sait désormais qu’une licorne a été créée à Bruxelles, cela va forcément susciter l’intérêt et stimuler l’environnement. Pour faire une comparaison avec le sport, quand Justine Henin est devenue championne, le nombre de joueurs de tennis a explosé", sourit le responsable. Et la success-story a également fait bougé les lignes dans le monde académique. "En 2008, les spin-offs n’avaient pas toujours une super réputation. Mais depuis ce succès, on sent une évolution. Les universités sont plus partantes et osent plus, soutient Eddy Van Gelder. Il suffit de se pencher sur les moyens de financements disponibles désormais pour les spin-offs. Il y a dix ans, nous avions le BI3 qui avait des moyens limités. Désormais, il existe le QBIC qui rassemble plusieurs campus et permet de lancer des projets beaucoup plus conséquents. Le succès de Collibra a eu un rôle dans ce développement." Le spécialiste de start-ups Arnaud Bonzom le confirme: "La question était de savoir si c’était possible que cela arrive en Belgique. Celle qui se pose désormais est quand cela se reproduira."

Du côté de finance.brussels aussi ce n’est plus qu’une question de temps avant de voir naître de nouvelles licornes belges. "C’est certain, des Collibra, il y en aura d’autres. Je peux évoquer Look & Fin qui fait un super travail et dont on parle beaucoup. Je vous cite ce nom mais je pourrais vous en donner cinq autres", sourit Pierre Hermant.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect