interview mon argent

Kody: "On n'accepte pas qu'un humoriste gagne beaucoup d'argent"

L'humoriste et comédien belge Kody répond à nos questions d'argent.

Lorsque vous avez commencé à gagner votre vie comme humoriste, quelle a été votre plus grande satisfaction?

Eh bien, c’est de gagner ma vie en tant qu’humoriste! Je gagne de l’argent avec ma passion, un truc qui me fait marrer. Je n’ai pas l’impression de travailler. Dans mon cerveau, l’espace consacré à ce métier prend une bonne place. Il faut tenter de se renouveler constamment, d’anticiper, de créer. Je suis mon propre produit, j’ai fait des études de commerce, donc je peux gérer les choses comme ça. Cela permet aussi de mettre une distance entre la scène et moi, séparer l’homme de l’artiste, mais pour une bonne raison ici!

En dix ans de carrière, qu’est-ce qui a changé dans votre rapport à l’argent?

L’envie d’investir, de consolider des choses, de faire des projets en production de spectacles et de films, de donner un coup de main et de transmettre aussi aux plus jeunes.

Ne soyez pas esclave de l’argent, dominez-le parce que, de toute façon, il y a un endroit où vous ne l’emporterez pas!

Peut-on prendre sa retraite en tant qu’humoriste?

Il faut savoir partir à temps, je pense. Mais c’est un métier qui est aussi une passion, donc c’est difficile d’envisager la retraite, car c’est ce qui nous anime. Cela peut prendre d’autres formes, on peut devenir un passeur de connaissances. Chez nous, on dit que les anciens, ce sont des bibliothèques qu’il faut consulter, j’espère un jour devenir une bibliothèque!

Votre célébrité vous facilite-t-elle la vie? Vous ouvre-t-elle des portes?

On nous offre souvent le petit pousse-café à la fin d’un dîner, ça facilite la vie, mais il ne faut pas se leurrer et garder de la distance par rapport à cela. Ce n’est qu’une illusion de la réalité. Les gens ont l’impression de nous connaître et veulent nous aider. Parfois, c’est le contraire, certains sont allergiques au fait que vous êtes connu et vous le font savoir, alors qu’il n’y a aucune raison non plus!

Vous avez récemment présenté les Magritte du Cinéma. Que pensez-vous du prix d’une place de cinéma actuellement?

C’est super cher! Qui a le budget pour aller voir un film tous les jours au ciné? Et au-delà des films, je crois que les salles ne font plus que vendre des boissons et des snacks, aussi hors de prix d’ailleurs. Pour vous distraire entre les snacks et le coca, on vous vend un film!

Fils de diplomate, avez-vous hérité du goût des voyages?

Je vais bientôt à Dubaï, qui est pour moi une sorte de Disneyland pour adultes: on a l’impression d’être dans Aladin. C’est le château Disney pour les grands enfants qu’on prend par la main, tout y est démesuré!

En 5 chiffres

• 23: "C’est mon anniversaire, le 23 janvier."
• 27: "Le jour d’anniversaire de ma fille." 
• 15: "Le 15 novembre 2019, j’ai perdu mon père."
• 8: "J’ai huit frères et sœurs."
• 500.000: "Si un jour on me propose un tel cachet pour un film, je dis oui tout de suite!"

 

La Flandre réduit de 60% le budget alloué à la culture. Si vous aviez face à vous Bénédicte Linard, la ministre de la Culture, que lui diriez-vous pour la convaincre qu’il faut continuer à investir?

La culture est une manière de conserver son âme et son humanité, quelque part. Je pense que l’on n’est pas condamné à être une civilisation bureaucrate qui va juste suivre ses journées quotidiennes en allant travailler et en payant des impôts. Il faut aussi pouvoir s’évader, comme on dit à Lantin!

Fin février, vous montez sur scène pour la deuxième édition des Restos du Rire, dont les bénéfices seront reversés à la Fédération des Restos du Cœur. Soutenez-vous d’autres œuvres ou organismes?

Beaucoup! Je suis parrain de l’association Comequi, qui aide des agriculteurs à cultiver leur café dans l’est du Congo, qui est mon pays d’origine. Je suis aussi parrain de La Chaîne de l’Espoir, qui fait venir des enfants en Belgique qui ne peuvent être opérés dans leur pays et envoie des équipes bénévoles à l’étranger pour opérer les enfants sur place.

Des tabous liés à l’argent, il en existe dans le monde de l’humour?

J’ai l’impression qu’on n’autorise pas un humoriste à gagner beaucoup d’argent, on a envie que ce soit un copain. C’est très européen. Aux États-Unis, l’humoriste Louis C.K. voyage en jet privé, le mec gagne des millions et tout le monde s’en fout. Ici, par contre, on n’accepte pas que Dany Boon ou Jamel Debouzze gagnent de l’argent. On l’accepte d’un joueur de foot ou d’un acteur, mais pas d’un humoriste bizarrement.

"Je ne suis pas vraiment ‘portefeuille’! Je n’ai ni argent liquide ni photos, juste des cartes et mon vieux permis de conduire."

Finalement, l’humour a-t-il un prix? Ça vaut quoi, une bonne blague?

Ça vaut une bonne journée de travail! Oui, cela a un prix, on travaille même parfois avec des coauteurs, ça peut valoir entre 25 et 75 euros.

Pour le mot de la fin, pouvez-vous me raconter une blague gratuite?

C’est un type qui entre dans un bar, il commande douze bières. Le serveur lui demande: "Des pressions?" Le type lui répond: "Non, alcoolisme."

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