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"La clé d'une société neutre en carbone se trouve en mer"

Elia Group ©Broadcast Assistance

Si, jusqu’à tout récemment encore, le réseau électrique s’arrêtait au littoral, la prochaine phase de la transition énergétique se situera essentiellement sur et dans l’eau. Nos mers septentrionales sont en train de devenir les centrales énergétiques de l’Europe. Sur les planches à dessin, on trouve des îlots énergétiques et des interconnexions hybrides qui seront reliées entre elles. Le gestionnaire belgo-allemand de lignes à haute tension Elia figure parmi l’avant-garde européenne.

Pourquoi Elia Group mise-t-il autant sur l’énergie éolienne offshore?

Chris Peeters, CEO d’Elia Group: “Nous savons que l’énergie éolienne offshore jouera un rôle crucial dans notre futur mix énergétique. Dans le cadre de son ambitieux Green Deal, l’Europe a fixé un pourcentage: 30% à l’horizon 2050. Pour parler en termes plus concrets, l’Union européenne compte actuellement 15 gigawatts de production d’électricité éolienne offshore. D’ici à 2030, ce chiffre devrait passer à 60 gigawatts, et en 2050 à 300 gigawatts, soit 20 fois plus qu’aujourd’hui. Dans les deux pays où Elia est actif – l’Allemagne et la Belgique – l’énergie éolienne occupera, pour des raisons climatiques, une place plus importante que l’énergie solaire. S’y ajoute le fait que les besoins énergétiques et la densité de population sont tellement élevés dans les deux pays qu’il est impossible de produire suffisamment d’énergie éolienne onshore.”

Economie bleue: Elia

Elia et sa filiale allemande 50Hertz explorent ensemble la possibilité d’installer une interconnexion hybride avec le Danemark. Pourquoi aller aussi loin pour trouver de l’énergie éolienne?

Chris Peeters: “Si vous installez, disons, 10 éoliennes en mer du Nord et qu’il y a beaucoup de vent, vous pouvez vous attendre à produire beaucoup d’électricité au même moment. S’il y a peu de vent, la production sera à l’avenant. Il faut donc pouvoir répartir les capacités de production sur des zones aussi grandes que possible. C’est pourquoi nous nous tournons vers la partie septentrionale de la mer du Nord et vers la mer Baltique, plus venteuses que la Belgique. Nous importons d’ores et déjà de grandes quantités d’énergie éolienne d’Allemagne et des Pays-Bas, mais nous nous heurtons à des problèmes de congestion sur le réseau. En installant une sorte de dérivation, nous pourrons importer directement de l’énergie éolienne de la mer Baltique, ce qui augmentera aussi la sécurité d’approvisionnement de notre pays.”

“L’énergie éolienne offshore est passée du statut d’activité fortement subsidiée à celui de technologie véritablement concurrentielle.”
Chris Peeters
CEO d’Elia Group

Au plan technique, la construction d’un interconnecteur sous-marin représente un défi de taille et exige de gros investissements. Jusqu’où pouvons-nous aller, au sens propre comme au figuré?

Chris Peeters: “Vous avez raison, le prix de cette énergie éolienne dépend en partie de la distance à parcourir. Mais nous continuons à apprendre du point de vue technologique, ce qui rend le transport sur de grandes distances plus efficace et relativement moins cher. L’énergie éolienne offshore est passée du statut d’activité fortement subsidiée à celui de technologie véritablement concurrentielle. Il est donc particulièrement important que nous rejoignions le mouvement, ne fût-ce que pour des raisons sociétales. Nous pouvons ainsi aider nos industries gourmandes en énergie à s’électrifier de manière durable. Et en diversifiant géographiquement nos sources d’énergie, nous renforçons notre sécurité d’approvisionnement.”

De gauche à droite: Stefan Kapferer, CEO de 50Hertz, Catherine Vandenborre, CFO d’Elia Group et Chris Peeters, CEO d’Elia Group

La question à 1 million d’euros est de savoir comment nous allons financer cette transition énergétique.

Catherine Vandenborre, CFO d’Elia Group: “Nous collaborons avec de nombreux acteurs. Elia Group remplit dans ce cadre une mission majeure, c’est vrai, mais nous pouvons aussi compter sur les entreprises qui installent les parcs éoliens et les panneaux solaires. Pour le câblage – notre spécialité – Elia lève des capitaux sur les marchés et nous réalisons les augmentations de capital nécessaires."

“Le marché est prêt à investir dans les infrastructures innovantes destinées au transport de l’énergie.”
Catherine Vandenborre
CFO d’Elia Group

Le marché des capitaux et les grands fonds de pension ou d’infrastructure sont-ils suffisamment ouverts pour investir dans la transition énergétique? Non seulement le marché évolue très rapidement, mais les réglementations changent, ce qui complexifie peut-être davantage encore le cadre pour les grands investisseurs…

Catherine Vandenborre: “C’est tout à fait exact, mais Elia Group est coté en Bourse depuis 16 ans et ces dernières années, nous avons augmenté notre capital à plusieurs reprises. Cela démontre que le marché est prêt à investir dans les infrastructures innovantes destinées au transport de l’énergie. L’essentiel est de trouver un équilibre entre la redevance d’infrastructure et le prix pour les consommateurs.”

“L’Allemagne apprend aussi de la Belgique”

L’Allemagne et la Belgique abordent la transition énergétique de manière totalement différente. Pour quelle raison, et qu’est-ce que cela signifie en pratique? Stefan Kapferer, CEO de 50Hertz, filiale allemande d’Elia Group: “En Allemagne, plus de 40% de la consommation totale d’énergie provient de sources renouvelables. Sur le territoire contrôlé par 50Hertz, ce chiffre atteint même 62%, ce qui est supérieur à la moyenne européenne. Mais la transition énergétique se déroule chez nous d’une tout autre façon: jusqu’il y a peu, nous étions fortement dépendants du charbon, tandis qu’en Belgique, vous dépendez principalement des centrales nucléaires. Lors de notre transition vers un système énergétique renouvelable, nous avons dû faire face à d’autres défis techniques et nous avons été contraints de revoir fondamentalement l’ensemble de notre réseau électrique. Alors que, par le passé, nous produisions beaucoup d’énergie dans des centrales au charbon à la fois dans l’est et l’ouest du pays – où la majeure partie des industries sont installées – nous devons désormais transporter vers le sud l’énergie éolienne principalement produite dans le nord du pays. Cela a exigé des investissements massifs dans des câbles souterrains de plusieurs centaines de kilomètres. Il s’agit néanmoins d’une infrastructure qui pourra être déployée ultérieurement à l’échelle européenne.”

Pensez-vous qu’Elia et 50Hertz peuvent jouer un rôle de pionniers dans la transition énergétique européenne? “J’en suis totalement convaincu. Elia étudie des projets de construction d’un îlot énergétique en mer du Nord, alors qu’à la fin de l’an dernier, 50Hertz – en collaboration avec Energinet, le gestionnaire de réseau danois – a mis en service la première interconnexion offshore hybride en mer Baltique. Les îlots énergétiques et les interconnecteurs hybrides deviendront à terme les pierres angulaires du développement du réseau électrique offshore unifié de l’Europe.”

Qu’est-ce que la Belgique peut apprendre de l’Allemagne, et inversement? “L’Allemagne gère un système énergétique caractérisé par des volumes d’énergie renouvelable considérables. En combinant une interconnexion vers le Danemark avec plusieurs parcs éoliens, nous avons réalisé la première interconnexion hybride au monde. Nous constatons qu’Elia s’appuie maintenant sur cette expérience. Au même moment, l’Allemagne peut s’inspirer de la façon dont Elia tente de réformer le marché en faisant participer activement les consommateurs à la transition énergétique. Traditionnellement, nous misons davantage sur l’industrie lourde pour gérer la demande, mais un système fortement décentralisé avec des consommateurs qui adaptent leurs habitudes de consommation à la production d’énergie renouvelable prendra une importance croissante à l’avenir.”

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